IV. — Conclusion : l'image est un instrument secon
daire et subordonné à l'idée doctrinale.
V. — Confirmation: le rôle de l'image dans les méthodes scientifiques.
L'auteur des Contemplations-, dans une de ces gracieuses scènes familières à son génie, nous fait voir un essaim de joyeux enfants qui après avoir folâtré autour du grand-père, se penchent sur la vieille bible de famille et dévorent des yeux les anges, les saints,
Et le Père Éternel en habit d'empereur.
Le Père Éternel en habit d'empereur ! Bien des enfants l'ont vu : mais le catéchisme enseigné d'une manière intelligente ne les a point laissés dans cette illusion... anlhropomorphiqiie, comme disent nos sages modernes. L'habit d'empereur ne fait évidemment point partie du Credo catholique. N'importe ! une certaine école continue à le mettre sur le compte de l'enseignement orthodoxe.
Au fond, c'est toujours la même erreur, qui dans l'exposition de notre foi affecte de confondre la vérité révélée et son mode accessoire de réprésentation. C'est la même erreur qui regarde avec un suprême dédain nos dogmes antiques, à cause de leur enveloppe surannée. « Voilà, nous diton, le produit des vieilles conceptions grécoromaines )).
Sur ce point écoutez M. Sabatier(i).
((Comment expliquer cette formation étonnante des grands dogmes catholiques autrement que par l'alliage du principe de l'Évangile avec la pensée hellénique? Examinez de plus près la construction de ce christianisme doctrinal, avec quels matériaux a-t-il été bâti, de quelles^ carrières viennent les moellons employés... L'Église affirme que tout cela vient de la Bible. C'est une
(d)Escfaisse d'une religion..., pp. 314-313.
grande illusion ... La substructùre philosophique des dogmes est restée grecque de même que la langue dans laquelle il furent d'abord rédigés. S'il en est ainsi, de quels droits proclamons-nous éternel et immuable un système dogmatique dont l'histoire nous révèle si bien l'origine et le caractère particulier... Savez- vous ce qu'a fait l'Église en proclamant l'infaillibilité des dogmes du moyen-âge? elle n'a pas seulement décrété l'immutabilité de l'Évangile, elle a décrété l'infaillibilité de la logique d'Aristote et de la philosophie de Platon )).
Vous le voyez : pour cette école, le dogme n'est pas seulement revêtu d'une enveloppe grécoromaine qui lui soit extérieure. Les vieux systèmes démodés ne sont pas seulement un habit — d'empereur ou de plébéien — , ils constituent les matériaux de l'édifice dogmatique, ils entrent dans la structure intime du dogme. C'est ainsi que, suivant les protestants rationalistes, la source du dogme contient autre chose que la vérité révélée. Suivant eux, la Tradition, enseignement des Pères, est une altération de l'Écriture.
Nous l'avons déjà dit, on aboutit à la confusion de deux notions essentiellement distinctes : Ja notion d'instrument et la notion de source. En tout ordre de sciences, on est exposé à prendre pour une source ce qui n'est qu'un instrument
logique, un mode d'exposition, je pourrais dire un système de canalisation par où doit se distribuer la doctrine. C'est sur cette importante question que nous allons insister afin de réduire à leur juste valeur ces éléments de Vexposition humaine.
■ En quoi consistent ces altérations objectées par les historiens du dogme?
A ce point de vue les discussions rationalistes sont sommaires et totalement dénuées de précision. Le plus souvent, on se contente d'alléguer des similitudes purement verbales entre les auteurs platoniciens ou hétérodoxes et les théologiens chrétiens. Si parfois les similitudes semblent être des similitudes de doctrine, il faut prendre garde à de graves causes d'erreurs.
Qu'on examine les emprunts apparents par où la pensée chrétienne se serait enrichie de la pensée grecque, souvent on ne trouvera de coïncidence que dans Vêlement Imaginatif. La doctrine philosophique est radicalement différente.
Pourtant il se peut que la critique moderne, comparant les auteurs platoniciens et les écrivains ecclésiastiques, y découvre des similitudes d'ordre supérieur : non plus seulement nominales, non plus seulement Imaginatives, mais véritablement conceptuelles. Même dans ce cas, il ne faut point que les conclusions dépassent les faits
d'observation. De quelques idées communes, de quelques analogies de détail conclure à l'identité des systèmes, c'est manifestement une œuvre de synthèse téméraire et précipitée.
Malheureusement, depuis une cinquantaine d'années, certaine science patristique, venue d'outre-Rhin, abuse de pareils procédés. Il y a longtemps qu'ils motivaient- les protestations de Mgr Freppel. Leurs excès ont fini par susciter les réclamations d'esprits indépendants, même dans le camp rationaliste. C'est ainsi que Paul Menzel a sagement critiqué la a parai lélomanie » (1).
M. Henri Bois .se range résolument à sa suite, (à propos de l'Hellénisme des livres sapientiaux): « Le procédé consiste à rapprocher en abondance des textes de la Sapience d'autres textes empruntés aux philosophes païens ; à triompher des moindres analogies formelles ; à faire des hypothèses pour en établir ; à s'écrier aussitôt : Imitation! influence ! dépendances étroites » (2).
Trop souvent on s'est laissé prendre à cette tactique, une des plus familières à l'école des modernes évoiutionnistes.
