LA VIE DU DOGJIS
térielle des choses s'arrête à la source extérieure et superficielle, je veux dire aux documents historiques et aux petits faits sans pénétrer jusqu'au courant des idées et au développement des théories. Au contraire, un coup d'œil plus compréhensif saura bien reconnaître dans ces faits particuliers les manifestations partielles du sens catholique. Il saura en comprendre et en suivre l'évolution.
II. — Par une suite de comparaisons psychologiques et sociales, nous avons pu donner une idée du sejis catholique. Nous avons comparé la conscience de l'Église à une âme quelconque, individuelle ou collective. Mais ce n'est là qu'un élément de l'évolution dogmatique : élément organique et subjectif qui suppose un élément objectif. Cet élément objectif est la vérité dogmatique ellemême^ vivant et fructifiant par l'expansion de ses conclusions logiques. Si l'on veut un fidèle exposé de la doctrine universellement professée — depuis S. Augustin et Vincent de Lérins jusqu'à nos jours, cette vérité objective s'impose à notre attention : sa vie et son expansion féconde en conclusions rationnelles (1), voilà ce qu'il faut concilier avec son indéniable immutabilité.
[i) Hurler a fort bien dit : « Si quœlibet scienlia inter
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Pareille immutabilité semble chimérique à bon nombre de nos contemporains. Elle cadre mal avec leur état d'esprit, persuadés qu'ils sont d'une absolue relativité des connaissances humaines. Pour eux, toute vérité est temporaire et caduque; la science marche d'approximations en approximations.
Une saine philosophie ne saurait accepter ces vues sans les préciser et les corriger: elle doit y faire la part de la vérité et la part de l'erreur.
On distingue dans la science certaines vérités qui demeurent, dont Vexpression seulement acquiert plus de précision et d'exactitude scientifiques, certaines vérités générales, certaines lois, dont la formule peut bien être susceptible d'une plus rigoureuse approximation, mais dont l'identité substantielle persévère (1).
liominesprofectus est capax, ejusmodi profectus capax erit scientia fidei: id est Theologia. Prœterea veritates revelatse hinc quidem non" sunt lapidum instar, sed instar seminum et quo altiores, eo fecundiores conclusionumque feraciores ». (Theol. dogmat. t. I, p. 223). Cette fécondité de la vérité est précisément le secret de l'évolution doctrinale.
(1) En ce qui concerne les sciences naturelles, ce point de vue a été remarquablement développé par Agassiz (De l'espèce et des classifications, p. 222). L'illustre naturaliste genevois insiste sur l'identité foncière que très souvent l'on peut constater, en compa-
La logique positiviste ne voit dans la science qu'une pure collection de faits. Volontiers elle souscrirait à la fameuse formule -de Magendie : (( Des expériences, rien que des expériences, sans mélange de raisonnement ». De la sorte, elle compare la science à une mosaïque, s'accroissant toujours extérieurement, par juxtaposition de nouvelles pièces, à un réseau dont chaque fait vient amplifier les mailles.
Ce point de vue est absolument contesté par les savants les plus illustres, qui ne se sont pas aveuglément inféodés à la méthode positiviste (1).
rant — d'une part, la conception initiale, vulgaire, — d'autre part, la définition •précise, telle que la fourni?sent les procédés logiques et scientifiques. — Nous avons invoqué son témoignage et nous nous sommes efforcé de généi'aliser sa théorie dans notre article SUT l'Évolution systématique des sciences (Voir l'appendice qui termine le présent volume). — Enfin M. J. Mai'tin, dans la Revue Philosophique (Janvier 1897) a donné une très originale et profonde théorie de la Démonstrai ion 23hilOso2Jhique, conçue comme une déduction ostensive, se hornant à développer le contenu d'un concept. C'est une ostension, VU-ô^zi^ic, des Grecs. Affirmer un tel mode de démonstration, c'est précisément concilier l'immutabililé objective de lïdée avec son évolution logique.
(1) Consulter un fort curieux ouvrage : L'idée et le fait en biologie, par J.P. Durand (de Gros). 11 s'adresse,
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Il fausse absolument la notion véritable de l'évolution logique, suivant laquelle une vérité est une semence qui germe en développant son contenu.
Juxtaposition extérieure et développement intime, sont deux théories bien distinctes, bien opposées. — Autre chose est l'accroissement du cristal dans l'eau mère , autre chose l'expansion du germe.
La seconde théorie est celle qu'adopte la théologie catholique depuis Vincent de Lérins. La vérité est une semence. Quand le gland est devenu un chêne vigoureux, il semble qu'il soit tout autre. Qu'on se détrompe : il y a dans l'espèce séminale quelque chose de constant et d'inaltérable qui doit toujours être reconnu dans ses exubérantes végétations. Ainsi en est-il de l'Idée (1).
dit Fauteur « aux biologistes qui veulent bien penser et n'être pas de simples entasseurs de faits >>. La polémique soutenue par M. Durand contre M. Chaiies Richet est des plus instructives.
(1) On parle souvent de Védifice de la science, à laquelle chaque travailleur apporte sa pierre. Cette image pourrait bien être empreinte de préjugés positivistes et nous conduire à ne voir dans les sciences que des collections de faits. Toute science est un arbre qui grandit, une logique qui se développe par la poussée interne, parla vitalité de l'idée primordiale.