I.\ ,^ Il lll" ClD
prodigues tle vaines paroles et avares d'actions. » La contre'e, disait-il, n'a point de terrain plus » uni que celui où je me tiens : j'ai encore en mon » pouvoir les dépouilles que je te ravis autrefois: » je t'attends ici , accomplis tes menaces , viens si » tu Toses , et bientôt je t'aurai renouvelé la rude » leçon que je t'ai déjà donnée. »
Les esprits encore aigris par ces outrages mutuels, tous se disposent au combat. Les gens du comte occupèrent pendant la nuit la montagne qui dominait le camp de Rodrigue , et au point du jour ils l'attaquèrent tumultueusement , en poussant des cris de fureur. Le Cid a bientôt range' ses troupes : il s'e'lance et fond sur les ennemis avec son impétuosité accoutumée. Ils pliaient déjà , quand Rodrigue, tombé de cheval, évanoui et blessé, dut être rapporté dans sa tente ; et cet événement rétablit la balance. Mais ce qui ailleurs aurait été une cause de défaite fut ici une occasion de victoire. Les invincibles Castillans suivirent l'impulsion donnée par leur général , et défirent sur tous les points les Français et les Catalans. Beaucoup furent tués : cinq mille furent faits prisonniers, et
3 [ LA VIE 1)1 Cil).
parmi eux le comte et ses principaux officiers ; et tout le bagage et les tentes de l'ennemi tombèrent entre les mains du vainqueur.
Berenguel fut conduit à la tente de Rodrigue. Celui-ci, fièrement assis, écouta d'un air courrouce les humbles excuses que balbutia le prisonnier debout et confondu. Il le livra ensuite à la garde de ses soldats : mais en même temps il ordonna de le traiter magnifiquement , et quelques jours après il lui rendit la liberté'. On s'occupa aussitôt de la rançon des autres captifs. A l'égard des principaux , la négociation fut facile. Mais que pouvaient donner les malheureux soldats ? Néanmoins ils obtinrent la liberté , sous la condition de rapporter au vainqueur une somme considérable , et ils partirent pour aller la ramasser chez eux. Ils en apportèrent une partie, offrant de laisser leurs enfants et leurs parents en garantie du reste. Mais Rodrigue, digne de sa fortune et de sa gloire , non seulement leur accorda la liberté, mais encore leur fit remise de toute la rançon. Action infiniment généreuse, puisque, dans la situation où l'avait réduit la haine de ses ennemis, il ne pouvait subsister avec son armée que par les rançons el le butin.
LA \ ll:. M Cl I).
La fortune, à cette époque, semblait lui ménager les movens de revenir en Castille. Alphonse marchait contre les Almoravides , qui avaient conquis Grenade et une grande partie de l'Andalousie. La reine Doua Constance et les amis du Cid lui mandèrent de venir incontinent joindre le roi et l'assister dans cette expédition , l'assurant que cet empressement le rétablirait dans ses bonnes grâces. Rodrigue assiégeait la forteresse deLiria, quand cet avis lui parvint: et quoiqu'elle fût à l'extrémité, il leva le siège à l'instant , et fit marche forcée pour atteindre le roi. Il le joignit dans le royaume de Cordoue près de Martos ; et Alphonse, à la nouvelle de son arrivée, sortit au-devant de lui pour lui faire honneur. Ils se dirigèrent ensemble sur Grenade. Le roi s'établit sur les hauteurs , et le Cid campa en avant dans la plaine. Cette insignifiante démarche fut soudain empoisonnée (28) par la haine du monarque qui disait à ses courtisans : « Voyez l'insolence de » Rodrigue. Hier il affectait de marcher à notre » suite, comme s'il eût été importuné de notre voi- » sinage , et aujourd'hui il se porte devant nous , >» comme s'il avait droit à la préséance. » Les flatteurs approuvaient ces paroles : et elle était assurément bien pénible la position du grand homme ,