‹ La vie domestiqueChapitre 19 sur 106 · Mariette, Histoire d'Egypte, p · texte numérisé non relu

Mariette, Histoire d'Egypte, p

mensonge, n'a point été libertin, ne s^est point souillé pa?' des impuretés, n'a point secoué la tête en entendant des jmroles de vérité, n'a point inutilement allongé ses paroles, n'a point eu à dévorer son cœurK »

Il y a plus : des papyrus nous ont conservé le texte d'instructions données par les pères aux enfants, de véritables Livres de famille.

M. Chabas vient de publier, dans son recueil d'Egyptologie -, la traduction d'une des pièces les plus précieuses du musée du Caire, d'un papyrus trouvé dans une tombe à Thèbes, près de Deir-el-Medinet. « C'est, dit-il, un recueil de maximes concernant la religion, la sagesse, la prudence et le savoir-vivre, adressées par un scribe nommé Ani à son fils Khonshotep, qui porte aussi le titre de scribe. Sur la fin de la composition, ce dernier réplique à son père, pour protester de son acquiescement à la doctrine qui lui est recommandée. »

Ce papyrus paraît remonter à l'époque qui s'est écoulée entre Rhamsès II et la fin de la xx!!!*" dynastie.

Nous ne saurions le publier ici en entier, et nous ne pouvons qu'en noter quelques maximes :

1. Champollion-Figeac, Egijple ancieivje, p. 54. 3. A Chalon-sur-Saône, 18741875.

DE TOUS LtS TlîMPS 71

c Célèbre la. fête de ton Dieu, renouvelle ses anniversaires...

« Pour celui qui élève ses esprits, il y a chant, prostration et encensement dans tous ses actes, adoration acceptable dans tout ce qui le concerne. Qui agit ainsi, Dieu élèvera son nom audessus de l'homme sensuel.

« Ce qu'a en horreur le sanctuaire de Dieu, ce sont les manifestations bruyantes. Prie humblement, avec un cœur aimant, dont toutes les paroles sont dites en secret. Il te protégera dans tes affaires, il écoutera ta parole, il acceptera tes offrandes.

ce Garde-toi de la femme du dehors, inconnue dans sa ville, ne la fréquente pas. Elle est semblable à toutes ses pareilles. N'aie point de commerce avec elle, c'est une eau profonde, et les détours en sont inconnus. Une femme dont le mari est éloigné te remet des écrits, t'appelle chaque jour ; si elle n'a pas de témoins, elle se tient debout, tenant son filet, et cela peut devenir un crime de mort, quand le bruit s'en répand *, même lorsqu'elle n'a pas accompli son dessein

1. Voir dans Diodore de Sicile, iiv. I, 78, les lois portant Jes pénalités les plus rigoureuses contre la séduction.

en réalité. L'homme commet toutes sortes de crimes pour cela seul.

« Ne t'échauffe pas dans la maison où l'on hait la liqueur enivrante. Évite toute parole révélatrice du fait du prochain... Tu tombes divresse, les membres brisés; personne ne te tend la main. Tes compagnons boivent, ils se lèvent et disent : ôte-toi, homme qui a bu ! On vient te chercher pour parler de tes affaires, et l'on te trouve gisant à terre et semblable à un petit enfant.

0 Ne sors pas de ta maison. Qui tu ne connais pas, ne le provoque pas. Sache bien où tu places tes affections.

a Rappelle-toi ce qui a été ; sache-le, place devant toi, comme une voie à suivre, une conduite équitable. Tu seras considéré comme Vêtant préparé une sépulture convenable dans la vallée funéraire qui demain cachera ton corps. Que cela soit devant toi, dans toutes les choses que tu as à décider. De même que les vieillards, tu te coucheras au milieu d'eux; il n'y a pas de rémission, môme pour celui ciui se conduit bien ; de même à toi, viendra ton messager de mort, pour t'enlever. Oui, il se trouve déjà prêt. Les discours ne te seroiront de rien,

car il vient, il se tient près de toi. Ne dis pas : « Je suis un jeune enfant, moi, que tu enlèces. » Tu ne sais pas comment tu mourras. La mort vient, elle va au-devant du nourrisson, de celui qui est au sein de sa mère, comme de celui çiui a accompli sa vieillesse.

