LA YIE DU DOGME
Telle était la pensée de Vincent de Lérins.
(c Mais, dira-t-on, n'y a-t-il dans l'Église du « Christ aucun progrès ? Si assurément, et un (c très grand progrès. Ce serait trahir l'huma- «. nité, ce serait desservir Dieu que de s'y oppo- « ser. Toutefois c'est un progrés, ce n'est pas une « altération de la foi. Qui dit progrès, dit déve- <( loppement; qui dit altération, dit corruption. c( Il doit donc y avoir croissance, il doit y avoir « progrès... de l'intelligence et de la science, c( mais dans la persévérante identité du dogme et <( de V interprétation ».
(( La croyance religieuse {religio) imitera donc <( lés corps organiques dont l'évolution expancc sive, au cours des années, n'empêche point <c l'identité (1) ».
(i) Commonitorium, c. 13 : « Sed forsitan dicit aliquis : Nullus ne ergo in Ecclesia Christi profectus habebitur religionis? Hàbeatur plané et maximus. Nam quis ille est tam invidus hominibus, tam exosus Deo, qui istud prohibex'e conetur. '? Sed ita lamen, ut vere profectus ille sit fidei, non permutatio. Si quidem ad profectum pertinet ut in semetipsum unaquœque l'es amplificelur ; ad permulationem vero ut aliquid ex alio in aliud transvertatur. Crescat igituretvehementer proficiat, non minus hominis qùam totius Ecclesia;, œlatis ac seculorum gradibus intelligentia, scienlia, sapientia, sed in suo duntaxat génère, in eodem scil. dogmate, eodem sensu eademque sententia. Imitetur
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Ainsi la vérité, au cours de son évolution, demeure objectivement identique. A certains moments, ses manifestations explicites peuvent s'obscurcir. Certains éléments, certains aspects de la vérité sont moins accentués dans l'enseignement des Docteurs : d'où les apparences de variation et de défaillance — ou bien, au contraire, un certain progrès modal et subjectif . — Mais dans la conscience collective se conserve le courant traditionnel : telle une nappe d'eau s'infiltre dans les profondeurs d'un sol argilo-sablonneux. Bien plus, l'historien du dogme doit accorder que certaines vérités ont été totalement obscurcies et oubliées dans quelques Églises particulières : le lit souterrain du fleuve a pu se rétrécir en quelques endroits. S'il s'agit de vérités secondaires, quelques docteurs catholiques ont pu les contester, même les nier absolument. Une heure vient où le courant doctrinal, obscurci par des préjugés locaux, enseveli dans les sables mouvants de la controverse — oublié dans ses conséquences pratiques — devra vaincre tous les obstacles — triompher du sophisme et de l'ignorance — jaillir au grand jour. L'Église infaillible parle:
animarum religio ralionem corporam, quœ licet annorum processu numéros suos evolvant et explicent, eadem tamen quœ ei^aut permanent ».
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elle a scruté les profondeurs du sens catholique : elle promulgue et définit (1),
C'est ainsi qu'il faut perpétuellement rapprocher la doctrine de V autorité infaillible et la notion du sens catholique sans jamais les perdre de vue.
Nos adversaires protestants nous reprochent fréquemment ce qu'ils appellent une « psychologie mécanique » une (( règle extérieure » aux âmes. Il est facile de voir que la doctrine de V autorité mieux comprise — jointe à la notion du senscaLholique,faittomber ce préjugé. SiTautorité est Vâme de la société ; si comme telle, elle in-
(1) Voir Hurter. Il cite plusieurs exemples. « C'est ainsi que les successives opinions des protestants, qui admettaient tantôt cinq, tantôt quatre, tantôt trois sacrements, ont déterminé le concile de Trente à affirmer le nombre yeptennairc, comme un nombre précis et exact — enseignement jusqu'alors moins explicite et moins pressant.
