CHAPITRE X
Les progrès matériels ne suffisent pas à élever le niveau intellectuel et moral de ceux qui travaillent, et même souvent ils les dégradent, sans un progrès correspondant ians l'observation de la loi de Dieu.
Quelle sagesse peut avoir celui qui ne sait que Eccli.xxxviii, mener une charrue, qui met sa gloire dans l'aiguillon avec lequel il pique ses bœufs, qui ne s'occupe que de leurs travaux et s'entretient uniquement du croît de ses taureaux?
Il s'occupe tout entier à tracer des sillons; il emploie toutes ses veilles à engraisser des génisses.
Ainsi l'ouvrier en bois et l'architecte passent à leur travail les jours et les nuits. Ainsi le graveur varie ses ciselures par un labeur assidu, il met tout son cœur à imiter un modèle, et par ses veilles il achève son œuvre.
Ainsi l'ouvrier en fer s'assied près de l'enclume,
il considère le fer qu'il transforme ; la vapeur du feu lui dessèche la chair, et il lutte contre la chaleur dévorante du tourneau. La voix du marteau finit par lui faire une oreille différente de celle des autres hommes, son œil est sans cesse fixé sur l'objet qu'il veut représenter, 11 applique son cœur à l'achèvement de son ouvrage, et par ses veilles il l'embellit jusqu'à la perfection.
Ainsi le potier, assis près de son argile, tournant sans cesse la roue avec ses pieds, est dans une sollicitude incessante au sujet de son œuvre ; il ne fait rien qu'avec mesure et dans le nombre voulu ; sa main façonne la pâte molle, rendue flexible par ses pieds. 11 applique son cœur à mettre le dernier vernis, et par sa vigilance il a grand soin que son fourneau soit bien net.
Tous ces artisans ont espéré dans leurs mains, chacun dans son art est sage.
Sans eux, nulle ville ne serait bâtie.
Ils ne s'assiéront pas sur les sièges des juges, ils n'auront pas l'intelligence des lois sur lesquelles se forment les jugements, ils n'enseigneront ni la discipline ni les règles de la vie.
Mais ils conservent les œuvres de la civilisation humaine ; et leurs prières relèveront leurs travaux manuels, ils y appliqueront leur âme, et
chercheront à y vivre selon la loi du Très- Haut.
A l'argent toutes choses obéissent. Tout le tra- Escles. x, la. vail de l'homme est pour sa bouche, mais son âme vi, 7. ne sera pas remplie.
L'homme brise les rochers, renverse les mon- Job, xxvm, 9tagnes jusqu'à leurs racines. Il ouvre un passage ^^" aux fleuves à travers la pierre, et découvre leurs trésors les plus cachés ; il arrête leur cours, montre leur profondeur à la lumière.
Mais où trouver la sagesse? où est le séjour de l'intelligence ? L'homme ignore son prix ; elle n'habite pas la terre des vivants.
L'abîme dit : Elle n'est pas en moi; et la mer : Je ne la connais pas.
On ne l'achète pas au poids de l'or, on ne l'obtient pas pour l'argent le plus pur...
D'où vient donc la sagesse? où est le séjour de l'intelligence..?
Dieu connaît ses voies, et seul il sait où elle habite, lui qui voit jusqu'aux extrémités de la terre, qui contemple tout ce qui est sous les cieux. Quand il pesait la force des vents et qu'il mesurait les eaux de l'abîme, quand il donnait des lois à la pluie et qu'il marquait leur route à la foudre et aux tempêtes, alors il vit la sagesse, alors il la mani-
festa. Il la renfermait en lui, et il en sondait les profondeurs, et il dit à l'homme * a Craindre le Seigneur, voilà la, sagesse; fuir le mal, voilà l'intelligence, »