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LA \\E DU DOGME

Quoi qu'il en soit de ce point historique, dont la solution surchagerait la présente étude, Fassistance providentielle qui dirige l'Église en ses définitions a su lui faire choisir des termes qui presque toujours appartiennent au domaine du sens commun avant d'appartenir au domaine des systèmes. Quaad le catéchiste parle d'unité et de Trinité, de nature et de personne, de substance, de Filiation il peut aisément se faire comprendre.

On Ta dit avec justesse : « Avant toute discussion philosophique à cet égard, l'humanité tout

tels que le Sic et non d'Abélard? Nous souscrivons donc pleinement à ces justes remarques, tout récemment formulées par M. Charaux : « La Science sacrée s'est constituée peu à peu dans le cours des siècles par le développement naturel des principes et des vérités qu'elle contient implicitement et aussi par la réfutation des erreurs que des adversaires sans cesse renaissants n'ont cessé de lui opposer. Il a fallu creuser, sonder, approfondir, pour répondre au désir de savoir, des uns, aux doutes ou à la mauvaise foi des autres, à leurs fausses interprétations des textes sacrés. Ce n'est point la faute des théologiens, c'est celle d'une curiosité le plus souvent légitime, mais parfois aussi inquiète, soupçonneuse, méticuleuse, s'ils ont dû ajouter sans cesse de nouveaux chapitres à ceux qui remplissaient les anciens traités, chaque période de l'histoire apportant son tribut d'interrogations, d'objections, d'erreurs » [Annales de Philos. Chrétienne, Juin 1898, p. 371).

ANALOGIES ET SYSTÈMES 2 iO

entière distinguait entre la nature et la personne, sans s'en douter et sans éclaircir cette distinction. C'est ce qu'il est facile d'établir par l'analyse des faits de conscience les plus vulgaires (1) ».

Présenter ces notions comme Tinvasion d'un esprit systématique dans la simplicité de TÉvangile (2) — revendiquer pour Aristote et pour Platon ce qui est la philosophie éternelle, patrimoine impérissable des intelligences les plus primitives — c'est faire violence à l'histoire aussi bien qu'à la philosophie, c'est défigurer l'histoire du dogme et méconnaître les origines du Credo catholique.

(i) Th. de Régiion. La Sainte Trinité, t, I, p. 59.

(2) Qu'on lise la liste des termes incriminés par Harnack {Précis de V Histoire des Dogmes, p. 129). U n'en est guère qui ne se traduisejit fidèlement en un sens vulgaire, communément intelligible.

(( L'absolu ne tombe point dans V histoire...

« Il est contre toutes les analogies que la pléni- « tude de la perfection se rencontre au début d'une (( évolution quelconque » a dit Strauss dans un passage fameux où il prétend opposer la conception hégélienne à la conception chrétienne, et soumettre le fait religieux à la formule panthéiste du devenir.

Où est le devenir, il n'y a place qu'au relatif.

Nous avons étudié les analogies de la vie individuelle, de la vie sociale et de la vie logique (ou abstraite) qui est la vie de Vidée, se développant en ses conséquences. — La vie individuelle nous révèle tout à la fois un principe de progrès et un principe d'identité ; et la même analogie se pour-

suit clans la vie sociale et dans la vie logique. Ame de la plante, âme de la bête, amede Thomme, âme de la société — nous offrent dans les changeantes manifestations de leur activité, une forme de vie permanente, immuable.

Nous avons vu que la doctrine procède également d'un germe, d'un principe, d'une âme. Elle vit à sa manière.

Elle vit doublement : non seulement d'une vie abstraite et logique, par où les grands systèmes de vérités vivent d'une vie objective — et s'épanouissent dans toute la fécondité de leurs conséquences ; mais encore d'une vie historique €t sociale par où :

« ridée

A le solide éclat des corps ».

C'est ainsi que la doctrine vit dans une école philosophique, c'est ainsi qu'elle vit dans une Religion, dans une Église.

Et c'est alors que l'âme de la doctrine se confond avec l'âme de la société, vit de sa vie, de son unité, de sa persévérante stabilité.