Ainsi encore l'Église a reconnu expressément dans le Christ les diverses parties de la nature humaine... Elle a mis plus d'insistance à enseigner contre les semi-pélagiens la nécessité de la grâce, même pour le point de départ des œuvres salutaires [salutis iyiilium] et pour leur terme (la persévérance) — bien que ces vérités fussent contenues dans Funiverselle pj'oposition qui affirmait la nécessité de la grâce, pour toutes les œuvres salutaires ». (Theologia generalis, I, 138).
Voir les autres exemples cités par le savant professeur: sainttté originelle de Marie — baptême des hérétiques etc.
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forme l'organisme, elle est intérieure à cet organisme. D'ailleurs, le dogme qu'elle définit était déjà intimement présent au sens catholique : à ce point de vue encore, ce n'est point une règle extérieure qui s'impose; c'est le dépôt primitif, d'abord implicite, qui s'affirme et devient explicite par la définition du magistère ecclésiastique (1).
Encore une fois, constatons que le protestantisme est individualiste. Il n'a pu comprendre dans une société autre chose que des unités juxtaposées à la façon d'atomes, agissant par conséquent extérieurement, sans lien d'unité véritable.
(1) Oa l'a dit fort justement: « Ni les conciles, ni les papes ne définissent aucun dogme qui n'ait été d'abord présent de façon ou d'autre dans la conscience des vrais croyants unis par la grâce à l'âme immortelle de rÉglise. Cela même permet de répondre aux adversaires qui nous plaignent et qui s'indignent qu'une autorité extérieure vienne gouverner notice conscience et lui imposer du dehors des obligations de croire et d'agir... L'autorité de l'Église n'est pas extérieure à nos âmes; sa foi n'est pas quelque chose d'extérieur à notre foi, sa pensée est notre pensée, sa parole est notre parole même entant que nous sommes catholiques, et donc nous ne sentons pas dans son gouvernement l'autorité extérieure et lyrannique que l'on croit y découvrir ». {Discours prononcé p«r M. Fonsegrive à la séance de clôture de la Conférence S. Paul, S. Ttiomas, 1897).
Seule la conception catholique est une conception sociale.
Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons montré comment certaine fraction de l'École traditionaliste avait compris cette fécondité évolutive, cette puissance expansive de l'idée — comment on avait reconnu son intime connexion avec l'acte de la Tradition. C'est la même idée qui se développe et fructifie, tandis qu'à travers les. siècles elle se transmet traditionnellement de génération en génération. Nous avons vu comment Lamennais a partiellement reconnu cette vérité, comment il Ta malheureusement altérée sous l'influence de préjugés révolutionnaires — fortifiés par une superficielle philosophie de l'histoire.
Les exagérations doivent être mises sur le compte du malheureux auteur de V Indifférence, Mais la théorie, sainement comprise, esu ancienne et nouvelle dans l'Église. Le tort de Lamennais fut de voir mie seule évolution, de faire sortir toute religion d'un seul germe primitif. Mais si nous considérons plusieurs germes, plusieurs dogmes révélés, et si nous suivons dans l'histoire leur développement — au lieu de l'évolution unique source de toute religion d'après Lamennais, nous reconnaîtrons plus exactement des évolutions partielles s'opérant les unes au sein
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de la vérité révélée, les autres sur le domaine de la raison naturelle, en vertu de la force expansive des idées.
Tel est un des principaux points de vue adoptés par le cardinal Newman dans son Essai sur le développement de la doctrine chrétienne .(1).
Dans cet ouvrage, abondent les vues philosophiques les plus pénétrantes et les plus originales. Nous y comprenons le développement d'une idée : elle devient comme un sujet d'expérience et d'observation : à la lettre^ nous assistons aux phénomènes de sa vie. Sous nos yeux, elle grandit et fructifie comme un être vivant.