« T'ois, je t'ai dit des choses salutaires, c^ue tu délibéreras dans ton cœur cl accomplir ; tu y trouveras le bonheur, et tout mal sera écarté de toi,

« Garde-toi de toute occasion de blesser par tes paroles, ne te fais pas redouter. Dans le sein de l'homme, le bavardage est condamnable : ce ne sera pas une ressource au jour à venir. Tiens-toi éloigné de l'homme de contentionj ne ten fais pas un compagnon... »

Les instructions d'Ani à son fils ne sont pas le seul monument que l'antique Egypte nous ait laissé en ce genre. Le papyrus Prisse, que M. Chabas appelle après M. de R.ougé le plus ancien livre du monde, nous offre la plus importante de ses sections consacrée aux maximes de Ptah-hotep, un contemporain du pharaon Assa. On a recueilli également les débris des Maximes de Kakimany celles de Tiaoufkhrot à son fils, formant un traité de philosophie morale.

Ne nous étonnons pas de ces découvertes de régyptologie. La Chine présente des rapprochements encore plus saisissants.

L'extrême Orient a gardé presque toute la civilisation patriarchale des temps primitife, mêlée sans doute à de grossières superstitions, et aujourd'hui bien envahie par la corruption, mais non discutée dans son principe ^. La piété filiale, placée sous l'égide de la loi du Tien (de Dieu), y est non-seulement la plus grande et la plus honorée des vertus, mais la base du gouvernement. Les traités de morale usuels, comme les livres sacrés, en expliquent les préceptes, les devoirs, les règles, dans les rapports de famille et dans l'ensemble des rap-

1. « Les Chinois sont un peuple particulier, qui a conservé les marques caractéristiques de sa première origine; un peuple dont la doctrine primitive s'accorde dans ce qu'elle renferme de plus essentiel, quand on veut se donner la peine de l'éclaircir, avec la doctrine du peuple choisi, avant que Moïse, par ordre de Dieu même, n'en eût consigné l'exposition dans nos Livres saints ; un peuple, en un mot, dont les connaissances traditionnelles, dépouillées de ce que l'ignorance et la superstition y ont ajouté dans les siècles postérieurs, remontent d'âge en âge, d'époque en époque, sans interruption, pendant un espace de plus de quatre mille ans, jusqu'au temps du renouvellement de la race humaine par les petits-fils de Noé. » — Ces lignes sont extraites d'un savant travail du P. Amyot sur l'antiquité des Chinois, qui se trouve inséré dans le tome II des Mémoires des missionnaires de Pékin, au XVlll* siècle, p. 6.

ports sociaux. Les parents et les maîtres en inculquent à la jeunesse l'esprit et la pratique. L'empereur en donne l'exemple à ses sujets.

Nous trouvons presque un modèle dans les instructions données à ses fils par l'empereur Kanghi, un des plus grands souverains de la Chine, et certainement celui dont l'Europe s'est le plus occupée 1. Son successeur, Yong-tching, les recueillit, il les écrivit en langue tartare et les publia en 1731 pour l'enseignement de tous ses sujets; et les pères Jésuites, missionnaires de Pékin,

1. Il était fils de Choun-tchi, fondateur de la dynastie des Tsing ou Mantchoux, et son long règne de soixante ans (1661-1722) a été une époque mémorable pour la Chine. Il y autorisa le libre exercice de la religion chrétienne, par uu édit de 1692, Les lettres des missionnaires, dont il avait fait à la fois ses amis et les promoteurs de tout un mouvement scientifique, nous initient à sa vie privée et publique, à son gouvernement, aux rapports mêmes qu'il avait établis avec les savants de Paris.

