CONSEILS D*UN PÈRE A SON GENDRE
les plus doux comme les plus assidus de vos soins seront de les bien élever. Un auteur très-sage a remarqué qu'il y avait en France beaucoup d'instruction et peu d'éducation. L'instruction a pour but d'orner l'esprit de connaissances utiles et de procurer des talents agréables; l'éducation, bien plus générale el plus importante, tend à former le cœur et à le douer de toutes les vertus privées et sociales. Les principes de la religion catholique sont la base fondamentale d'une bonne éducation. L'instruction doit être dirigée en raison des dispositions des enfants et de l'état auquel ils se destinent. Il faut presque toujours de la sévérité dans l'éducation, de la bonté et de l'indulgence dans l'instruction.
t Les livres fournissent une infinité de méthodes pour élever et instruire ; les parents doivent s'accorder sur le cholx^ et ne jamais s'improuver respectivement en présence de leurs enfants. Un de leurs devoirs les plus essentiels est de se défendre des prédilections ou tout au moins de les dissimuler ; elles disposent à violer la justice distributive, et jettent parmi les enfants des semences de jalousie, de haine et de discorde.
« L'héritage le plus précieux qu'on puisse laisser à sa famille est le bien inestimable de l'union et de la paix. Je me borne à ces principes généraux; votre pénétration vous en fera tirer aisément les conséquences dans la pratique.
« Vous paraissez^ mon fils , avoir du penchant pour la vie retirée. Je suis bien éloigné de le désapprouver : le goût de la retraite est celui des sages et des vrais philosophes ; mais prenez garde qu'il ne soit produit par le sentiment d'une trop grande défiance de votre manière d'être dans le monde. Vous avez ce qu'il faut pour vous y présenter avec avantage ; votre simplicité et le calme de votre raison contrastent à la vérité avec les airs
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sémillants et évaporés des jeunes étourdis : le parallèle sera toujours en votre faveur. Le maintien doit être noble et modeste, la démarche aisée et majestueuse, les manières simples sans abandon ; le langage doit être pur et sans affectation ; il faut éviter avec soin les tournures et les expressions familières ou populaires. Le choix des mots donne de la grâce aux discours ; il vaut mieux dire peu et bien dire, que dire beaucoup et ne pas bien s'exprimer. Les usages du monde prescrivent une infinité de petites attentions auxquelles on n'est pas tenu dans un cercle de société intime, et qui sont indispensables dans un plus grand cercle ; ils interdisent certaines libertés qu'on peut se permettre dans le sein de la famille. Sans prétendre vous inspirer le goût d'une vie dissipée, je ci'ois que vous ne devez pas craindre de former pour votre femme et pour vous une société peu nombreuse, mais bien choisie, qui puisse vous plaire à l'un et à l'autre. L'amour de la retraite dans la jeunesse peut croître et devenir excessif en avançant ea âge, il est prudent d'en prévenir les progrès ; tenez pour maxime certaine de sagesse qu'il faut en tout garder un juste milieu.
< Mon amitié pour vous, mon fils, m'a dicté ces avis, votre amitié pour moi vous les fera agréer ; s'ils peuvent contribuer à votre bonheur, j'aurai rempli mes vues et les vôtres, et je serai pleinement satisfait. »
Garrox de La Béyière.
Longes, ie 18 juin 1797,
TROISIÈME APP:NDICE
EXSElG.S'EilOTS DE SAINT LOUIS A SON TILS PIULil': ET A SA FILLE ISABELLE