Lettre écrite en 1772 au duc de Richmond
2. Note sur les forets de Vancien Comté de Sault, par M. Be- ? u del, conservateur des forêts, — Revue agricole et forestière de \'/^\ Provence, 1865, p. 335 et suiv. L
du bien. C'est dans les replis de leurs fraîches vallées que les familles, comme les arbres, jettent leurs plus profondes racines; les souches domestiques y sont un peu comme les souches végétales. Elles font mieux que de garder les principes conservateurs de la vie, elles les communiquent autour d'elles; et déjeunes et nombreux rejetons, bien dressés sous^ l'action d'autorités paternelles honorées et de coutumes religieusement suivies, vont porter au loin, dans des contrées plus riches, mais plus exposées à se corrompre, les exemples et les modèles qui réforment les mœurs. Une bonne organisation agricole est le trait distinctif de la solidité des institutions d'un peuple. L'agriculteur apprend chaque jour, par le travail qu'il lui faut dépenser, pour empêcher le bon grain d'être étouffé par le mauvais, comment devront être élevés les enfants et quelle est à cet égard l'importance de la direction et de la tradition qui président à la vie du foyer. Il le sait encore mieux en montagne ; la terre y coule dans les orages, les torrents y rongent et ravinent le sol nourricier, et un dur labeur, joint à l'union de tous les membres de la famille, peut seul y prévenir de véritables ruines. Mais aussi l'agriculteur s'y sent plus près de Dieu, et, confiant en sa Providence, il connaît là mieux qu'ailleurs le
prix de cette sagesse qui inspire aux pères le dévouement, aux fils la soumission, et à tous le respect.
Les païens eux-mêmes en avaient conscience. Pline -le -Jeune nous dit quel rassérénement il éprouvait à quitter Rome et à se retirer dans ses terres de Toscane, au sein des vallées de l'Apennin, a Rien n'est plus commun, écrivait-il à un ami, que d'y voir des jeunes gens qui ont encore leur grand-père et leur bisaïeul, que d'entendre les jeunes gens raconter de vieilles histoires qui datent de leurs ancêtres. Quand vous y êtes, vous croyez être dans un autre siècle ^ . »
Et Gicéron d'opposer à cet esprit celui des centres de population maritimes : — « Les villes maritimes ont à craindre la corruption et l'altération des mœurs. Elles sont le rendez-vous des langues et des coutumes de la terre. Les étrangers y apportent leurs mœurs, en même temps que leurs marchandises ; à la longue, toutes les institutions nationales sont attaquées, aucune n'échappe. Ceux qui habitent les ports ne sont pas fixés à leurs foyers... Il n'est pas de cause qui ait plus influé sur la décadence et sur la ruine de Garthage et de Gorinthe...