CETTE SOCIÉTÉ EST UN ORGANISME
Comme l'a fort bien remarqué Scheeben : cette conception d'une société enseignante, intermédiaire entre l'autorité divine et la conscience humaine, entre l'attestation révélatrice et les intelligences instruites par elle — cette conception, disons-nous avec le théologien allemand, ce est un point capital par où se conçoit pleinement la différence entre le système catholique et le système protestant ».
leui- contenu en analogies naturelles et enchaînement systématique. Voici ce texte important auquel nous aurons plusieurs fois recours : « Ac ratio quidem flde illustrata, cum sedulo pie et sobrie quœrit, aliquam, l3eo dante, mysteriorum intelligentiam eamque fructuosissimam assequitur tum ex eorum quœ naluraliter cognoscit analogia, tum e mysteriorum ipsorum nexu inter se et cum Une liominis ultimo ; numquam tamen idonea i^edditur ad ea perspicienda instar veritatum, queepropi'ium ejus objectum consliluunt. Divina enim mysteria in suaptenalura inteliectum humanum sicexcedunt^ ut etiam revelalione tradita et flde suscepta, ipsius tamen fidei velamiiie contacta et quadam quasi caligine obvoluta maneant quandiu in hac morlali vita peregrinamur a Domino : per fidem enim ambulamus et non per speciem (II Cor. 5, 7) ». Gonc. sess. 3. cp. 4.
Ouvrons le Nouveau Testament : sans préjugé d'aucune sorte et sans effort d'interprétation, cherclions à y rencontrer le point de vue protestant ou le point de vue catholique. Y trouveronsnous quelque part l'Écriture Sainte reconnue comme moyen de propagation et de conservation de la doctrine révélée? Nulle part (1). Et pourtant, cette idée de propagation et de conservation de la doctrine court à travers toutes les pages de la collection inspirée. Elle 'en est le souffle; elle en est l'âme. Attachons-nous aux pages qui en traitent plus spécialement et cherchons à préciser sous quelle forme la doctrine doit être propagée — suivant le texte Scripturaire.
Elle sera propagée sous la forme d'un enseignement personnel et vivant^ donné par les membres d'une société hiérarchiquement organisée. Cette affirmation est solide : elle s'impose après un facile examen.
Il n'est point question dans le Nouveau Testament de l'autorité exclusive d'un texte, mais bien plutôt s'affirme l'autorité absolue d'un enseignement personnel. C'est ainsi que le Christ a donné sa doctrine : nulle part il n'est question d'un
(1) Au point de vue catholique, l'Écriture est un moyen de conservation, mais subsidiaire, ayant luimême besoin d'être conservé.
écrit qu'il ait composé ou commenté ; aucun manuel n'apparaît. Il enseigne et, nous dit-il, ses paroles sont esprit et vie : .« Verba quœ ego loquor vobis spirihis et vita siint » (1). C'est un enseignement personnel et vivant.
Dans la mission qu'il donne à ses Apôtres, rien qui ressemble à la recommandation d'un code.
Il s'agit seulement, en termes très généraux, de la Bonne Nouvelle à répandre : le texte des Écritures n'est pas explicitement désigné : « Eiintes clocete omnes génies ».
Remarquons encore que nous trouvons partout l'idée d'une mission, avec l'idée — absolument connexe — de responsabilité et d'autorité. C'est une mission accompagnée de difficultés spéciales qui sont nettement prévues ce Nonne aliqiiid défait vobis in via... Spiritiis Sanctiis siiggeret omnia ». En vue de ces difficultés est promise une assistance spéciale: ce Ecce ego vobisciim siim omnibus diebiis ». Une autorité s'attache à leur parole ; et malheur à qui mépriserait ce pouvoir moral :
(( Oui lion crediderit^ condemnabitur y).
11 s'agit donc bien d'une mission personnelle et non de Vautorité d'un texte.
Les porteurs de cet enseignement sont les mem-
(1) Évangile selon S. Jean, chap. Vï.
bres dune hiérarchie sociale^ voulue par le Sauveur.