C'est alors aussi qu'apparaît , dans toute sa force et sa plénitude de sens, l'antique affirmation de Vincent de Lérins : (( Évoluer n'est pas

changer : qiiod evolvitur non ideo proprieiale mutatiir )).

En d'autres termes, comme l'a dit M. Brunetière — à propos des développements donnés par Léon XIII à la morale catholique : c( L'épanouissement des frondaisons de l'arbre n'est pas une variation du germe, et ce n'est pas changer, ce n'est pas devenir autre que de développer le contenu de sa loi, puisqu'au contraire c'est achever de devenir soi-même » (1).

En un sens^ la plante existe tout entière dans son germe, la société tout entière dans son origine, la doctrine tout entière dans son principe.

Mais à une condition : c'est que dans le germe il y ait une loi: c'est-à-dire, une idée directrice (2) — dans l'ébauche de société, une loi : c'est-à-dire, un pouvoir directeur — dans la doctrine, une loi: c'est-à-dire un principe indéfectifjle.

Et en développant le contenu de sa loi, l'être achève de devenir lui-même.

Et si la société et la doctrine vivent d'une vie unique, d'une même âme, le pouvoir directeur de la société sera le principe indéfectible de la doctrine.

(1) Après une visite au Vatican (1895).

(2) C'est le mot de Cl. Bernard.

A ce prix et sous ces conditions, il est conforme à toutes les analogies que la plénitude de la perfection se rencontre au début d'une évolution quelconque.

En un sens, tout germe est un absolu : il contient la perfection finale, puisque le plus ne saurait procéder du moins.

Le germe végétal contient la perfection de l'espèce. A sa façon, c'est un absolu: il tombe dans le développement relatif de la croissance quantitative (1).

Le germe social contient la perfection de la société. A sa façon c'est un absolu: il tombe dans le développement relatif de la croissance historique (2).

Le germe doctrinal-social contient la perfection d'un enseignement social. C'est un absolu : seulement il tombe dans le développement relatif de la croissance historico-logique. Croissance logi-

(1) C'est un point de vue partiel, où nous sommes heureux de nous rencontrer avec M. Sabatier. Esquisse, p. 181-182. Pourquoi faut-il que sa conception antisociale du christianisme l'empêche de concevoir le véritable sens de cet absolu qui réside dans la conscience de l'Église, entendue au sens catholique ?

(2) Voir ci-dessus p. 184.

que, par la puissance expansive de l'idée, croissance historique par l'incarnation de l'idée dans la conscience collective où elle est déposée, dans le pouvoir social — autorité vivante — qui est à la fois l'expression et la règle de cette unité consciente. — Croissance historique encore par la variété des manifestations subjectives, par l'apparente diversité des philosophies, des systèmes, des écoles, de tous ces accidents qui donnent à l'unique doctrine ses aspects multiples et changeants.

Quoi qu'en ait dit Strauss « i absolu tombe dans r histoire ».

Mais encore une fois, il faut que cet absolu logique et doctrinal soit V Absolu parfait, \q Divin. Il peut alors, sans déchoir, épandre les richesses de sa vie.

Une seule société peut être, dans sa conscience collective, dépositaire de V Absolu, et vivre de sa vie indéfectible ~ guidée, animée, soutenue de son infaillible autorité.

Cette société, c'est l'Église.

De fait elle prétend à cette vie : elle se dit infaillible dans l'autorité de son magistère, immuable dans la vie de son dogme.

Nous devons croire à ses déclarations d'immu-

tabilité. Elle est un miracle moral toujours subsistant, qui nous en garantit la valeur. Ces déclararations, elle les a faites partout et toujours avec une énergie d'affirmation et un accent de sincérité qui ne laissent subsister aucun doute — parce qu'elle a connu des combats sanglants — parce qu'elle a supporté de longs martyres plutôt que de laisser corrompre le dépôt sacré, plutôt que de laisser toucher à la doctrine.

