‹ La vie du dogme catholiqueChapitre 10 sur 49 · VRAIE GNOSE THÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

VRAIE GNOSE THÉOLOGIQUE

par ses Docteurs, c'est-à-dire d'un travail éminemment collectifs social^ historique.

Les prétentions rationalistes ont quelque chose de spécieux et de plausible en présence de tel ou tel système bizarre, éclos dans l'esprit aventureux d'un théologien. Mais croyez-vous que ces débauches d'intellectualisme soient seules en question? Détrompez-vous: la querelle va bien plus loin. Lisez avec soin tel chapitre d'Harnack ou de ses disciples : vous verrez combien dans la pensée de nos adversaires sont intimement associées toutes les tentatives de systématisation ou d'interprétation philosophique du dogme, quelle que soit l'autorité qui les ait sanctionnées. C'est le procédé même qui est condamné sommairement, quels qu'en soient les résultats.

A entendre ces historiens du dogme, les termes adoptés par l'Église et incorporés dans ses définitions et ses symboles sont étrangers à la foi primitive. Ce sont des intrus : (( Ainsi [^ovaç, Tptaç,

o'j ^loc, 06 çiç, ''JTTOXîtfJLSVov, 'uTToaTaa'-ç, TipoawiTov (Jn

grand nombre de gens les regardaient même dans leur ensemble comme suspectes et non bibliques. Les oeuvres de Grégoire Thaumaturge, disciple enthousiaste d'Origène, le théologien le plus influent de l'Asie Mineure, nous présentent l'image la plus fidèle de l'état de la dogmatique. On y reconnaît que les « scientifiques », eux-mêmes com-

mencent à éprouver des inquiétudes de ce qu'ils introduisent un paganisme subtil, et de ce que la Ghristologie est devenue une affaire de philosophie pure )) (1).

C'est ainsi que l'on oppose à la tendance philosophique des Pères ou de l'École, la Tradition conçue comme force conservatrice : comme si la Tradition et la Baison .Théologique appartenaient à des ordres d'idées totalement divers^ on oppose la Positive à la Scolastique. On ne. s'aperçoit pas qu'en réalité, la Tradition, c'est renseignement donné par r Église en vertu de son magistère: que cet enseignement prenne la forme plus positive des premiers siècles — ou bien la forme plus systématique d'un développement ultérieur, peu importe. Dès que cet enseignement est un enseignement conciliaire^ ou l'enseignement collectif des Docteurs (sous les conditions suffisantes d autorité et à' universalité) — dès lors, c'est toujours la Tradition doctrinale, telle que la définit l'Église.

(1) Précis de VHistoire des Dogmes de Harnack, p. 129. Telle est la doctrine essentielle du Livre II inlitulé: La Fondation Elle s'affirme particulièrement au chap. VI : La Tradition ctirétienne est transformée oi une pliilosopfiie religieuse, et au chap. VII : La Spéculation tliéologigue remporte un succès décisif sur le terrain de la règle de Foi.

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Sous ce point de vue nettement délimité, le résultat du travail doctrinai, en apparence purement humain, s'impose au respect et à l'adhésion du croyant. Qu'il sagisse du consiibstantiel à Nicèe — ou de la Transsubstantiation à Trente — le travail rejeté par les Protestants comme purement humain a fourni un résultat sanctionné par une autorité doctrinale. Il faut réellement y voir le travail collectif et social de l'Église : et au terme de ce travail une formule sanctionnée par son autorité.

Cette simple remarque nous fait mieux comprendre l'essence de la doctrine protestante réduite à ces deux points :

1° Individualisme niant l'Église et n'admettant que l'interprétation privée.

2» Bejet du travail d^ interprétation philosophique, pour ne laisser subsister que la lettre.

