‹ La vie domestiqueChapitre 14 sur 106 · Les Lois, liv. ly · texte numérisé non relu

Les Lois, liv. ly

« Ensuite, il faut honorer les auteurs de nos jours pendant leur vie; c'est la première, la plus grande, la plus indispensable de toutes les dettes. On doit se persuader que tous les biens que l'on possède appartiennent à ceux de qui on a reçu la naissance et l'éducation, et qu'il convient de les consacrer sans réserve à leur service, en commençant par les biens de la fortune, en venant de là à ceux du corps et enfin à ceux de l'âme ; leur rendant ainsi avec usure les soins, les peines et les travaux que notre enfance leur a coûtés autrefois, et redoublant nos attentions pour eux, à mesure que Finfirmité de l'âge les leur rend plus nécessaires. Il faut, de plus, que, pendant toute sa vie, on parle à ses parents avec un respect tout religieux, parce qu'une peine très-lourde est attachée aux paroles, celte chose légère, et Némésis, messagère de la justice, est commise pour veiller à ces manquements. Ainsi, il faut céder à leur colore, laisser un libre cours à leur ressentiment, soit qu'ils le témoignent par des paroles ou par des actions, et les excuser, dans la pensée qu'un père qui se croit offensé par son fils a un droit légitime de se courroucer contre lui... En nous comportant de la sorte et en vivant selon ces règles, nous recevrons des dieux, et des êtres d'une na-

ture plus parfaite qpie la nôtre, la récompense de notre piété, et nous passerons la plus grande partie de la vie dans la plus douce espérance. »

Le respect de Dieu, le respect du père, tels sont les fondements d'abord de toute société, ensuite de toute éducation. La science et la direction de la vie sont dans la connaissance de la loi divine.

« L'Athénien. Il est à propos maintenant d'examiner le plus ou moins de soin que l'on doit prendre de son âme, de son corps et des biens de la fortune; c'est ainsi que nous parviendrons, autant qu'il est en nous, à la vraie éducation. Tel est désormais le champ ouvert à notre conversation.

« Clinias. Fort bien.

« L'Athénien. Prêtez de nouveau l'oreille, vous tous qui avez entendu ce que j'ai dit au sujet des dieux et de ceux dont nous tenons le jour. L'âme est, après les dieux , ce que l'homme a de plus divin et ce qui le touche de plus près. Il y a deux parties en nous : l'une, plus puissante et meilleure, destinée à commander, l'autre inférieure et moins bonne, laquelle doit obéir... Dès l'enfance, tout homme se persuade qu'il est en état de tout connaître, et il s'empresse d'accorder à son âme la liberté de faire ce qu'il lui plaît. Mais nous disons, au contraire, que se comporter de la sorte, c'est

nuire à son âme au lieu de l'honorer... On ne l'honore point, lorsqu'on s'abandonne aux plaisirs,., lorsqu'on préfère la beauté à la vertu,... lorsqu'on désire amasser des richesses, puisque c'est vendre pour un peu d'or ce que l'âme a de plus précieux. . . Ce n'est point des monceaux d'or, mais un grand fonds de pudeur qu'il faut laisser aux enfants... La vérité est le premier des biens; celui qui veut être heureux ne saurait s'attacher trop tôt à elle ^. »

« Bornons ici, ajoute Platon, le prélude général ■de nos lois. »

Il est une partie des législations qui dépend des mœurs et du caractère des peuples ; mais voilà les principes qui ne changent pas, et qu"on ne peut ébranler sans tout compromettre; en dehors deux il n'y a point de bonheur pour les individus, point de paix ni de véritable prospérité pour les familles et les Etats.

Les plus anciens monuments de la tradition domestique nous feront bientôt assister à la réalisation des enseignements des sages. Considérons ici à quel point ces enseignements sont regardés dans les sociétés antiques comme contenant en eux la

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clef de la science de l'homme et de la vie. Les pères ne sont pas seuls à les transmettre à leurs enfants, les maîtres de la philosophie à leurs disciples ; les législateurs ne les rappellent pas moins aux peuples : « Dieu, dit Solon, donne un heureux succès à qui fait le bien i. » La tragédie leur prête aussi ses accents et les montre en action au théâtre : — « Puisse -je jouir du bonheur de conserver toujours la sainteté dans mes actions et mes paroles, selon les lois sublimes descendues du haut des cieux 2 . » — « 0 fol orgueil qui prétends être plus sage que les sages et antiques lois ! Doit-il coûter à notre faiblesse d'avouer la force d'un être suprême, quelle que soit sa nature, et de reconnaître une loi sainte, antérieure à tous les temps ^? »

Quel intérêt n'y a-t-il pas pour nous à trouver, dans la poésie religieuse de l'antiquité, cette prière sublime! « Roi glorieux,... qui gouvernes le monde par tes lois, je te salue... Je célébrerai toujours, toujours je chanterai ta puissance.. Rien ne se fait sans toi, ni sur la terre, ni dans le ciel, ni dans la mer profonde, excepté le mal que commettent les mortels insensés... De tant de parties diverses,

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