‹ La vie domestiqueChapitre 53 sur 106 · Les Familles, t. II, p. 2.Î · texte numérisé non relu

Les Familles, t. II, p. 2.Î

La tradition, si affaiblie qu'elle soit, n'est pas morte parmi nous, et c'est elle qui a sauvé de la destruction des foyers dignes encore d'être cités comme des modèles. Voici un extrait d'un testament, écrit le 3 novembre 1859 par M. Jacques-Dominique-Urbain de B. de L., membre d'une familli' originaire de Normandie et dont une branche s'est fixée en Picardie depuis 1840.

« Dans le cas où je n aurais pas mes enfants près de moi a v\a dernière heure, qu'ils reçoivent tous ici ma bénédiction. Voici mes dernières volontés :

« Je leur recommande de reporter sur leur mère toute l'affection qu'ils avaient pour moi, de vivre entre eux en bonne intelligence {l'union fait la force); non-seulement de vivre en bonne intelligence, mais encore de s'aider réciproquement les uns les autres. Je leur en fais un devoir. C'est au plus vertueux à céder.

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mentaires, en les chargeant de faire respecter leurs volontés et de régler les questions d'intérêt qui pourraient soulever des difficultés. Tous ont aussi en vue la conservation du foyer. « D'ailleurs, dit sur ce sujet Antoine de Courtois, peut-il y avoir un arbitre plus sûr qu'un père ? Et qui peut, mieux que lui, concilier ce que demandent les besoins de chacun de ses enfants avec ce qu'exige la nécessité de soutenir le toit paternel, ce toit que chacun de vous doit regarder avec respect et sous lequel il doit conserver l'espoir et les moyens de trouver un jour un asile ? »

Ici, sans transition ni commentaire, donnons la parole à d'Aguesseau. Sa mère avait fait un testament incomplet, qui, signé au bas de toutes les pages, ne l'était pas à la fin de la dernière et se trouvait légalement sans valeur. Le Chancelier nous permet d'admirer, par l'exemple de sa propre famille, le respect qu'on a eu pour le testament, jusqu'au jour où des lois inspirées par un esprit contraire ont pris la place de la loi morale et de l'autorité paternelle * .

Alais, si, contre toute attente, il s'élevait entre eux quelques difficultés, je leur ordonne, par le respect qu'ils auront pour ma mémoire, de ne jamais plaider l'un contre Vautre, mais de faire vider tout différend par arbitres. »

1, a En 1868, le nombre des jugements rendus en France

« ^les frères et madame de Tavannes (car madame Le Guerchois était à Besançon) entendirent, dit-il, la lecture du testament imparfait de ma mère ; et, dans le même instant, sans s'être consultés l'un l'autre, sans hésitation, sans partage, ils déclarèrent tous à mon père que les formalités des testaments n'étaient pas faites pour une famille comme la sienne, qu'il leur suffisait de savoir la volonté de ma mère, et qu'ils la regardaient comme une loi inviolable, dont ils exécuteraient les dispositions avec autant de soumission et avec plus de plaisir que s'il ne lui manquait rien du côté de la forme.

« Mon père sentit vivement la consolation que lui donnait une résolution si prompte, si généreuse, si unanime, et il mêla des larmes de joie à celles que lui faisait verser sa douleur.

« Je ne fus pas moins touché que lui d'un procédé si noble; mais, s'il m'est permis de parler ici de moi, formé du même sang que ma sœur et mes frères, je sentis au dedans de moi autant de

par les tribunaux civils sur les contrats ou obligations conv,entionnelles de toute nature n'a pas dépassé 21,899, tandis que les seuls jugements relatifs aux successions régîées par le partage forcé, avec ou sans intervention de donations ou de testaments, se sont élevés au nombre de 21,317, » La Play. Organisation du travail, p. 503.

répugnance à profiter de leur désintéressement qu'ils avaient d'ardeur à me le témoigner. Je résistai donc fortement à leur générosité. Je leur dis que j'en avais le cœur pénétré, mais que j'étais né avec trop de délicatesse de sentiment, pour vouloir leur céder sur ce point, et qu'entre eux et moi ce qui devait décider n'était ni l'amitié, ni mon scrupule, mais l'ordre de la Providence qui •avait permis que ma mère mourût sans avoir achevé son testament.

a Mon père jouit pendant quelque temps de ce spectacle, et le termina en disant que je ne devais me faire aucune peine d'accepter l'offre de ma sœur et de mes frères... Je fus donc obligé de céder, non sans effort et sans regret. La manière dont mes sœurs et mes frères ont vécu avec moi, depuis ce temps-là, a fait voir encore mieux que les actes par lesquels leur générosité fut consommée, combien elle était sincère et effective i.

« C'est ainsi que ce qui aurait pu devenir une source de division, dans la famille de mon père, ne servit qu'à en augmenter l'union -. »

1. Voir dans notre premier volume, p. 35G et 357, comment le Chancelier usa de réciprocité à l'égard de ses frères et sœurs après la mort de son père, et comment celui-ci lui en avait fourni l'occasion.

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