Qui ne voit l'intime connexion de ces deux points? Ils convergent vers le même résultat pratique, auquel aboutissent fatalement les proiestants orthodoxes (1): le culte de la lettre scripturaire, conduisant par son exagération à la solitude et à l'immobilité de la parole divine. A sa

(1) Il est entendu que les autres ^ tels que M. Sabatier — aboutissent à la négation de tout ordre surnaturel et de toute révélation proprement dite.

solitude^ puisque l'homme qui la reçoit n'écoute point la voix d'un enseignement social, maïs celle d'une conscience individuelle — à son immobilité, puisque le rejet du travail social et de l'interprétation philosophique, est en somme Timpitoyahle élimination de tout véritable élément d'intelligibilité — partant de toute cause progressive, de tout ce qui peut devenir ferm.ent de vitalité, germe d'évolution légitime.

Dans ce conflit d'opinions, consultons la théologie catholique.

Elle admet une certaine analogie entre son procédé et le procédé gnostique : mais c'est une analogie purement formelle, analogie de procédé et de méthode, où le fond de la doctrine évangélique demeure inaltéré. Il ne s'agit pas d'une siibstitulion du Platonisme ou de V Aristotélisme à r autorité de V Évangile : il s'agit d'une interprétation philosophique qui partant de VÉuangile le traduit en langage humain et en conceptions humaines.

11 est vrai, pareil procédé est sujet à Terreur, si on le considère abstraction faite de toute assistance surnaturelle. Engagées dans l'engrenage des systèmes et soumises à des remaniements continuels, ces interprétations humaines, ces traductions de l'Écriture peuvents'altérer. Elles peuventsubir une évolution corruptrice. Mais elles peuvent encore

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évoluer logiquement, elles peuvent se dérouler en conséquences heureuses et s'organiser en systèmes harmonieux. Départ et d'autre le procédé sera le môme : traduction du divin en humain, de l'élément révélé en élément analogique (l) — puis travail logique partant de cette analogie et de cette traduction, d'abord acceptée dans sa simplicité primitive pour aboutir au système philosophique. — Toutefois, qu'on y prenne garde : sous cette identité formelle des procédés, combien diffèrent essentiellement la Gnose païenne et la Gnose chrétienne !

Notre exposé est-il fidèle ? Si vraiment il s'agit du procédé essentiel à la théologie catholique, de l'exposition des vérités de Foi, il faut consulter ceux qui l'ont mis en œuvre. Demandons aux théologiens autorisés entre tous, demandons aux

(1) D'ailleurs, ne pas oublier que celte analogie Qi celte traduction nous sont initialement fournis par lÉvangile lui-même. L'Écriture sainte elle-même est humaine dans son expression. Même à supposer que les paroles et les phrases fussent inspirées, elles seraient encore notre langage : « Quamvis per revelationem elevemur ad aliquid cognoscendum, quod alias nobis esset ignotum ; non tamen ad hoc quod alio modo cognoscamus nisi per sensibilia : unde Dionysius dicit quod impossibile est nobis aliter superlucere divinum radium, nisi circumvelatum varietate sacrorum velaminum )> (S. Thomas, in Boet. q. VI. a 3).

fondateurs de la théologie comment ils ont. compris leur œuvre et comment un catholique doit la comprendre.

III. — Nous trouvons chez bon nombre des Pères cette triple affirmation :

1'^ // existe un enseignement traditionnel.

2» Cet enseignement traditionnel n'est point une altération de l Écriture — qui en un certain sens est suffisante.

3° Mais il doit être considéré comme un complément et comme un commentaire de rÉcriture, aussi bien qu'elle s'imposant à notre respect et à notre acceptation.

La notion d'un enseignement traditionnel est remarquablement affirmée par S. Irénée (I).

De ses nombreux écrits il nous reste seulement

(1) S. Irénée est celui des anciens Docteurs qui a le plus accentué Fidée de tradition. On sait qu'il touche de près à l'apôtre S. Jean, dont il n'est séparé que par un intermédiaire: Polycarpe, disciple de Jean. Bossue t nous dépeint en ces ternies son importance et son rôle théologique : «Nœud de l'Orient et de l'Occident, S. Irénée venu de l'Orient nous apportait ce qu'il avait appris aux pieds de S. Polycarpe, dont il était le disciple. Il fut le plus grand prédicateur de la tradition parmi les anciens».

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