U Évangile pourrait suffire à justifier notre assertion. Il indique suffisamment l'existence d'une société religieuse, organisée en vue de la prédication de la doctrine et de l'établissement du royaume de Dieu. Les apôtres sont les membres et les chefs de cette Société, et le Sauveur en désigne le chef suprême. Sans doute, c'est l'embryon d'un corps social; un regard prévenu pourra se refuser à l'identifier avec l'être futur. Et pourtant c'est du germe qu'est sortie la plante vigoureuse : leur continuité apparaît avec certitude. L'Église est deux fois explicitement désignée ; les paraboles indiquent nettement sa raison d'être : le royaume de Dieu qu'il faut éta- . blir (1), Cette association des Douze est bien une
(1) Nous nous associons pleinement à la remarque du R. P. Bainvel dans un article précieux à. consulter — sur le sujet même qui nous occupe : « Gomment ne pas relever l'étrange procédé de Harnack et de sou école, V école historique, comme ils disent? Ils nient que dans la pensée du Christ, le royaume des cietix fut quelque chose de social, d'organisé, une Église en un mot, et quand les textes prouvent le contraire avec une irrésistible évidence, ils les disent imaginés au deuxième ou au troisième siècle. Pourquoi? Parce qiCils dénaturent la pensée du Christ. Espérons que le bon sens des simples mortels continuera de ranger
société, instituée pour un but et tendant vers ce but: l'enseignement et l'attestation de la doctrine.
Qu'il y ait déjà les premiers linéaments d'une hiérarchie, on pourrait le conclure théologiquement, c'est-à-dire par le concours de l'idée scripturaire et de la conception philosophique. VÉcrilure indique manifestement une société ; la philosophie veut que toute société soit un organisme. Il s'ensuit théologiquement que les porteurs de la doctrine sont membres d'un organisme hiérarchique.
Du reste, l'Évangile et les écrits apostoliques nous conduisent directement à la même affirmation. Un chef, d'une part — et d'autre part, des degrés divers dans la hiérarchie: tels sont les éléments essentiels, tel est l'état initial du développement embryonnaire.
Dans l'admirable discours après la Cène, la future unité sociale nous apparaît avec son but caractéristique :
« Je ne prie point pour eux seulement — mais « encore pour ceux qui doivent croire en moi par « leur parole^ afin que tous ensemble ils ne soient « qu'un.
le cercle vicieux parmi les sophismes ». {VÉglise, Histoire du dogme, p. 8, art. paru dans les Études^ Janv. 1897).
« Comme vous êtes en moi, mon Père^ et comme « je suis en vous, que de même ils soient un en « nous, afin que le monde croie que vous m'avez « envoyé.
... « Je suis en eux et vous en moi^ pour qu'ils « soient consommés dans l'unité, et que le monde « connaisse que c'est vous qui m'avez envoyé » (1).
II. — Quittons l'Évangile, et passons aux écrits apostoliques; ils nous font voir un organisme social; en outre ils nous font connaître nettement une fonction de cet organisme : la tradition. C'est déjà par anticipation un développement de notre 2'- et 3^^ proposition.
Ils nous font connaître une société : la même que nous indique l'Évangile, la même qui fut investie de la mission et qui reçut'les promesses.
(\) S. Jean, ch. 17, v. 20 et seq. MOcliler, citant ces paroles du Sauveur, les commente avec beaucoup de force et de profondeur: « Comme cette unité repose « sur un fondement divin, elle doit avoir des- effets sur- <( naturels ; par elle, le monde doit reconnaître la <( haute mission du Fils de Dieu. Il faut donc que « celle unité soit visible, tombant sous les sens ; il faut (t qu'elle se manifeste par une même doctrine, jjâr « tous les rai^potts des disciples entre eux : autrement . « elle ne prouverait point la divine mission du Sauce veur s. (La Symbolique, t, II, p. 18).
La voici tout d'abord réunie au Cénacle : c'est la petite communauté de 120 membres — apôtres, disciples, saintes femmes — réunis après l'Ascension du Sauveur. Cette communauté, grandement accrue après quelques jours, devient la première chrétienté de Jérusalem, manifestement issue de la réunion des Douze — héritière de sa mission et de ses promesses.
Deux métaphores sont fréquentes pour en désigner la nature :J;antôt c'est un édifice, tantôt c'est un corjjs vivant. Entre ces deux figures d'ailleurs, il y a concordance. La seconde est plus expressive, comme affirmation de l'unité vivante. Mais aussi bien, l'édifice possède une certaine unité de plan et de structure. C'est ainsi que dans l'Évangile, S. Pierre est fondement de l'édifice à venir : et dans la première épître de S. Pierre, dans divers passages de S. Paul, les fidèles nous sont représentés comme les matériaux futurs que la grâce doit assembler.