Je sais tel de nos mathématiciens les plus profonds pour qui les formes supérieures de l'algèbre ont une vie propre, véritables fonctions, organiques, espèces idéales, que l'on peut classifier comme de vulgaires habitants du Jardin des plantes. Newman s'est placé à ce point de vue réellement organique : un de ses chapitres les plus suggestifs est intitulé : « pouvoir d'assimilation DE l'idée ».
Il aime cette métaphore, il la poursuit avec complaisance jusque dans ses derniers détails.
(1) Ou a discuté quelques-unes des expressions de Newman — et même la valeur lliéologique de sa conception généi^ale. Nous la croyons fidèlement exprimée par les développements qui vont suivi^e.
Si ridée peut s'assimiler, s'incorporer d'autres idées, c'est qu'elles forment entre elles des constructions réelles, de véritables assemblages logiques ; il y a des idées capitales, c'est-à-dire des idées souveraines, desquelles dépend l'intelligence d'autres idées ; de même que dans les corps célestes il y a des groupements stellaires — parce que telle planète entraîne dans son orbite des satellites prisonniers, — de même dans l'orbite de certaines idées dominantes, il y a des idées secondaires.
Et l'on comprendra facilement que plus une idée se fortifie et se précise dans le progrès des intelligences humaines, jplus elle devient dominante et capitale — groupant sans cesse autour d'elle les autres idées vassales et sujettes. Voilà ce que Newman entendait par le pouvoir assimilateiir de l'idée.
Pourquoi cette métaphore empruntée à la nutrition? Parce que de même que dans la nutrition ■du corps humain, les molécules viennent d'ellesmêmes s'assimiler, c'est-à-dire se placer sous la dépendance du tissu primitif chacune au lieu qui lui convient, tantôt pour s'incorporer dans un os, tantôt dans une muqueuse ou un cartilage, de même le progrès de l'idée se fait par l'assimilation logique : chacune venant se rattacher à celle qui lui convient, comme si elles formaient des grappes
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abondantes — ou bien encore ainsi que les pierres d'un édifice, pierres dont l'assemblage pour être idéal, n'en est pas moins architectural, durable et résistant.
Qu'il y ait de réelles connexions logiques entre divers ordres de vérités — que par suite de ces connexions (ou au contraire, du défaut de connexion) les unes conspirent harmonieusement, s'unissent et s'associent en des systèmes cohérents — tandis que d'autres se repoussent, tout cela est incontestable.
C'est ainsi que les dogmes catholiques peuvent être systématisés : c'est ainsi qu'ils sont susceptibles d'une meilleure et progressive exposition. Voilà donc une première application et une première interprétation de la métaphore chère à Newman.
En outre, le dogme catholique peut 5' incorporer d'autres vérités. Il s'assimile ce qui est assimilable quand il admet les vérités naturelles à s'associer avec lui dans un système cohérent. Et il rejette ce qui est rebelle à l'assimilation. Le dogme est essentiellement intolérant, comme l'est un corps vivant pour toute molécule hétérogène.
Et ce peut être là une autre interprétation de Newman. En ce cas, il exprime poétiquement une doctrine qui est commune parmi les théologiens. Ceux-ci jugent que le domaine (indirecl)
du Magistère déborde le champ restreint des vérités strictement dogmatiques. A ces vérités viennent se rattacher, par des liaisons multiples, des vérités de provenances variées.
Ainsi elles se rattachent au dogme :
A titre de conclusions déduites rationnellement des principes de foi : c'est le sens le plus naturel que l'on envisage, en décrivant la vérité comme une semence fertile, capable de fructifier dans les intelligences humaines.
A titre de vérités concordantes et symphoniques (1). Ainsi certaines doctrines philosophiques cadrent mieux avec l'ensemble des dogmes et leur fournissent une base de systématisation plus satisfaisante par sa cohésion .
A titre de moyens : telles sont, dans l'ordre moral et pratique, les affirmations relatives à la discipline, aux règlements ecclésiastiques, à certaines formes de vie religieuse.
