‹ La vie domestiqueChapitre 46 sur 106 · Ceci était ôcrit en 18ôO · texte numérisé non relu

Ceci était ôcrit en 18ôO

ft. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. HT, p. 143.

de grands modèles. La race des bons et des justes conserve dans l'ordre social les vérités qui seules peuvent sauver les nations, lorsque l'erreur les aveugle au point de les pousser au suicide. Elle n'est pas éteinte aujourd'hui; mais tout concourt à la sacrifier, à l'annihiler et à la détruire; et l'on se demande ce que deviendra le pays, lorsque, en haut et en bas, la table rase sera consommée.

Considérons-la de près, telle qu'elle existait à tous les d«^rés et surtout dans les profondeurs du pays.

Un petit livre des premières années du xvii* siècle vient de nous tomber sous la main *. Il se divise en deux parties, ayant pour titre : 1° a Plusieurs beaux enseignemens de bien vivre, dressés par le père de Tobie à son fils, que les enfans devront souvent lire et bieii ijeser ; 2" L'admirable instruction que saint Louis fit à son fils Philippe, digne d'estre souvent inculquée par les pères aux enfans ^. »

j 1. Ce très-mince volume, publié à Limoges en 1615, porte ' daas son en-têie des Advertissemens tirés de la sainde Escriture. j 2. L'éditeur fait précéder les enseignements de saint Louis de ce quatrain :

< C'est à un fils de Boy que cet escrit s'adresse,

t Mais tu le peux hanter qu'il est trace' pour toy:

< Car, comme enfant de Dieu ressentant ta noblesse, • Tu peux àien h<fidim(nt te dire fils de Boy. f

Quel est le but de ce livre? Pourquoi a-t-il été édité sous un format in-32 des plus portatifs? Qu'exprime-t-il sous ses modestes dehors?

Il nous dit simplement ce dont nous nous proposons de marquer quelques détails. Il met sous nos yeux l'empreinte laissée dans l'ancienne amille chrétienne et française par une grande tradition religieuse. Il rappelle que la Bible nous a conservé le plus beau et le plus touchant des Livres ou Mémoires domestiques.

Une famille juive, vivant en captivité à Ninive, il y a deux mille cinq cents ans, a eu le privilège d'être en quelque sorte immortelle. Combien de pères et de mères se sont attachés à faire passer dans leur vie et dans leurs conseils à leurs enfants la substance de ses enseignements ! Combien de foyers ont été sanctifiés et conservés sous ses inspirations !

On a lu plus haut • quelques extraits des avis que Madeleine d'Aguesseau, prenant pour modèle Tobie, adressa à son fils. Citons ici les lignes qui leur servent de préambule et celles qui forment leur conclusion :

« Dans l'incertitude où je suis, mon cher fils, du

moment où il plaira à Dieu de me retirer de ce monde, ne sachant pas si j'aurai le temps, avec le secours de sa grâce, de vous élever en sa crainte et en son amour, comme je le souhaite, et étant incertaine si, quand cela serait, je me trouverai en état de vous parler avant ma mort, je prends le parti d'y suppléer, en vous disant une partie de ce qu'il me semble que je vous dirais en ce dernier moment.

« Recevez ces sentiments comme ceux d'une mère qui vous aime tendrement ; regardez ce qu'il y aura de bon comme venant de Dieu, seul auteur de tout bien; reconnaissez dans ce qu'il y aura de mauvais la corruption du cœur humain, qui se mêle dans tout, et prenez-en occasion de prier pour moi.

« Je commencerai par vous dire que le plus vif et peut-être le seul désir de mon cœur, par rapport à vous, a été votre salut éternel. Ce n'est point une exagération de ma part; c'est un témoignage que je me sens obligée de rendre à la grâce que Dieu m'a faite sur cela, et je vous assurerai que je m'estimerais heureuse, si j'avais pour mon propre salutlamêraeardeur que j'ai eue pour le vôtre.

« Dès que je vous portai dans mon sein, je vous offris à Dieu...

« Quand on vous rapporta auprès de moi , après le baptême, en revenant de l'église de Notre- Dame d'Alençon, notre paroisse, je dis le verset du Psalmiste : « Confirmez, Seigneur, ce que vous venez de faire dans votre saint temple; » et j'ajoutai ensuite : « Mon Dieu! je vous rends grâces de celle que vous venez de faire à cet enfant; je vous Voffre de tout mon cœur; il est à vous plus qu'à moi. S'il doit jamais souiller cette robe blanche dont vous venez de le revêtir^ j'aime m.ieux le voir m.ourir pendant qu'il est sans tache. » Ces sentiments, je vous l'avoue, me sont devenus si familiers que, depuis votre baptême, je n'ai pas discontinué un seul jour de renouveler cette prière ■ '

« Je ne croyais pas, mon cher fils, aller si loin, quand j'ai eu le dessein de vous laisser quelque chose par écrit. S'il y a du bon, je prie Dieu qui me l'a inspiré de vous faire la grâce de l'accomplir. Que me reste -t-il à faire? sinon de supplier humblement Celui qui a commencé en vous le saint ouvrage de votre salut de le perfectionner, et de le conduire à sa consommation. C'est ce que je lui demande, en lui adressant les prières de Jacob au lit de mort.

« Seigneur, j'attendrai le salut que vous devez donner, et je ne l'attendrai pas pour moi seule, mais aussi pour l'enfant que vous avez bien voulu accorder à tant de larmes et de prières. Qu'à ce grand jour où vous rendrez à chacun selon ses œuvres, et où, en couronnant nos mérites, vous couronnerez vos propres dons , je puisse dire : « Me voici, Seigneur, et les enfants que vous m'avez donnés. Vous en avez déjà placé un dans le sein d'Abraham. Faites la grâce à celui qui me reste de mener ici-bas une vie digne de l'éternité que vous avez promise à ceux qui la mériteront par la fidélité à toutes bonnes œuvres. B

« Je vous souhaite de tout mon cœur, mon cher fils, les bénédictions du ciel et de la terre, et je vous donne par avance la mienne^ que j'espère vous donner en mourant ^ »

En lisant ces lignes, on croit voir un coin du ciel s'entr'ouvrir, et l'on a une idée pleine et nette

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