Sous ces images diverses, c'est toujours l'unité sociale qui nous apparaît.
D'après S. Pierre, c'est le Christ qui unit les fidèles pour en faire un peuple. Et comment ce peuple a-t-il été formé? Est-ce une agglomération instable, une foule quelconque? Non: c'est un édifice, qui tire de son assise fondamentale toute l'assurance de sa durable unité.
Dans les Épîtres de S. Paul, revient continuellement l'idée de l'Église (1). Continuellement elle nous est présentée comme un corps, et parfois s'accentue avec une grande netteté la notion du corps organique ; ainsi dans la première Épître aux Corinthiens, après avoir énuméré les dons que l'Esprit distribue, comme il le juge à propos, pour l'utilité de l'Église :
(( Tons ces dons, c'est le seul et même esprit
(1) « Sa philosophie, si nous osons parler ainsi ; sa « philosophie sur la société en général et sur l'Église « en particulier, n'est ni moins profonde, ni moins « sublime. Lorsqu'il montre l'individu plein de misère, (c ne complétant son être que dans la société; quand « il fait voir ce même esprit pénétrant les éléments c< les plus divers, ne faisant qu'un même corps de tous « les fidèles (I Cor., xii), ses divins oracles comman- « dent et entraînent l'assentiment de la raison. Et <( combien s'élève sa pensée lorsqu'il montre la base « vivante sur laquelle repose tout l'édifice. (Éphes. « IV. 16)! Ses paroles semblent porter dans nos cœurs « la force infinie qui a enfanté l'Eglise. En Jésus-Chiist, <f toute différence nationale sous Je point de vue reli- <c gieux est anéantie. (Éphes. ii, 15). Des deux peuples il « n'a fait qu'un peuple; il a brisé en sa chair le « mur « de séparation, et déti'uit l'inimitié qui les divisait. « Par lui, ils ont accès auprès du Père ; comme ils sont « un en Jésus-Christ, de même ils ne sont entre eux « qu'un corps, qu'un esprit ». (Mœhler, la Symbolique, t. n, p. 19).
qui les opère, les distribuant à chacun comme il veut. Car comme le corps est un, quoique ayant beaucoup de membres, et que tous les membres du corps, quoique nombreux, ne sont cependant qu'un même corps : ainsi est le Christ. Car nous avons tous été baptisés dans un seul esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Gentils, soit esclaves, soit libres ; et tous nous avons été abreuvés d'un seul esprit. Ainsi le corps n'est pas un seul membre, mais beaucoup » (11-15).
Et plus loin : « Aussi dès qu'un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui, mais si un membre est glorifié, tous les autres se réjouissent avec lui. Or vous êtes le corps du Christ, et les membres d'un membre » (26-27).
D'ailleurs cette épître (ainsi que la deuxième adressée aux même fidèles) nous donne beaucoup de détails sur l'organisation et la vie intérieure de l'Église; sur l'autorité de l'apôtre, le devoir de robéissance, la réglementation du culte, les rapports avec les païens et avec l'État. Nous sommes évidemment en présence d'un corps constitué.
Mais l'Épître aux Éphésiens nous dévoile plus complètement encore le mystère de l'organismedivin :
c( C'est lui qui a fait les uns apôtres et les autres prophètes, d'autres évangélistes, d'aulres pasteurs et docteurs, pour la perfection des
saints, pour l'œuvre du ministère, pour lédification du corps du Christ, jusqu'à ce que nous parvenions tous à l'unité de la Foi et à la connaissance du Fils de Dieu, à Fétat de l'homme parfait, à la mesure de l'âge de la plénitude du Christ; afin que nous ne soyons plus comme de petits enfants qui flottent, ni emportés çà et là à tout vent de doctrine, par la méchanceté des hommes, par l'astuce qui entraîne dans le piège de l'erreur, — mais que pratiquant la vérité dans la charité^ nous croissions en toutes choses dans celui qui est le chef, le Christ, — en vertu duquel tout le corps uni et lié par toutes les jointures qui se prêtent un mutuel secours, d'après une opération proportionnée à chaque inembre, reçoit son accroissement pour être édifié dans la charité » (Gap. iv, v. 11 à 17) (1).