Telles sont les différentes sortes de vérités visà-vis desquelles la vérité dogmatique manifeste son pouvoir assimilateur.
En somme — on ne peut comprendre l'élément essentiel de l'évolution du dogme, si l'on méconnaît cette puissance expansive et assimilatrice de
(1) Hahilu resonantix vel dissonantiœ, disent les théologiens.
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l'idée. La plupart des malentendus viennent de ce que nos adversaires n'ont pas compris cette notion.
Ou bien, l'ayant comprise, ils se la sont appropriée : de la sorte, il n'ont pas voulu reconnaître le bien de l'Église catholique. Ils ignorent ou feignent d'ignorer les grandes conceptions d'un Vincent de Lérins, d'un Mœhler, d'un Newman.
De la sorte, l'histoire du dogme leur paraît un perpétuel démenti aux prétentions théologiques ; ils le constatent avec des airs de triomphe.
Triomphe facile : qu'ils en jouissent à leur aise. Nous aussi nous admettons cette force expansive et ce développement logiques. Nous n'y voyons qu'un témoignage de vie et de fécondité.
Nous l'admettons non seulement avant la définition, mais après la définition. Car nos adversaires nous objectent également le travail postérieur aux Conciles, travail d'exposition au sein des écoles théologiques! Et le plus souvent ces griefs s'enchevêtrent confusément, li est rare qu'une Histoire des dogmes distingue nettement ces deux faits, pourtant essentiellement différents au regard de la théologie catholique. Une pareille confusion est chose naturelle au point, de vue rationaliste. Pour cette école, la définition conciliaire est un fait théologique comme un autre, — un moment dans l'histoire du dogme — produit
des causes naturelles, enchâssé dans la trame homogène des faits évolutifs, où la critique ne perçoit aucune différence entre le divin et l'humain.
Pour le catholique, au contraire, pareille homogénéité serait un contresens théologique. Le travail pi^éparatoire à la définition est un travail dont le résultat est consacré : envisagé dans- son terme, et sous les garanties de l'assistance divine, il constitue un fait transcendant, il n'est point exclusivement soumis aux lois humaines d'une évolution doctrinale quelconque. Le Magistère intervient comme principe supérieur: c'est un principe directeur, âme de la doctrine, ainsi que le principe vital est directeur du développement embryonnaire.
■ En général, il n'en est point de même du travail logique, postérieur à la définition.
Il ne se présente pas avec les mêmes garanties d'autorité et d'assistance — il ne jouit pas de la même consécration. Pourtant nous avons indiqué dans quelles conditions l'enseignement des docteurs et des écoles, même postérieur à la définition, s'impose au respectueux assentiment des fidèles.
Au sujet de cette forme du travail théologique, il y aurait à répéter presque tout ce que nous avons dit du travail préparatoire. Les idées de Vincent
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deLérins— relativement à la croissance de la vérité révélée, à sa végétation expansive — demeurent encore vraies si on les applique au travail des écoles qui exposent le dogme : a. progrès de l'intelligence et de la science, mais dans la persévérante identité du dogme et de l'interprétation » (1).
ni. — Tâchons maintenant de préciser la nature du progrès théologique.
Tout d'abord, nous rejetons la théorie rationa-
. liste de Gunther, véritable type de l'évolution isme
moderne en matière de dogmatique et comme
■ telle condamnée par Pie IX et le Concile du Yatican.'
-■ Pour Gunther, il ne s'agit que d'un progrès philosophique et rationnel quelconque. L'intelligence de la révélation est soumise à ces lois d'évolution et de mutabilité — que les hégéliens et les positivistes se plaisent à retrouver en tout
.être et en toute science: Aucune notion fixe: la théologie, tributaire de la philosophie, est soumise à toutes les vicissitudes de son perfectionne-
■ ment. Pour définir le dogme, l'Église doit se contenter de conceptions provisoires.