Écoutons Lacordaire :

« Une doctrine immuable quand tout change sur la terre! Une doctrine que des hommes tiennent dans leurs mains, que de pauvres vieillards dans un endroit qu'on appelle le Vatican, gardent sous la clef de leur cabinet, et qui sans autre défense, résiste au cours du temps, aux rêves des sages, aux plans des rois, à la chute des empires, toujours une, constante, identique à elle-même! Quel prodige à démentir ! Quelle accusation à faire taire 1 Aussi tous les siècles, jaloux d'une gloire qui dédaigne la leur, s'y sont-ils essayés. Ils sont venus tour à tour à la porte du Vatican, ils ont frappé du cothurne ou de la botte ; la doctrine est sortie sous la forme frêle et usée de quelque septuagénaire, elle a dit :

(( Que me voulez-vo.us ? — Du changement. — Je ne change pas. — Mais tout est changé dans ce monde ; l'astronomie a changé, la chimie a changé; la philosophie a changé ; l'empire a changé ; pourquoi êtes-vous toujours la même V — Parce que je viens de Dieu — et que Dieu est toujours le même. — Mais sachez que nous sommes les maîtres^ nous avons un million d'hommes sous les armes, nous tirerons l'épée ; Tépée qui brise les trônes pourra bien couper la tête d'un vieillard et déchirer les feuillets d'un livre ! — Faites ! le sang est l'arôme où je me suis toujours rajeuni. — Eh bien ! voici la moitié de ma pourpre^ accorde un sacrifice à la paix, et partageons. — Garde ta pourpre, ô César, demain on t'enterrera dedans, et nous chanterons sur toi l'AUeluia et le De profundis, qui ne changent jamais ».

l„\ VI . DU DOGMT. — V,

L'évolution systématique des sciences (1

On connaît l'humble fraisier, poussé dans l'embrasure d'une fenêtre, près duquel, au début des Etudes sur la nature, Bernardin de Saint-Pierre conduit son lecteur. Quels interminables sujets d'admiration : les mille détails de la plante et de ses habitants, — toutes ces espèces de mouches dorées, argentées, bronzées... leurs mœurs, leurs allures, leurs préoccupations. — Puis la structure du végétal, ses organes imperceptibles et sa vie si compliquée. Après être resté longtemps courbé sur ce microcosme, le naturaliste poète passe de l'infinité des détails intimes à l'infinité des relations externes : relations avec l'univers entier, avec les vents, la pluie et les astres. C'est

(i) Article publié dans la Revue de Tlnstitut Catholique (juillet 1896).

en nous égarant dans ce double infini qu'il nous montre la difficulté d'écrire une histoire de la nature.

Chaque branche de la science réserve de pa^ reilles surprises à ceux que tourmente fâpre curiosité de savoir. Si l'on s'engage dans les sentiers de traverse, la forêt sera sillonnée en tous sens avant qu'on débouche sur la lisière.

M. Taine semble s'être placé à ce même point de vue quand il nous décrit l'évolution des conceptions scientifiques. D'après fauteur de 1'//?îelligence, comment se forme la science? C'est une c( série indéfinie de remaniements, additions (( et corrections... qui se poursuit de génération « en génération, de peuple en peuple... groupe (( énorme de caractères ou propriétés... Ce réseau (( si agrandi qu'on l'imagine n'aura jamais autant (( de mailles qu'il y a de caractères dans l'objci « auquel il correspond ; car il suffira toujours de (( trouver un corps nouveau pour lui en ajouter (( une... Cette liste, en vain allongée, reste tou- (( jours ouverte » (1).

Devenir perpétuel et modifications quotidiennes, est-ce vraiment le sort de la science ? En tout cas, c'est ainsi que l'évolution scientifique apparaît à beaucoup d'esprits, surtout à ceux

(1) De rintelligeiice, II, 269.

qui, imbus de préjugés positivistes, n'y voient qu'une mosaïque, et ne veulent rien connaître, rien définir que par de simples associations phénoménales d'antécédents et de conséquents.

Transporter cette conception à l'évolution du dogme est chose facile ; en conclure la perpétuelle mutabilité du dogme, chose plus facile encore. Le rationalisme contemporain s'en donne à cœur joie.

