‹ La vie du dogme catholiqueChapitre 24 sur 49 · LA VIE DU DOGME. — V · texte numérisé non relu

LA VIE DU DOGME. — V

jections et des citations, expose nettement les principes qui régissent la matière.

D'abord, nulle incompatibilité dans le concours de lumières diverses: Foi et raison naturelle: (( Dona gratiarum boc modo naturte adduntur quod eam non tollunt, sed magis perficiunt; unde et lumen fidei, quod nobis gratis infunditur, non destruit lumen naturalis cognitionis nobis naturaliter inditum )).

Puis, on nous indique un double rapport dans lequel devront se rencontrer les deux modes de connaissances juxtaposés. Rapport de non contradiction — et rapport d'homologie. En d'autres termes, la raison naturelle ne peut contredire la raison divine : bien plus les deux ordres, sans se confondre, doivent nous révéler des similitudes: « Impossibile est quod ea quse per fidem nobis traduntur divinitus, sint contraria bis quse per naturam nobis sunt indita... Sed magis, cum in imperfectis inveniatur aliqua imitati-o perfectorum, quamvis imperfecta; in bis quœ per naturalem rationem cognoscuntur, sunt quœdam similitudines eorum quas per fidem tradita sunt ».

A ces deux rapports, un peu plus loin s'ajoute un troisième: la raison est une introductrice. Dans un ordre différent elle offre des vérités analogues et des vérités préparatoires à la foi: « Unde impossibile est quod ea quse sunt pbilosophise, sint

contraria iisquœ sunt fi.lei, sed deficiiint ab eis.. . » II n'y a pas identité, ni opposition ; il y a simplement diversité, — (( Continent tamen quasdam similitmlines eorum, et qucedam ad ea prœanihiila, sicot natura praeambula est ad gratiam ».

L'apologétique ou plus exactement, Tusage de la raison en théologie, est donc triple: externe et positif, interne et analogique, externe et négatif.

Usage externe et positif: la raison étudie les préliminaires de la foi. Usage interne et analogique: la raison atteint l'intime du dogme de foi; mais par l'intermédiaire obligé d'une analogie. Usage externe et négatif: on peut défendre le dogme contre des attaques soi-disant rationnelles, non pas en se plaçant sur le terrain même du dogme, mais sur le terrain des conceptions et des termes rationnels, 01.1 se meut l'objection, ce Sic igitur in sacra doctrina philospphia possumus tripliciter uti. Primo ad demonstrandum ea qurie sunt pvœambiila fidei , qua3 necessaria sunt in fidei scientia, ut ea quas naturalibus rationibus de Deo probantur, ut Deum esse, Deum esse unum et liujusmodide Deo vel de creaturis in philosophia probata, quœ fides supponit. Secundo ad notificandum per alignas similitudines ea quce sunt fidei,sicut Augustinus in libris de Trinitate utitur muitis similitudinibus ex doctrinis philosophicis sumptis ad manifestandum Trinitalem. Tertio r/r/

24i LA VIE DU DOGME

resislendum his quœ contra fidem dicuntur; sive osteiidendo esse falsa, sive ostendendo non esse necessaria ».

Que Ton veuille méditer avec soin toute cette théorie de la Raison défendant ou exposant la Foi. Elle dissipera bien des malentendus, et pourra suggérer la réponse à des objections que trop souvent leur imprécision même rend irréfutables, parce qu'elles sont inintelligibles.

Elle nous permet d'aborder plus franchement et de discuter plus nettement la difficulté tirée des systèmes. — On nous dit :

(( Les systèmes des théologiens ne sont pas la foi. Ils ne sont même pas dignes de confiance comme exposé de la Foi. A quoi bon leur végétation inutile » ?

Les considérations précédentes nous indiquent tout d'abord une distinction essentielle. D'un côté, les systèmes qui conduisent à des définitions sanctionnées par le magistère ecclésiastique, par Tauorité traditionnelle, sous les diverses formes précédemment décrites. — D'autre part, les systèmes qui manquent de cette sanction.