Ce n'est pas la seule fois que l'apôtre insiste
(1) Notre cadre général et le but de la présente exposition ne nous permettra point d'entrer dans les discussions relatives à l'Épître aux Épliésiens — et d'étudier la nature de cette organisation — la part effacée de la hiérarchie en présence des manifestations de l'Esprit- Saint. Il nous suffit d'avoir fait remarquer ce qui est absolument visible : l'existence d'une organisation, avec des fonctions déterminées. — Voir dans la Revue Biblique, 1896, les savantes études de M. Tabbé Battifol, Recteur de l'Université Catholique de Toulouse.
sur cette image. Il a dit en un autre endroit aux fidèles de Colosses : « Que personne ne vous séduise... vainement enflé des pensées de sa chair, et ne tenant point à la tête par laquelle tout le corps^ servi et relié au moyen des jointures et des ligaments, croît de l'accroissement de Dieu » (II, 18, 19).
Cette notion du corps du Christ, les saints Pères l'ont reprise et développée fréquemment. Interprètes de l'Ecriture, il est peu de passages qu'ils aient commentés avec tant d'insistance, tant d'énergique précision. Pour eux le Christ est vraiment le chef, c'est-à-dire la tête.
Voici S. Augustin.
Dans une comparaison psycho-physiologique, il revendique pour le chef une sorte de concentration de la personnalité*: ce L'âme anime tout notre corps et le vivifie; et pourtant au chef appartiennent les sensations visuelles et auditives, celles du goût et du tact — aux autres membres celles du tact seulement — de sorte qu'au chef tout est soumis : à lui la situation prééminente, à lui le poste de vigilance, parce que — siège commun de tous les sens — il concentre en quelque sorte la personnalité de l'âme, attentive gardienne des intérêts du corps. En même façon, le peuple des Saints comme un seul corps tient à uncAe/^qui
est le médiateur de Dieu et des hommes — homme lui-même — le Christ Jésus » (1).
L'influence vitale du chef sur les membres appartient réellement au Christ. Les Pères nous montrent continuellement des effluves de grâce, magnétisme divin, qui s'épanchent sur les âmes individuelles. Petau, dans une série d'images hardies, résume la doctrine des Pères Grecs, qui ont spécialement développé cette analogie théologique: (( De même que les membres du corps sont étroitement liés, permettant ainsi la diffusion de l'influence vitale à travers tous les organes, jusqu'aux plus minimes, procurant ainsi leur accroissement et leur vigueur : ainsi le corps du Christ est composé de membres. Étroitement attachés par une sorte de lien spirituel de foi et de charité, ils ont la cohésion d'un organisme, unis entre eux et avec leur chef, le Christ. Et de même que, dans notre corps, la tête contient l'origine des nerfs (ainsi s'expriment Théodoret et Théophylacte), et par cette source épanche des influx sensitifs ou animaux — de même que leur courant se
(1) S. Augustin {de Agone Christicmo, c. 20). Voir ce texte dans Hurler {Theologia generalis, t. I. p. 19o). Il est accompagné de nombreuses références. Voir aussi Thomassin, de Incarnatione Verbi, 1. 6. c. 7. — Voir Hurler pour la citation complète des textes qui suivent et pour d'auti'es textes analogues.
diffuse à travers les membres, grâce aux commissures et aux communications diverses qui rattachent étroitement toutes ces parties : les membres entre eux, et surtout les membres avec la tête (car une scission ou une luxation quelconque arrête le trajet du fluide vital ou animal) — pareillement, dans le corps mystique du Christ sont des liens et des connexions, par où lès membres s'unissent comme dans la continuité d'une cohésion organique, se rattachent au chef, en reçoivent la transfusion de l'esprit vital, et par son influence sont vivifiés et grandissent. Cette connexion organique, l'apôtre dit que c'est la Charité... » (1).