(1) C'est pourquoi les manuels de lliéologie confondent souvent les deux périodes historiques du développement.
Cette théorie, pleine de graves et dangereuses conséquences, est surtout condamnable 1°) par son identification des méthodes théologique et philosophique, 2°) par l'instabilité qu'elle entraîne dans l'intelligence et l'interprétation du dogme.
En premier lieu :
Giinihev identifie les deux méthodes. Dans sa pensée, l'esprit humain marche à la conquête et
l'abolition du mystère. Celui-ci disparaîtra finalement, lorsque le système des vérités surnaturelles sera enlacé dans le système des vérités naturelles, — jusqu'à n'en former plus qu'un seul.
Rien de pareil dans les visées de la théologie catholique. Elle conçoit tout autrement l'explication dogmatique : traduction du mystère révélé en analogies rationnelles et systématisation cohérente — rien de plus. Dans cette systématisation entrent certaines vérités d'ordre naturel: mais ce n'est point le divin qui est englobé dans P humain, au contraire.
Du système formé, le mystère demeure tout à la fois la base et le centre, inaccessible aux étreintes de notre philosophie.
■ Contre cette fausse identification est dirigé le premier canon de la session 3® du Concile du Vatican: « Si quelqu'un dit que la révélation divine ne contient aucun mystère véritable et proprement dit — mais que tous les dogmes de foi.
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soumis à la raison cultivée, peuvent être naturellement compris et ramenés à des principes de démonstration naturelle — qu'il soit anathème d. Au chap. IV de la session, est décrit le procédé théolog.ique (V. le texte cité plus haut, p. 61).
En second lieu :
Gunther ne voit dans les définitions du Magistère qiCiine nécessaire succession de formules intelligemment adaptées au besoin de F époque. Loin d'avoir une valeur fixe, ces formules sont tout simplement la meilleure interprétation du dogme, relative à un état donné des intelligences, à un moment de la culture scientifique. Celte valeur est donc toute relative : pareillement relative est l'infaillibilité qui les choisit et les proclame.
Formules et conceptions dogmatiques sont donc soumises aux lois d'un progrès indéfini. Nouvelle erreur visée par le Concile du Vatican : (c Si quelqu'un dit — qu'en conséquence du progrès scientifique — l'Église pourra être amenée un jour, à entendre ses dogmes dans un sens autre que le sens où elle les a entendus et les entend présentement — qu'il soit anathème ».
Et pourtant il y a progrès !
Les anathèmes du Vatican ne détruisent pas les affirmations de Vincent de Lérins, d'Augustin et d'Anselme. Comprendre mieux n'est pas nécessairement comprendre autre chose.
'I8i LA vue DU DOGME
La même vérité dogmatique — inaltérée — peut être mieux comprise dans sa réalité historique — dans sa formule scientifique ou systématique — dans ses oppositions polémiques (1).
L'intelligence moderne des formules dogmatique peut être caractérisée par un triple progrès : progrès historique, progrès moc?a/, progrès apologétique.
1" Progrès historique.
Des dogmes importants dont l'objet était particulièrement historique et social, ont pris pour ainsi dire un corps dans la réalisation successive et progressive des faits auxquels ils s'appliquent. Le traité de l'Église — important chapitre du dogme — est à l'heure qu'il est un chapitre vécu. Aux premiers siècles, il commençait de vivre. Sa réalisation concrète se réduisait à un petit nombre d'événements : les listes pontificales commençaient à peine ; les premiers conciles commençaient à tenir leurs assises et à rendre leurs définitions. L'Église et la Tradition se condensaient en quelques sobres énoncés : à présent l'Église et la Tradition sont toute l'histoire du catholicisme, de son influence sociale et
(1) Voir Hurter — qui résume en quelques pages ces importantes notions. Voir encore Kleutgen, Tliéol. der Vorzeii. disp. 6, c. 2, §. 4. (Dernier volume).