G LE TESTAMENT D'UN PÈRE
de la peine à se soutenir, s'ils ne sont pas en état de faire face aux frais des funérailles, ou de tenir aux dépenses des mariages, j'exige que vous vous fassiez un devoir de les aider autant que vous le permettra l'état de vos affaires. N'oubliez jamais qu'ils sortent de la même souche que vous. Que ce qui vous déplaira ou vous offensera dans leurs procédés, n'entame jamais vos sentiments.
€ Notre maison a des usages vis-à-vis de celles de vos maîtres d'étude et du mien ; suivez-les fidèlement dans la manière de prendre part à leurs cérémonies du bonnet viril, du mariage, des enterrements. Si quelque circonstance vous embarrassait, consultez des gens sages ; mais que rien ne vous oblige jamais à adopter les maximes d'ingratitude qui prévalent dans notre siècle. Vos fils même et vos petits-fils doivent participer à tous vos sentiments de reconnaissance.
« Votre sœur cadette est née de la même mère que vous. Si elle est un jour plus riche et plus à l'aise, elle n'aura plus besoin de vous ; mais, si elle se trouvait plus à l'étroit, prévenez ses demandes, secourez-la et lui donnez bonnement tout ce que demandera sa situation. Si votre mère veut lui faire quelque présent, ne vous émancipez pas, ni l'un ni l'autre, jusqu'à essayer de l'en empêcher. Ce ne serait pas seulement abjurer l'amour fraternel que d'oser quelque chose à cet égard; ce serait encore plonger le poignard dans le sein d'une mère, renoncer à tout sentiment d'honneur, et fouler aux pieds la piété filiale. Souvenez-vous-en bien, souvenez-vous-en bien.
« Yang-ing-tchi a crû sous mes yeux et comme entre mes bras. Vous lui donnerez dans la suite cinquante arpents de terre, et un logement honnête avec ses appartements , à côté de notre sépulture, mais dans le cas seulement qu'il vous contente par sa pro-
bité et sa fidélité. S'il cherchait à se donner un patrimoine, en faisant sa main, vous ne lui devez plus rien, et je vous déclare quittes envers lui. Dans le cas, au contraire, où il continuerait à se bien comporter, vous ajouterez au don perpétuel une vingtaine d'arpents de terre et une petite maison. Mais aussi, s'il trompait mes espérances^usqu'à vous donner de l'embarras, ce serait un signe qu'il songe à s'en retourner. Délibérezen avec votre beau-père, et contenez-le dans le devoir. User d'une molle indulgence en pareil cas, ce serait enhardir vos autres domestiques à vous manquer, et vous auriez trop de peine à gouverner votre maison.
t Fou-cheou-eulh, Hia-cheoii-eid, Yang-cheoueulh m'ont suivi et servi tous les trois au palais bien des années. Il faudra leur donner à chacun vingt arpents de terre et une petite maison dans les environs de notre sépulture; mais ce ne sera que pour en jouir: vous ne leur permettrez pas de les céder à d'autres, ni de les aliéner.
f J'ai écrit moi-même ces courtes instructions, et j'ai eu l'attention d'y faire entrer ce qu'il importe le plus de savoir, pour vous bien comporter dans le monde. Montrez à votre mère ce dernier gage de la tendresse d'un père, et puis déposez-le, couvert de son enveloppe, au pied de ma tablette. Le premier et le quinze de chaque lune, vous assemblerez toute votre famille, et en ferez une lecture publique après les cérémonies aux ancêtres. Je vous demande et ordonne de n'y manquer jamais, même pour les affaires les plus importantes. »