Il avait donné l'ordre de traduire en langue tartare plusieurs ouvrages d'anatomie, de médecine et de physique des membres de l'Académie des sciences; et le P. Parennin, adressant ces traductions à Fontecelle, lui écrivait de Pékin, le l" mai 1723 : o Ce prince, qui est mort le 20 septembre 1722, était un de ces hommes extraordinaires qu'on ne trouve qu'une fois dans plusieurs siècles. Il ne donnait nulles bornes à ses connaissances, et, de tous les princes d'Asie, il n'y en a aucun qui ait jamais eu tant de goût pour les sciences et les arts. C'était lui faire sa cour que de lui communiquer de nouvelles découvertes,,. » Voir le recueil des Lettres édifiantes et curieuses.

en insérèrent la traduction dans leurs Mémoires. Citons ici quelques extraits du préambule :

« Mon père avait composé d'admirables instructions pour nous; il en avait formé un volume qu'il tenait renfermé dans une boite ou cassette d'or, incrustée de pierres précieuses.

« Lorsque, dans mes jeunes années, j'entrais au palais avec mes frères aînés et cadets pour le servir et recevoir ses ordres..., il nous instruisait. Il disait que le plus important pour nous était le profond respect au ciel et ensuite aux ancêtres. Il nous excitait à respecter du fond du cœur son aïeule et sa mère; il assurait que le respect était la base, que la sincérité était la perfection des plus sublimes vertus. . .

« Il nous suggérait en temps et lieu tout ce que les sages avaient enseigné par leurs ouvrages. S'il survenait quelque affaire, il en rassemblait avec soin toutes les circonstances, et nous en instruisait avec des expressions si remplies de bonté qu'elles se gravaient dans notre cœur d'une manière ineffaçable. Tous ses préceptes étaient vraiment dignes d'être la base et la règle de notre conduite...

« Ses manières d'écouter, de regarder, de parler, de marcher, de boire, de manger, de s'asseoir,

de se lever, étaient toutes conformes à la décence. Il apportait jusqu'en ces minutieuses actions une dignité attrayante, faite pour être imitée de tout le monde. Comme il était pénétré de la plus tendre affection pour nous, il éclairait notre esprit, il dissipait nos doutes, et, en nous instruisant, il nous insinuait le désir d'apprendre encore.

« Ayant écouté respectueusement ses leçons pendant l'espace de quarante ans, je les ai gravées dans mon âme, et tôt ou tard j'y ai conformé mes actions. Depuis que je suis monté sur le trône, je me suis encore plus efforcé de les mettre en pratique. Hélas ! me rappelant ces temps heureux où je goûtais le plaisir de parler à l'Empereur mon père, et celui de l'écouter, je me représente tellement les tendres instructions qu'il me donnait, que ses paroles semblent encore frapper mon oreille. Cependant, craignant de laisser effacer de si précieux souvenirs, je les ai, avec mon frère et les autres, tracées l'une après l'autre sur le papier. Nous en avons formé un livre entier que nous avons intitulé : Sublimes et familières instructions, fruits de la grande et sage prévoyance de mon père. Elle s'étend si loin qu'on ne peut l'exprimer, si ce n'est en disant que ce que j'ai retenu et rassemblé sur le papier n'est que la centième par-

tie de ce que j'ai autrefois entendu de lui, aveu que je fais en rougissant...

« Si quelqu'un veut et peut les examiner chacune en particulier, en y apportant l'attention qui leur est due, et suivant les règles de la droiture, il verra que chaque caractère, chaque parole contient Faccomplissement de tous les devoirs. Ce volume, quoique petit, renferme en soi les moyens de pénétrer le fond de toute chose, de posséder complètement les sciences, de régler son cœur et sa personne selon les principes de la justice, de gouverner en paix les familles, de régir l'Empire et de rendre heureux et tranquille cet immense espace que couvre le ciel.

« Toutes les sentences, tous les préceptes transmis à la postérité par les empereurs Yao, Chun i..., se rapportent parfaitement aux maximes comprises dans ce livre que j'ai fait imprimer, que je veux publier et consacrer à la postérité la plus reculée. On trouve écrit dans le Chou-PAng : « Si en Ob'serve les statuts de nos premiers rois, on deracinersL les défauts et les vices; » et dans le Chi' king : « Si vous parvenez à rendre votre fils sage et prudent par vos leçons et par vos exem-

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