S'il s'agit des premiers — quelles que soient les imperfections qui puissent résulter de notre mode de connaissance analogique' — quelle que soit la faiblesse de la raison humaine construisant

avec ces matériaux incertains l'édifice théorique du système — deux points nous sont assurés : la valeur représentative peut être suffisante et légitime en dépit de ces imperfections — le rôle de l'autorité traditionnelle est précisément de nous assurer que cette suffisance et cette légitimité, possibles e« théorie sont réellement obtenues en fait. Autrement dit, la tradition — décision papale, ou conciliaire — enseignement commun des évêques et des docteurs — intervient pour garantir que ces formules et les conceptions qu'elles abritent, sont de légitimes interprétations de la foi.

D'où proviendrait notre défiance? Du caractère analogique des notions — ou bien de la certitude des déductions qui en résultent?

Dans l'un et l'autre cas, assurément la raison humaine est faillible. Mais elle doit s'enhardir, en se souvenant qu'elle n'est pas seulement raison individuelle. Elle est aussi raison collective, conscience de l'Église, dépositaire de la révélation. Et à ces titres elle a reçu charge et promesse : charge d'interpréter — promesse d'inerrance dans l'interprétation.

Qu'il s'agisse de la seconde catégorie de systèmes — des spéculations plus ou moins aventureuses auxquelles le dogme a donné lieu, sans obtenir la sanction traditionnelle, il est clair que

rasseiitimeiit n'est plus de même qualité. Il pourra s'inspirer du respect en telles circonstances données — mais non de la Foi. En présence de certains noms imposants, de certaines écoles séculaires^ il y aura peut-être lieu de rappeler et de mettre en pratique les sages avis d'un théologien précédemment cité(l): de sorte qu'en présence de certaines formules systématiques, le dédain et le mépris seraient téméraires — mais le système n'a point l'autorité du credo.

11 n'est pas inutile de remarquer combien les adversaires de l'école théologique sont empressés à se placer sur ce terrain, soit pour minimiser te dogme obligatoire — soit pour mettre en défiance contre toute formate ttiéotogiqae une génération déjà trop prompte à s'efTaroucher du spectre métaphysique. Présenter toute terminologie comme le résultat d'un système (et partant non recevable) c'est une thèse chère aux rationalistes. Est-elle historiquement sou4;enable?

L'École, au contraire — surtout l'École du'13<^ siècle — loin de nous donner ses conceptions comme des résultats systématiques — nous les représente comme des conceptions communes, vérités d'intuition, ou du moins très voisines de la région des vérités vulgaires accessibles à tous.

(i) Hurler, cité p. 109.

— Pour nos grands docteurs (1), la métaphysique est surtout intuitive, bien que le procédé déductif n'en soit pas exclu. On a pu, interprétant et développant ces enseignements, présenter la métaphysique traditionnelle comme une métaphysique du sens commun, spécialement caractérisée par l'intelligence des premiers principes et par l'évidence des déductions qui s'y rattachent le plus immédiatement.

Nous n'avons pas à chercher jusqu'à quel point cette simple et lumineuse conception s'est maintenue dans l'École. Des luttes célèbres ont armé les uns contre les autres de puissants esprits ; ces luttes furent trop ardentes, sans éviter toujours l'esprit de chicane et le démon de la subtilité — ces tournois retentissants ont trop longtemps exercé les rudes jouteurs de la scolastique

— pour que la spéculation .théologique ait pu demeurer fidèle à son programme primitif, tranquille contemplatrice des mystères de la Foi au moyen des vérités de sens commun (2).

(1) Non seulement pour eux, mais pouf bien des penseurs d"élite — Voir Th. de Régnon Métaphysique des Causes : du sens commun (Liv. I. cap. iv).

(2) La chicane des sophistes et l'argutie des hérésiarques ont nécessairement aiguisé la métaphysique des «'onservateurs traditionnels. N'était-il pas nécessaire de subtiliser quand on se trouvait en présence d'ouvrages

Page 1