(1) Nous avons cherché à traduire scrupuleusement, presque servilement, le texte de Petau de [Incarnat. 1. m, c. 17). Un fécond vulgarisateur, le R. P. Ramière, S. J., a gi'andement insisté sur cette belle donnée théologique. « S'il n'y a pas dans le corps mystique de J. C. un lien intime et vivant qui maintient entre lui et nous une communication constante, un nœud assez large pour embi-asser toutes les âmes qui vivent de la vie surnaturelle au ciel, sur terre et en purgatoire, et pourtant assez étroite pour que chacune de ces âmes soit immédiatement unie à son chef; s'il n'y avait pas un esprit vital assez rapide dans sa transmission et assez énergique dans son action pour que les pensées, les sentiments et les volontés du Sauveur puissent être inslantanément reproduits dans ses membres même les
Le Nouveau Testament et les commentaires les plus autorisés de la Théologie primitive nons ont suffisamment révélé la doctrine de l'Église, organisme divin (1). Qu'une des fonctions de ce corps soit renseignement oral — que cet enseignement oral existe, ajoutant à l'Écriture un commentaire autorisé, présentant au peuple chrétien une doctrine officielle — que cette doctrine officielle ait sa raison d'être à côté de VÉcritiire ■ — voilà ce qui nous reste à comprendre. C'est la notion même de la Tradition, ou enseignement doctrinal, fonction de l'Église — c'est son rôle de dépositaire responsable^ chargée défaire valoir le dépôt: telles sont lés doctrines théologiques qu'il nous reste
plus éloignés, ce ne serait que par une métaphore inexacte que l'Église pourrait être appelée son corps mysti'que » (Apostolat de la prière, page H7).
(1) Nous laissons de côté l'intéressante question du dévelop'pement de cette notion. On la trouvera très ingénieusement et sagement étudiée dans l'article cité: Il montre fort bien « comment la distinction entre les éléments sociaux et les éléments religieux, entre les formes extérieures de l'association et l'esprit même des
associés ouvrait la route à une conception nouvelle
qui devait occuper une grande place dans la Théologie de l'Église, celle de l'Église comme société des âmes, camme assemblée invisible des croyants ou des élus de tout temps et de tout pays •>■>. (L'Église, Histoire du dogme — Etudes, 1897. p. 4).
à indiquer : il nous faut les voir en germe dans le Nouveau Testament, puis en suivre le développement dans, les premiers siècles.
Consultons encore le Nouveau Testament.
Pour un esprit qui sait aller plus loin que des formules matérielles et s'affranchir de l'inintelligent esclavage de la lettre, les injonctions et les promesses du Christ laissent déjà pressentir, dans l'apostolat qu'il organise et dans l'Église qu'il fonde sur cet apostolat, pareille fonction et pareille responsabilité. Le Christ envoie le collège apostolique prêcher la foi chrétienne ; il la destine à vivre à travers les siècles, sous la garde de son assistance et sons l'inspiration de l'esprit (1).
Saint Paul, l'homme de l'idée et de la doctrine a mis en relief, plus que tout autre des auteurs inspirés, cette double conception d'une fonction enseignante et d'une doctrine officielle.
La succession des pasteurs jouit dans l'Église d'un pouvoir enseignant. C'est une fonction sacrée qui leur est dévolue ; et cette fonction
^ (1) Eunles ergo docete omnes geutes... Et ecçe ego Yobisciim sum omnibus diebus usque ad consummalionem sœculi (Matt, XXVIII. 19, 20). Et ego rogabo Patrem et alium Paracletum dabifc vobis, ut maneat vobiscum in œternum (Joann., XIV, 16).
s'exerce dans la spécialité d'une élite et la continuité d'un organisme social.
Spécialité de Vorganisme: il s'agit d'une élite doctrinale qui doit transmettre le dépôt — continuité de l'organisme, dans la succession des- générations à venir : « Ce que tu as entendu de moi devant un grand nombre de témoins, confie-le à des hommes fidèles qui soient eux-mêmes capables d'en instruire les autres ». Tel est le classique passage de l'épître au disciple Timothée : il résume la pensée de l'Apôtre et la pensée traditionnelle.
Nous la retrouvons d'ailleurs en maint autre passage. Évidemment l'apôtre croit à l'existence d'un corps spécial, chargé d'une mission spéciale : « Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Mais comment invoqueront-ils celui en qui ils n'auront point cru ? ou comment croiront-ils à celui qu'ils n'ont point entendu ? et comment entendront-ils si personne ne les prêche ? Et comment prêchera-t-on, si on n'est pas envoyé? comme il est écrit: Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix, qui annoncent le bonheur » (1) !
Voilà déjà un fondement suffisant à notre seconde proposition.
(1) Épître aux Romains (p. 13-17).
L'explication des textes qui précèdent a déjà montré que cette proposition est contenue dans l'Écriture. Le Nouveau Testament nous a suffisamment fait connaître le divin organisme et sa fonction enseignante. Reste à mieux en pénétrer l'analogie philosophique — à montrer la nature essentielle de cette autorité hiérarchique qui continue au sein de l'Église la mission doctrinale des apôtres.