Et pourtant l'évolution scientifique est chose plus complexe : il importerait d'en donner une notion exacte avant de la comparer à l'évolutiou du dogme. Il y a trop de témérités dans ces généralisations superficielles. Malgré des progrès incontestables, malgré la très grande activité des vingt dernières années, l'histoire des sciences est peu avancée : la logique des sciences l'est encore moins. Où trouvera-t-on un travail sérieux et raisonné sur l'évolution logique des théories, non point envisagées dans de vagues généralités ni d'après les vues trop simples de la logique positiviste, mais en tenant compte de la variété des méthodes et de la diversité des sciences ? Les éléments de cette question existent dans des travaux sérieux tels que la Logique de V Hypothèse de M. Naville, les Fondements de r Induction de M. Lachelier, et dans la Logique de M. Pvabier, etc. ; mais la simple lecture de ces

ouvrages montre combien la question est complexe et combien les modes d'évolution sont multiples dans l'élaboration des théories scientifiques.

Cependant, nous semble-t-il, si l'on veut tenter entre le domaine scientifique et le domaine théologique UQ rapprochement sage et fructueux, on pourrait examiner certaines théories, certaines classifications, où le fait historique et la marche logique de révolution apparaissent avec une clarté suffisante et les comparer avec uue évolution que les théologiens depuis longtemps ont franchement admise dans leur propre science.

Certaines théories , certaines classifications , avons-nous dit. C'est en effet le double point de vue auquel il convient d'examiner la question. — En pareille matière, il faut distinguer: d'une part, rétablissement des théories déductives, d'autre part, l'établissement des classifications. Ce sont les deux grands procédés de la science parfois concurremment employés, mais généralement prédominants dans telle ou telle science qui en tire son caractère spécial et sa fécondité de recherche.

Tout en distinguant, il faut tâcher cependant d'obtenir une certaine unité qui permette de concevoir des traits généraux communs à toute évolution scientifique dans les ordres des sciences

les plus divers. Cette condition d'unité, nous croyons la trouver dans la nature du point de d'Jpart ou base systématique, et dans la solidarité de cette liase avec les faits. Nous allons donc rapidement rappeler la nature de cette base pour les deux ordres de sciences, puis nous chercherons à faire voir par quelle genèse en sont sorties les diverses théories et classifications.

Toute science déductive, ou du moins toute théorie partielle, repose sur un fait fondamental. Ce sera, par exemple, la trajectoire elliptique d'abord devinée, puis démontrée par une induction du génie de Kepler. Un pareil fait explique et synthétise les multiples positions où l'astro^ nome a pu observer la planète.

De même, la loi générale qui domine toute l'astronomie, symbolisée par l'attraction newtonnienne, est un fait fondamental d'ordre supérieur ; c'est une base d'explication qui nous permet de réduire à l'unité d'un vaste enchaînement toutes les solidarités partielles des astres épars sur la voûte du firmament.

On le conçoit aisément: la science approche de son idéale perfection quand elle a trouvé une base de généralité plus grande, une explication de plus en plus éloignée. Ainsi plus les sciences progressent, plus ces bases d'explication s'affirment. Mais ne l'oublions pas : elles s'affirment

comme des faits qui, expliquant les autres faits, demeurent inexpliqués. Plus les séries, plus les chaînes se dessinent, plus nettement se précise le mystère auquel la science aboutit (l).

Peu de philosophes ont mieux saisi ce point de vue, peu l'ont énoncé aussi nettement que H. Spencer. L'auteur des Premiers Principes a montré que les sciences envisagées, soit au point de vue de la déduction, soit au point de vue de la classification, se rattachent à des mystères suprêmes. Ce que nous venons de dire suffira pour les sciences de déduction : elles sont des chaînes d'explication qui réclament un premier anneau. Ce premier anneau, si mystérieux qu'il soit, est le point de départ de l'explication.

