‹ La vie domestique (volume 2)Chapitre 30 sur 60 · BÈGLEMENT ET CONDUITE DE L.\ VIE · texte numérisé non relu

BÈGLEMENT ET CONDUITE DE L.\ VIE

« vait ! » Leurs conseils ne sont point écoutés ; les « générations se succèdent, en roulant toujours „ dans le même cercle d'ignorance et d'erreurs, et « l'inexpérience de la jeunesse ou les passions de « l'âge mûr détruisent ainsi les maisons les plus « solides que la prudence eût conservées.

« C'est pour éviter ce malheur, mes chers enfants, « et pour tourner à votre avantage les fautes mêmes « que j'ai commises, que je vais vous donner les « règles de conduite suivantes et dont je vous prie « de ne jamais vous écarter. Je vous le demande au

« nom de votre intérêt, au nom de votre bonheur.

« Vous savez s'ils me sont chers et si je voudrais

« vous tromper.

Sai-oir épargner.

0 La première règle de conduite, celle de tous c< les temps, est de proportionner votre dépense à « votre revenu, de manière à avoir toujours au « moins un sixième en réserve, afin de pouvoir faire « face à des dépenses imprévues qui surviennent « toujours.

« Sans cette précaution, vous serez obligés de « prendre sur vos fonds, toutes les fois que vous « aurez à faire une dépense ou une réparation « extraordinaires. Votre capital sera diminué d'au- « tant et pourra bientôt se réduire à rien.

« Combien de fois, dans la famille même, n'est-il « pa? arrivé que, faute d'avoir un fonds en réserve,

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(( on n'a pu réparer la brèche d'un bâtiment, « et qu'ensuite il a fallu vendre une terre pour le « refaire à neuf! Ainsi, je vous en prie, ne mangez « jamais jusqu'au dernier sol de vos revenus; au- (V trement, vous finirez par manger le dernier sol i< de votre capital. Je vous le prédis, je vous l'anc( nonce solennellement, et souvenez-vous que les (( prédictions des pères s'accomplissent toujours. « Rappelez-vous les malheurs qu'un de nos devan- « ciers prédit à un de ses fils : « Et vous, mon c( fils, lui dit-il dans ses derniers conseils à ses « enfants, si vous faites bien, vous ne vous ma,- « rierez pas, et, si vous vous mariez, vous serez « malheureux. y> Il se maria , il mourut sur la « paille, lui et ses enfants ! ! I

;< Quelque modiques que soient vos revenus , il « vous sera toujours possible de dépenser moins. « L'économie diminue les dépenses, et le travafl « augmente les revenus.

c( Une méthode sûre, pour se bien conduire à cet « égard, est de faire son budget au commencement « de chaque année, c'est-à-dire de dresser l'état « de ses revenus présumés et celui de ses déc( penses prévues.

Savoir épakgner 131

« Écrivez exactement t?outes ^os dépenses et tou- « tes vos recettes.

« Si je suis assez heureux pour laisser de l'ordre « dans la famille, c'est uniquement à ce moyen que e j'en serai redevable.

i\V jamais « m; i r u n / er .

« N'empruntez jamais, absolument jamais, ja- « mais. Il vaut mieux être sans chemises, que « d'avoir des dettes.

« On ne s'est jamais ruiné que pour avoir émet prunté * ; on ne s'est presque jamais tué de dé- « sespoir que parce qu'on ne pouvait pas payer « ses dettes.

« Je vous le répète, n'empruntez jamais, absolu- « ment jamais : tous les moyens de conserver sa

1. « Une maison qui empncnte est perdue. » Livre de raiapa de îft. de Mongé, propriétaire à Puymichel ( Basses- Alpe«) 1G87, contenaat ses instrâctions à ses enfants.

13 i SE JAMAlè E.MPnCXTER

« fortune sont renfermés dans ce conseil, dans cet u ordre absolu que votre père vous donne. Il vaui( drait mieux vendre un morceau de terre que faire li un emprunt ; mais le plus sûr est d'attendre que u vos revenus ou vos épargnes vous permettent a d'effectuer la dépense que vous jugez nécessaire.

« Mais si , par malheur (ce qu'à Dieu ne plaise !) <•; vous étiez dans la dure et absolue nécessité d'avoir « besoin d'une somme que vous n'auriez pas, em- « pruntez-la par un contrat et à long terme. Que (( ce ne soit jamais par billet, par obligation et en- « core moins par lettre de change.

« Quiconque emprunte devient esclave de celui « qui lui prête.

« Donc, n'empruntez jamais, et, si vous êtes « forcés de le faire, empruntez par contrat.

Ne prêter que par contrat.

« Ne prêtez jamais de l'argent à personne, c'est (( le moyen de vous éviter de grands chagrins et « de grandes pertes.

c( Vous ne prêterez jamais, sans en avoir du re- « gret. Vous perdrez toujours, mais toujours, Fami- « tié de celui que vous aurez cru obliger, ou vous « perdrez votre argent ; et il y a cent à parier contre « un que vous perdrez l'un et l'autre ^

1. Ces conseils de ne pas prêter, venus d'un homme si plein de cœur, s'expliquent précisément parles excès d'une générosité dont l'expérience ne lui avait montré que trop les suites. Ils ont besoin d'être complétés par d'autres passages, où il regrette d'avoir été trop facile dans l'administration des biens de famille, dont il ne se regardait que comme l'administrateur et l'usufruitier.

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