Bûileau, ?at. X
LE MARIAGE IGO
« Ne VOUS liez qu avec des amies d'une conduite « irréprochable et pures comme vous Fêtes. N'ayez' (( avec elles que des conversations honnêtes ; celle^ (( qui s'occupe des fautes des autres n'est pas loin c( de les imiter.
(( Sortez peu, rappelez-vous le dicton si connu : a Fille peu vue, fille recherchée. »
c( Ne lisez aucun livre en cachette, et surtout au- 4 cun roman dangereux. Evitez, autant que possic( ble, les bals et les spectacles : ce sont des occa- (( sions de chute; ils ne servent d'ailleurs qu'à faire d naître des passions, ou qu'à exalter l'imagination <( qui est la source de toutes nos erreurs et fait le a tourment de la vie.
* Toujours auprès de votre bonne mère et de vos « respectables parents, travaillez sans cesse, faites c( de bonnes œuvres, attendez dans une grande « quiétude de cœur et d'esprit qu'on vous présente (c celui qui doit vous donner son nom et l'auguste « dignité de mère de famille. Examinez-le avec le a calme de la sagesse, jugez-le dans ses qualités « vraies et solides. Il devra avoir des mœurs, a l'amour du travail et de l'ordre, un état qui con-
« vienne à votre fortune et à la sienne ; et alors, « vous pourrez sans crainte l'accepter pour époux.
« Soyez sûres que vous serez toujours aimées et 0 respectées de celui qui vous aura reçues dans voce tre pureté chrétienne. Si, toujours fidèles à vcs « serments, vous conservez la douceur du carac- « tère, une humeur égale et aimable, vous pas- « serez en paix des jours d'innocence et de bonce heur.
XÎV
Conseils à mon fils pour le mariage.
« Et toi, mon bon fils, mon cher enfant, je ta « conseille de ne te marier qu'après vingt-cinq ans. « Je te prie à genoux de ne pas choisir toi-même « la femme que tu dois épouser.
« La première fois que tu liras ces derniers té- « moignages de ma tendresse, j'exige que tu fasses, (( en pensant à ton père et à ce que tu dois à sa « mémoire, le serment solennel de ne jamais te « mésallier.
(( Pense aussi que tu n'es que le dépositaire clce notre nom et de nos biens, que tu dois les « transmettre avec honneur à tes enfants : c'est la « condition pour qu'ils t'honorent et te bénissent.
« Pour faire un mariage digne de toi, il faut te « concerter avec ta bonne mère et tes bons parents. « Mais surtout il faut les consulter, avant d'avoir « engagé ton cœur ou ta promesse, pour pouvoir « sans peine t'en rapporter uniquement à leurs « avis et non à ta propre inclination.
« Si tes sœurs doivent se méfier des hommes qui « trompent, tu dois te prémunir contre les femmes « qui séduisent. Tu seras peut-être d'un physique « agréable, tu seras aimable et bon, tu auras de la € fortune, et tu seras exposé à bien des périls. Prends « garde de te laisser captiver par des femmes indi- « gnes de ton cœur, et qui le sont plus encore de c( porter ton nom et de devenir la mère de tes ence fants. Tu seras dans le monde comme Ulysse au « milieu des sirènes; malheur à toi si tu n'as pas « sa prudence. Rien n'est plus difficile à un jeune « homme que d'éviter les séductions de l'amour et c( le libertinage, et cependant rien n'est plus néc( cessaire pour la paix de sa vie, pour sa santé et (( pour tout son avenir.
(( Si tu succombes , tu mangeras ton bien, et tu <( mourras jeune , sans avoir connu ni goûté les « meilleures satisfactions dont on peut jouir sur la
« terre. Si tu résistes, tu vivras longtemps, et, c( dans la société d'une chaste épouse, tu goûteras, a avec toutes les douceurs du véritable amour, le (( charme de l'innocence et les joies de la paternité.
