‹ La vie domestiqueChapitre 44 sur 106 · DANS L'ANCIENNE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

DANS L'ANCIENNE SOCIÉTÉ

l'horreur du mensonge et du parjure. Chaque enfant était convaincu de l'immuable vérité du dicton populaire : Qui trompera aura honte. Tel a été de tout temps le principe fondamental de la société russe... On apprenait à l'enfant et au jeune homme qu'il devait être respectueux envers tous ceux qui étaient plus âgés que lui, et poli avec ses égaux en âge. De là cette aménité des mœurs russes, ce langage respectueux avec les anciens, ces qualifications cordiales de père , d'oncle , de frère et d'enfant..., et des proverbes tels que ceux-ci : « Le respect filial ouvre les portes du ciel. — Respecte les anciens, tu deviendras vieux à ton tour. . . » L'usage de ces proverbes est général dans la conversation de toutes les classes, et leur autorité est telle que, dans une discussion, chaque argument est accompagné d'un proverbe i. »

Lorsqu'au xvii^ siècle, plusieurs milliers de familles de puritains émigrèrent du sol anglais , pour aller fonder, de lautre côté de l'Atlantique, les premières colonies qui devinrent le berceau des États-Unis, elles prirent pour base de leur constitution le Décalogue ; elles firent de la Bible leur grande charte, mettant sous la protection des lois

1. Nicolas de Gerebtzoflf, Essai sur l'histoire de la civili' sction en Russie, t. I, p. 402, 4G3.

le respect de Dieu, du père et de la femme, donnant à leurs foyers, à leurs congrégations, à leurs paroisses, à leurs towns, à leur régime provincial, la plus forte des disciplines morales. C'est à ces mœurs qu'elles durent d'abord le haut degré de prospérité auquel elles s'élevèrent, et plus tard leur indépendance glorieusement conquise sous la conduite de Washington. Ce grand homme s'était dréparé au gouvernement de son pays par celui de sa famille, dans son domaine rural de Mount- Vernon ; et il faut relire aujourd'hui les ordres du jour qu'il adressait à son armée ', au sujet du respect de Dieu, pour savoir comment les classes dirigeantes, en formant par leurs exemples la conscience des classes populaires, sont vraiment les gardiennes des principes fondamentaux de l'ordre social.

1. Il disait dans son ordre du jour du 9 juillet 1776 : « La bénédiction et la protection de Dieu scit toujours nécessaires, mais surtout dans les temps de crise et de danger public. Le général espère et compte que tout of&cier et soldat s'efforcera de vivre et d'agir, comme il convient à un chrétien qui défend les droits chéiis et la liberté de la patrie. »

Page 1