‹ La vie domestiqueChapitre 99 sur 106 · POUR LE MARIAGE · texte numérisé non relu

POUR LE MARIAGE

qu'il convient de suivre l'inconstance des modes. Le goût immodéré des parures suppose de la frivolité dans l'esprit : il fait naître Tamour des spectacles, du bal et de toutes ces assemblées mondaines si dangereuses pour l'innocence, où se nouent ces intrigues galantes qu'il est ensuite si difficile de rompre. Au contraire, une noble simplicité dans la manière de se vêtir annonce la simplicité dans les moeurs , et des mœurs simples sont toujours pures.

t Persuadez-vous bien, ma fille, que vous n'avez pas le droit de constituer votre époux dans des dépenses vaines et superflues , lorsque vous ne lui avez pas apporté une dot assez riche pour y fournir ; et, si sa complaisance allait à cet égard au-delà des justes bornes, votre raison et votre prudence devraient en arrêter les effets.

t Enfin , n'oubliez jamais que la modestie dans le maintien , la décence dans les manières , la réserve dans les discours et l'éloignement des faux plaisirs sont les plus sûrs garants des vertus privées et de la fidélité conjugale.

Devoirs d'attachement, de complaisance et de modération.

f Je n'ai pas besoin, ma fille, de vous recommander un attachement inviolable pour votre époux. Il le mérite, et ce sentiment qu'il vous a inspiré est aussi juste que naturel : il croîtra et se fortifiera avec le temps; l'habitude ne l'usera pas, parce qu'il aura pour base l'estime. Mais il ne faut pas vous le dissimuler, l'union la plus intime des cœurs ne produit pas toujours l'accord des volontés et des opinions; et c'est dans les cas de ces dissidences inévitables que la modération et la condescendance doivent être votre partage.

386 CONSEILS d'un père a sa fille

« Une femme ne doit jamais mettre son époux dans la nécessité de faire intervenir son autorité dans leurs débats. Céder pour le moment n'est pas faiblesse , mais prudence. Sans doute, un mari n'est pas toujours dans la voie de la vérité et de la raison, il peut avoir des volontés trop fortement prononcées et peu justes. Alors il ne faut point leur opposer une persévérante contradiction , car elle irrite ; bien moins encare la plaisanterie , elle blesse et aigrit. La douceur et l'adresse sont les meilleurs moyens à employer , la douceur pour affaiblir la résistance , l'adresse pour ménager l'amour-propre, le calme et la sérénité pour tempérer la vivacité, et le silence absolu pour abattre l'effervescence.

« Je vous révèle volontiers, ma fille , le secret de la grande félicité des maris : cette connaissance importe à votre bonheur et à la paix de votre union; vous en userez, je l'espère, avec discrétion et sagesse.

« Quand on aime bien son mari, on aime tout ce qui lui appartient. Voulez-vous être sûre de plaire à celui que la Providence vous a donné? Rendez aux auteurs de ses jours les tributs de respect, de soumission et d'amour, qui leur sont dus et qu'il leur rend lui-même. Façonnez-vous à leurs goûts, à leurs usages, à leur manière de vivre ; prévenez-les par l'empressement de vos soins ; remplissez gaiement ces obligations, et le fruit que vous en retirerez sera la bienveillance et l'affection de vos nouveaux parents.

Devoirs de vigilance, de bonlé et de fermeté.

« Vous êtes appelée à devenir mère : à cette époque le cercle de vos devoirs va s'agrandir. La nature vous impos:e celui de nourrir vos enfants, vous l'accomplirez si l'état de vos forces physiques ne s'y oppose pas.

POUR Lli MARIAGE 337

« Au sortir du berceau, et dès que les premières lueurs de leur raison commenceront à paraître, leur éducation deviendra le plus cher objet de vos soins. Pour la diriger, quel meilleur modèle pourrais-je vous proposer que celle que vous avez reçue? Reportezvous en esprit au temps de vos plus jeunes années. Rappelez-vous l'assiduité constante de votre mère aux pénibles fonctions de l'enseignement, sa vigilance à observer vos pensées et vos actions pour les tourner au bien, sa fermeté à réprimer en vous jusqu'à l'ombre même du vice; son application à vous instruire des vérités de notre sainte religion, à jeter dans votre cœur la semence de toutes les vertus et à orner votre esprit de toutes les connaissances propres à votre sexe, son tendre zèle à pourvoir à tous vos besoins, et à vous procurer les plaisirs innocents de votre âge. Tel est, ma fille, le beau modèle que je vous invite à suivre, pour votre satisfaction et pour le bonheur de vos enfants.

« Lorsque vous deviendrez maîtresse de maison , de nouvelles obligations vous attendent. N'oubliez jamais que vous devrez à vos domestiques, et en général à tous ceux qui vous seront subordonnés, secours dans leurs maux, indulgence pour leurs faiblesses, justice sur leurs réclamations, bon exemple et instruction pour tout ce qui a rapport à leur conduite chrétienne. C'est en remplissant ces devoirs de charité et d'humanité que vous attirerez la bénédiction céleste sur vous et sur votre famille.

Devoirs de prévoyance et d'économie.

t C'est une vérité confirmée par l'expérience qu'une femme ruine ou enrichit une maison. Il n'est pas de milieu- entre ces deux extrêmes, parce qu'il est bien

388 CONSEILS d'un PÈnE A SA FILLE

difficile de maintenir une balance exacte entre les revenus et les dépenses.

« Le mari administre les biens et a dans son ressort toutes les affaires extérieures; la femme règle les dépenses de l'intérieur, et c'est là qu'elle doit faire régner l'ordre et l'économie la mieux entendue. Là, les dépenses se renouvellent chaque jour ; il faut en régler l'emploi , prévenir l'excès des consommations, pourvoir aux approvisionnements en temps favorable, disposer les états de compte, de telle manière qu'on puisse apercevoir aisément les objets de dépense qu'il convient de réduire.

K Vous avez, ma fille, des connaissances pratiques sur ce genre d'administration domestique ; il me paraît superflu d'entrer dans de plus grands détails; mais je vous invite à ne pas perdre do vue que la prospérité de votre maison dépendra de l'ordre économique que vous y aurez établi.

a Je n'ai pas, à la manière de nos philosophes modernes , placé à côté de la déclaration de vos devoirs la déclaration de vos droits. Je me plais cependant à avouer que vous en avez de bien acquis à l'affection de votre mari, à son estime et à ses égards. Mais, pour vous en assurer la jouissance, sachez respecter vos devoirs; méditez-les dans cet écrit. Ce serait peu pour vous de le lire une fois et de le reléguer ensuite dans le fond de votre secrétaire. Recourez-y souvent. Les principes et les leçons qu'il contient ne sont pas le fruit de ma sagesse; leur source est plus haute et plus pure ; je n'ai d'autre mérite que d'en avoir formé le recueil. Conservez-le comme un monument de ma tendresse paternelle.

Gabron de La Bévière.

5 mai 1797.

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