Une famille au XVP siècle, p
dustrie à faire de nécessité vertu. Il le disoit à propos des enfans de bonne maison que les pères et mères gâtent..., et ne sçavent après rien du monde >. »
Antoine de Courtois nous a dit une des instructions habituelles de son père : « J'aimerais mieux que mes enfants fussent cordonniers que de les voir sans état. » Lui-même insiste sur ce point auprès des siens, et avec quelle éloquence ^ !
Un des spectacles les plus tristes est celui de parents qui sont désarmés devant leurs enfants, et qui, réduits à subir la loi de fils ingrats et vicieux, abreuvés de chagrins, sont condamnés à voir commencer de leur vivant la ruine de leur famille , avec la pensée qu'elle s'achèvera fatalement après leur mort. Ces désordres domestiques sont une des plaies profondes de notre pays et de notre temps. L'esprit de révolte se produit d'abord au foyer, et il se communique ensuite à la société tout entière. Aussi les naissances ne cessent - elles de
1. Brantôme, Vies des hommes illustres, le coHaétable Anne de Montmorencj.
2. Les pères ne se bornent pas à donner sur ce sujet des conseils et des préceptes à leurs enfants. Dans leurs testaments, ils placent leur volonté sous une sanction expresse qui les met dans la nécessité d'obéir. Voir Les Familles, t. II, p. 68 et Euiv.
diminuer ; la France se dépeuple, à mesure que la désorganisation du foyer s'étend aux parties de la nation jusqu'ici exemptes du mal. De nombreux enfants sont regardés comme une charge insupportable, et se soustraire à de telles sollicitudes est un fait de plus en plus général.
On ne peut pas citer un peuple qui ait prospéré sous un tel régime , et l'exemple des Anglais devrait nous convaincre que nous sommes sortis, depuis un siècle, de toutes les voies tracées par l'expérience. Il n'est pas de sujet plus grave et dont l'importance soit plus décisive ; mais il nous entraînerait hors du cadre actuel de nos observations, et nous nous bornerons à noter ici sous l'égide de quelle tradition a été longtemps placé le respect du testament.
Cette tradition n'a eu une si grande puissance que parce qu'elle a été religieuse. Tobie le fils ré- " pond à son père : « Je ferai tout ce que vous m'avez commandé, d Exécuter les dernières volontés des parents est le devoir le plus sacré pour les enfants. « Nulle chose n'est à garder comme d'accomplir la volonté aux morts, » est-il dit dans les Etablissements de saint Louis. Nous savons quels étaient à cet égard les principes rappelés et incul-
qués à la jeunesse par le catéchisme. Nous voyons maintenant la Bible résumer un ordre tout à fait fondamental dans la brièveté d'une simple formule. Cet ordre est universel, et il est consacré par la conscience même du genre humain, ce Partout ej dans tous les pays civilisés ou non, observe un juriconsulte moderne, les désirs exprimés par le père à son moment suprême parlent plus haut aux enfants que toutes les lois de l'ordre civil '. »
Rien n'est plus vrai. Le père de famille chinois, dont on lira le testament, commence par invoquer la loi de Dieu. S'il s'élève quelque différend entre ses enfants, les parents termineront tout à l'amiable. « Souvenez-vous qu'il ne faut recourir au mandarin en aucun cas. Si un de vous s'adressait à lui, que Vautre lui porte ce papier^ pour convaincre son frère d'avoir violé les devoirs les plus sacrés de la piété filiale; le mandarin ne manquera x>as de le faire rentrer dans le devoir. Et moi, je prie ici ce magistrat de vouloir bien avoir égard aux jjf^ines que je me suis données pour instruire mes deux fils, et de les exhorter
Troplong, Traité des donations entre-vifs et des testaments, 1805, préface. ^^ ,cy^
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en tant de manières qu'il réussisse à les réc ou cilier *. »
C'est presque mot pour mot le langage tenu par les pères français, tant qu'ils ont eu le pouvoir de sauvegarder un des plus grands intérêts sociaux. Tous font leur testament pour assurer l'union dans la famille, o afin qu'après leur décès ne soient entre leurs enfants et successeurs aucuns désordres, procès et débats, mais paix, amour et concorde ^. » Tous nomment des exécuteurs testa-
1. Voici une des maximes recueillies par les missionnaires de Pékin au xvi.ai' siècle : « Si des frères en procès ne s'accommodent pas avant la sentence, les mœurs publiques ont dégénéré. Quand le père et le fils ont recours au mandataire pour vider leur querelle, l'Etat est en péril. » Mémoires déjà cités, t. IV, p. 285.