Pareille condition est encore évidente pour les sciences de classificcdion. Quel est en effet le résultat des classifications.^ Il consiste à définir les espèces inférieures au moyen des genres supérieurs ; et nous retrouvons ainsi la nécessité de faits fondamentaux et de bases d'explication, entendues dans un sens légèrement différent. Au lieu de ces lois générales constituant les faits fondamentaux dans les sciences de déduction, nous devons reconnaître dans les sciences de

(1) Voir notre article du Correspondant (10 juin 1896), La (( science idéale » et V explication scientifique.

classification certains groupements très généraux qui remplissent un rôle équivalent. Dans cet ordre d'idées, qu'il s'agisse d'un animal, d'une plante ou d'un minéral, suivant une formule devenue classique, expliquer, cest classifier. La base d'explication devient base de classification. En résumé, si l'on conçoit la science comme la concevait H. Spencer, toute explication théorique (par voie de déduction ou par voie de classificalion) a pour résultat de faire reposer le système scientifique sur une base, généralité abstraite ou fait concret (1).

(1) Nous ne fignorons point : pour certaine école positiviste, toute construction de ce genre est purement idéale ; il doit exister entre elle et la science positive une séparation très nette. Et pourtant Ij, science expérimentale telle que l'entendait Cl. Bernard, telle que d'excellents esprits la conçoivent encore, a bien la prétention d'unir dans un même raisonnement expérimental, tout à la fois l'élément idéal et l'élément positif.

D'après l'auteur de V Litroduclion à la Medechie expérimnntale, le raisonnement en pareille matière, part du fait fondamental — réel ou hypothétique — pour aboutir à un fait véritlabie. î.a s::ience est ainsi touf, à la fois idéale et positive. Idéale, par son élément logique; positive, par son point rie départ (quia toujours quelque fondement dans les faits et par conséquent n'est jamais purement hypothétique) ; positive, par son point d'arrivée : en vertu de la vérification expérimen-

L'explication ainsi comprise consiste dans le lien logique qui rattache à un même fait fondamental tout un ensemble de faits, ou bien dans la classificalion qui rattache les espèces particulières aux genres suprêmes. L'Évolution scientifique d'une théorie consiste à établir ce lien logique, à partir du fait fondamental pour aboutir aux conséquences déduites, ou bien à partir du genre supérieur pour aboutir aux espèces.

C'est ce procédé dont nous voudrions étudier la nature. Encore une fois, nous avons intérêt à la concevoir le plus nettement possible, afin de nous demander ensuite si l'évolution d'une théorie scientifique — et l'évolution d'une théorie théologique — sont en quelque point comparables.

J'ai dit l'évolution d'une théorie scientifique.

taie, le fait particulier est relié à sa base (Vexplicalion et rélément positif vient s'encadrer dans le système idéal, puisqu'il coïncide avec la conclusion du raisonnement expérimental.

C'est ainsi que, conform.ément aux prévisions expérimentales, fidèle au rendez-vous que lai assignait Le Verrier, l'astre annoncé est apparu dans le champ du télescope berlinois. Ainsi le positif vient s'enchâsser dans l'idéal : absolument comme dans le phénomène dénutrition, les molécules matérielles viennent s'encliâsser dans la structure idéale, dans le moule invisible que l'idée vitale directrice impose à notre organisation.

J'avais déjà dit avec plus d'exactitude : l'évolution de cerlaines théories scientifiques.

En effet, nous ne prétendons point dans cette modeste étude, échafauder la théorie de toute évolution scientifique, nous ne prétendons point énoncer une théorie universelle toujours applicable. Il nous suffira d'en étudier quelques-unes, et dV surprendre une frappante analogie avec cette genèse des conceptions théologiques, pompeusement désignée sous le nom d'évolution des dogmes.

Nous nous bornerons à constater que : dans un grand nombre de cas, la conquête de la vérité s est effectuée en passant d'une conception confuse à une conception distincte, d'une notion implicite à une notion explicite.

Notre assertion peut d'abord être confirmée par l'histoire de mainte découverte scientifique, due aux efforts personnels d'un génie intuitif.

Si Ton étudie la genèse subjective de semblables recherches, si l'on approfondit la psychologie des grands inventeurs, fréquemment on trouve au point de départ l'idée confuse à l'état de germe obscur et de pressentiment intuitif. Puis l'idée se précise, les faits s'enchaînent, les confirmations expérimentales s'accumulent, et enfin le coup d'œil généralisateur unie dans une ferme synthèse le fait explicateur et les faits expliqués.

Au début de la recherche, cet enchaînement

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