‹ La vie domestiqueChapitre 100 sur 106 · POUR L.E MARIAGE · texte numérisé non relu

POUR L.E MARIAGE

« Mon cher fils,

f Le Souverain arbitre des destinées humaines vous avait réservé la main de ma fille. Vos bonnes qualités vous ont conquis son cœur, et ont déterminé notre consentement à une union dont tout semble présager la félicité. A 1 instant où ces nœuds ont été formés, vous êtes entré en partage, avec nos enfants, de tous les sentiments tendres que la nature et leur conduite nous inspirent pour eux. Vos intérêts nous sont devenus chers, nos vœux se sont réunis pour assurer votre bonheur. La jouissance vous en était déjà garantie par les principes et les exemples que ma fille a reçus de sa mère; j'ai cru devoir les fortifier par quelques avis sur les principales obligations de son nouvel état. En vous communiquant le plan de conduite que je lui ai tracé, elle me parait vous avoir donné dans cette démarche franche un gage de sa fidélité à le suivre.

c Vous me témoignez, mon fils, votre reconnaissance des soins que j'ai pris pour maintenir la paix et la douceur de votre union; mais, en même temps, vous avez bien senti que l'observation des devoirs qui conduisent à ce but était réciproque ; vous avez recours à mon expérience pour instruire votre jeunesse, et vous me demandez de vous indiquer les moyens de remplir vos engagements. Je reçois avec sensibilité ce nouvel hommage de votre confiance, j'y répondrai avec la franchise dont je fais profession, et avec Tintention de vous servir et non de blesser votre délicatesse ; car, je vous le déclare et soyez-en bien convaincu, je ne prétends

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avoir sur vous d'autre autorité que celle de Tamitié. « Vous avez, mon fils, un bon naturel, des sentiments de religion et de probité, dos moeurs douces et pures. Toutes ces qualités me sont un sûr garant que vous voulez rendre ma fille heureuse et que vous ne donnerez jamais dans ces travers scandaleux qui font le désespoir d'une femme vertueuse et la honte d'un mari infidèle. On ne voit communément s'y livrer que des gens sans éducation et sans moralité. Mais il est des écucils plus dangereux peut-être pour les hommes à principes, parce qu'ils sont pour ainsi dire à fleur d'eau et qu'on ne s'en défie pas ; je dois les signaler et vous les faire connaître, afin que vous les évitiez.

« L'attachement d'un mari pour sa femme est souvent passionné, lorsqu'il ne devrait être que modéré, raisonnable. Si ce sentiment était fondé sur les qualités solides du cœur et de l'esprit, plutôt que sur des charmes et des agréments fugitifs, il trouverait son appui dans i'estime, et l'estime produirait la confiance. Cette confiance mutuelle, mon fils, est l'âme et le soutien de l'union conjugale; lorsqu'elle est justement méritée, elle prévient ou bannit ces soupçons inquiets qui tourmentent également et celui qui s'y livre et celui qui en est l'objet. La facilité à prendre ombrage d'un mot, d'un geste, d'une démarche, conduit bientôt à la défiance, et la défiance àUx transports jaloux; la jalousie est fille de l'orgueil : c'est un vice bas. Votre âme, mon fils, est trop élevée pour que ce vice puisse l'atteindre. J'espère aussi que la conduite de ma fiUe sera toujours si réservée et si circonspecte qu'elle no vous donnera jamais de prétexte à la plus légère inquiétude. Cependant, comme il est de la sagesse de prévoir jusqu'aux événements les moins probables, s'il arrivait que votre femme vous parût prête à payer le tribut à la fragilité humaine et à tomber dans le piège de la

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