Enfin, même en laissant de côté toute influence
(1) Der griechische Einfluss auf Prediger und Weisheit Salomon, J)^ Paul Menzel. Halle 1889, S. 40.
(2) Essai sur les origines de la Philosophie Judéc- Alexandrine par Henri Bois, p. 217.
étrangère, on objecte les naturelles propensions de l'esprit humain. On s'en pi^end à la spéculation théologique elle-même ; on la rend responsable de la corruption du dogme tantôt par les excès d'imagination, tantôt par le dévergondage métaphysique, par l'abus des analogies et des systèmes.
En résumé :
Ces « altérations » de la théologie chrétienne se seraient doublement produites : par voie d'infiltration étrangère et par voie de dégénérescence spontanée — tantôt par illusion poétique — tantôt par égarement intellectuel.
Pour plus de clarté, nous examinerons tout d'abord l'élément matériel constituant le domaine des facultés sensibles — puis l'élément intellectuel, dans la pure région des concepts. D'une part : similitudes verbales et imaginatives qui bien souvent portent la marque d'importation étrangère — d'autre part : analogies dogmatiques et développements systématiques , empruntés ou originaux : tels sont les divers facteurs de l'exposition théologique — les divers éléments subjectifs du travail humain, qu'il nous faut considérer.
I . — Entre le Christianismeet les doctrines étrangères, — religieuses et philosophiques — on a relevé des similitudes verbales souvent gratuites.
même ridicules. Telle la grotesque assimilation d'Agni, le dieu du feu, et de VAgmis Dei de l'Évangile (1),
L'histoire des dogmes, depuis vingt-cinq ans, est malheureusement compromise par l'abus trop fréquent de procédés analogues : il semble que le mot suffise pour constater la présence de Vidée. On s'est beaucoup trop préoccupé « de comparer des vocables, de juxtaposer des atomes de ressemblance verbale, d'obtenir des analogies en arrachant certains versets ou fragments de versets à leur contexte pour leur imposer une interprétation forcée » (2).
Le plus souvent les similitudes verbales tiennent à des similitudes métaphoriques. C'est là que doit principalement se porter notre examen.
Le fréquent emploi des analogies et des figures donne aux plus anciennes controverses théologiques un caractère spécial. Cette langue est faite tout à la fois d'abstractions profondes et de riches
(1) « La réponse à cette sottise n'est pas bien difficile. En effet entre le Christ et le dieu védique, il n'y a aucune ressemblance sous aucun rapport». (G. de Harlez — art. Agni dans le Dictionnaire apologétique de la Foi catholique). Voir cet intéressant article oii le savant belge stigmatise comme il convient — par la simple exposition des textes et des doctrines — les procédés extra-scientifiques de M. Emile Burnouf.
(2) Heni'i Bois [op. cil. p. 21'?).
logique, un mode d'exposition, je pourrais dire un système de canalisation par où doit se distribuer la doctrine. C'est sur cette importante question que nous allons insister afin de réduire à leur juste valeur ces éléments de Vexposition humaine.
■ En quoi consistent ces altérations objectées par les historiens du dogme?
A ce point de vue les discussions rationalistes sont sommaires et totalement dénuées de précision. Le plus souvent, on se contente d'alléguer des similitudes purement verbales entre les auteurs platoniciens ou hétérodoxes et les théologiens chrétiens. Si parfois les similitudes semblent être des similitudes de doctrine, il faut prendre garde à de graves causes d'erreurs.
Qu'on examine les emprunts apparents par où la pensée chrétienne se serait enrichie de la pensée grecque, souvent on ne trouvera de coïncidence que dans l'élément Imaginatif. La doctrine philosophique est radicalement différente.
Pourtant il se peut que la critique moderne, comparant les auteurs platoniciens et les écrivains ecclésiastiques, y découvre des similitudes d'ordre supérieur : non plus seulement nominales, non plus seulement Imaginatives, mais véritablement conceptuelles. Même dans ce cas, il ne faut point que les conclusions dépassent les faits
d'observation. De quelques idées communes, de quelques analogies de détail conclure à ridentité des systèmes, c'est manifestement une œuvre de synthèse téméraire et précipitée.
Malheureusement, depuis une cinquantaine d'années, certaine science patristique, venue d'outre-Rhin, abuse de pareils procédés. Il y a longtemps qu'ils motivaient- les protestations de Mgr Freppel. Leurs excès ont fini par susciter les réclamations d'esprits indépendants, même dans le camp rationaliste. C'est ainsi que Paul Menzel a sagement critiqué la ce parai lélomanie » (1).
M. Henri Bois .se range résolument à sa suite, (à propos de l'Hellénisme des livres sapientiaux): « Le procédé consiste à rapprocher en abondance des textes de la Sapience d'autres textes empruntés aux philosophes païens ; à triompher des moindres analogies formelles ; à faire des hypothèses pour en établir ; à s'écrier aussitôt : Imitation ! influence ! dépendances étroites » (2).
Trop souvent on s'est laissé prendre- à cette tactique, une des plus familières à l'école des modernes évolutionnistes.
Enfin, même en laissant de côté toute influence
(i) Der griechische Einfluss auf Prediger und Weisheit Salomon, D" Paul Menzel. Halle 1889, S. 40.
(2) Essai sur les origines de la Philosophie Judéc- Alexandrine par Henri Bois, p. 217.