(( C'est à toi à choisir entre ces deux sorts ; il n'y « a pas de milieu. Le bonheur de la vie ne peut s'a- (( cheter que par le sacrifice des faux plaisirs d'une (( folle jeunesse i. Si tu ne veux pas m'en croire, a vois, consulte, examine et juge toi-même par les <( exemples et la triste expérience des autres. De- « mande-toi ensuite si je n'ai pas raison.
1. « On vous dira, mes chers enfants , que lutter contre soi-même n'est pas gai, et que c'est se vouer à mener une bien triste vie.
« Ainsi nous parlent nos passions, et les apparences sont en leur faveur. La coupe qu'elles nous présentent est douce, le breuvage dans les premiers moments est délicieux et enivrant. Mais bientôt à ces sensations agréables succèdent amertume, regret, malaise, inquiétude, tristerse, tandis que le partage de ceux qui prennent pour guides la r.ison et la vertu est l'inverse de tout cela. On peut ressentir d'abord à se vaincre des répugnances et des dégoûts ; mais, si l'on a la force de triompher de ces premiers obstacles, le contentement et la paix sont le prix de la victoire remportée sur soi-même, et deviennent l'état habituel de notre âme.
« En un mot, mes chers enfants, le bonheur est préférable aux plaisirs ; c'est une vérité , non-seulement de foi, mais
d'expérience ; et le bonheur n'est que dans la vertu. »
lustrucWons de Pierre-Joseph de Colonia à ses enfants, déjà ciiées.
« Je ne puis trop te le répéter : si tu te conserves a dans la pureté de tes mœurs jusqu'à ton mariage, « tu es sûr d'être le plus heureux des époux; si, au « contraire, tu n'apportes à ta femme qu'un cœur « usé et les résultats de funestes désordres, ton exisc( tence ne sera qu'une suite de regrets, et tu seras « d'autant plus à plaindre que tu auras à te repro- « cher d'avoir méprisé les sages avis qui sortent « pour toi de la tombe de ton père.
« il faut donc, mon bon ami, penser à cet avenir. « Il faut aussi que celle dont ta famille et toi auront <{ fait choix pour ton épouse ait été élevée dans la « modestie, dans l'esprit d'ordre et detravail, qu'elle « soit vertueuse, enfin que sa fortune remplace à a peu près les dots de tes sœurs * .
a Si tu parviens à cela, tu auras rempli le plus
1. La recommandation d'Antoine de Courtois à son fils traduit une coutume autrefois observée dans les familles de toute classe, et une multitude de testaments nous montrent en elle un des moyens par lesquels les domaines patrimoniaux se conservaient.
La dot de la femme de l'héritier, payée en argent, était incorporée à l'avoir domestique; elle s'ajoutait à l'épargne commune pour l'établissement des frères et sœurs de ce dernier. Voir Les Familles, etc., liv. III, chap. iv, « Le Testament et l'Héritage.»
<( ardent de mes vœux, tu auras mérité toutes mes « bénédictions et exaucé toutes mes prières. Des « enfants excellents comme toi seront ta récom- « pense et prieront un jour sur ta tombe.
« Les maisons se soutiennent et s'enrichissent de « la sorte par les bons mariages ; elles se rainent < et se déshonorent par les mauvais.
Devoirs des époux.
t( Tous les devoirs des époux seront sacrés pour a mes enfants; ils leur seront même chers, s'ils se « sont bien pénétrés de mes conseils.
« Ces devoirs qui embrassent tous les moments et « tou:es les circonstances de la vie ne finissent pas <( avec elle. Douce pensée ! Celui qui part le premier « vit encore dans le cœur de celui qui reste; leurs a âmes demeurent unies jusqu'à ce qu'elles soient « confondues dans une existence éternelle.
c( Je suis assuré que mon fils ne manquera jamais « d'égards et de soins pour sa femme, et non plus «( mes filles pour leurs maris. Je ne veux leur parler