‹ La vie du langageChapitre 19 sur 66 · LANGUES MONOSYLLABIQUES · texte numérisé non relu

LANGUES MONOSYLLABIQUES

chinoise ont franchi la barrière qui sépare les langues légèrement agglutinatives des langues absolument non infléchies.

Les différentes langues de rextrême-Orient, tels que Tannamiteou cochinchinois, le siamois, le birman, avec d'autres langues appartenant à beaucoup d'autres tribus ou races moins importantes, diffèrent assez du chinois, pour dire qu'elles n'ont point de parenté avec lui. Mais elles lui ressemblent toutes en ce qu'elles ne sont point infléchies, et c'est une circonstance qui peut- être regardée comme les constituant, en définitive, en une même famille. Nous ne voyons pas, en effet, pourquoi une race plutôt qu'une autre serait par nature incapable de développement linguistique, et si nous rencontrons des langues monosyllabiques sur différents points du globe, nous n'aurons pas le droit de conclure à leur parenté ; mais que les dialectes d'un coin de TAsie montrent tous cette particularité, cela ne peut être que le résultat d'une fixation commune du type monosyllabique. Ainsi donc et provisoirement, nous classons toutes ces langues ensemble sous le nom de famille sud- est asiatique ou de famille monosyllabique. Les langues de Tlndo- Chine èont inférieures à la langue chinoise, de la même manière et au même degré que l'on peut s'y attendre, dès qu'elles appartiennent à des races moins bien douées et moins civilisées. Elles abondent en moyens de définition tels que les auxiliaires et les particules indicatives.

La question de savoir jusqu'où s'étend cette famille est encore à décider. En suivant, du nord de l'Indo-Ghine vers l'ouest, la lisière du grand plateau d'Asie, on trouve une masse de ^dialectes homogènes qu'on appelle généralement himalayens, inférieurs en structure, et qu'on ne connaît pas encore assez bien pour pouvoir les classer comme distincts de. la famille que nous venons devoir. Près d'eux, on trouve et l'on range le thibétain, quoique celui-ci ait un alphabet d'origine indienne et une littérature bouddhique qui date du septième siècle.

Au milieu de tous ces couples, le chinois occupe une position exceptionnelle et remarquable, parce qu'il appartient à une race hautement civilisée et qu'il possède une Uttérature. Il est, dans cette famille, ce qu'a été l'accadien dans la famille

scytbiqne, si toutefois il en a fait partie. La Qhine a été pour tous ses voisins le centre des lumières, comme l'avait été pour les siens la Mésopotamie; mais avec cette différence marquée que, par une constance qui est un des faits les plus extraordinaires de l'histoire, elle a conservé, en substance et sans altérations profondes, ses institutions politiques, religieuses et linguistiques, depuis l'aurore des temps historiques.

La nation qui a le plus profité de l'enseignement chinois et qui s'est montrée le pilus capable de s'assimiler sa civilisatioii, tout en conservant son caractère propre, est la nation japonaise. Son type physique est celui que nous appelons mongol et Ton a cherché à rattacher sa langue à la langue mongole et à la langue mantchoue, mais on n'y a pas réussi et le japonais demeure isolé. Il n'est point monosyJlàbique, mais plutôt agglutinatif, avec peu de distinction entre le verbe et le nom, une structure simple, et point de flexions déterminées. La relation des cas, des nombres et des personnes, est indiquée par des moyens analytiques, par des particules séparées ou par des mots auxiliaires; le nombre s'exprime quelquefois par la réduplication. Desi?ariantes de l'idée radicale du verbe, semblables à celles dnnt nous avons fourni des exemples dans la 'langue turque, soHt faites au moyen de groupements de mots. Les combinaisons de racines mises ensemble et formant, par voie de contraction et de mutilation, des mots composés, sont fréquentes en japonais; mais elles ne tendent point, comme chez noiis, ii la distinction des mots originellement distincts, en éléments t»dicaux et en éléments formels ou formatifs, si îce n'est d'iinDe façon très- vague. Les conjonctions indiquant la relations la subordination manquent. La langue est surcharge© (àe nuances indiquant les degrés de dignité de «celui qui parfe «t de celui à qui Ton parle, à tel poinrt; que les pronoms pereannéls«ont presque supprimés. Le vocabulaire chinoisest entré en masse dans la langue cdltivée ou savairte, surtodt Aaixs la langue écrite. La structure phonétique du japonsos «st très-simple et très-euphonique. Lps plus vieux monum^its littéraires datent duseptième et du huitième «iêcle.

Les Tivages, les péninsules et les îles de l'extrémité norde^ de FAsie sont occupés par des races diverses trop peu

FAMILLE MALAYOPOLYNÉSïENNE iOU

connues pour que leurs langues, qu'on connaît moims encore, méritent d'entrer dans cet exposé sommaire.

Cependant, en parcourant les £les qui se trouvent au delà de la partie méridionale du continent et les Uots dont est semé l'Océan Pacifique, au nord jusqu'à Formose, au sud jusqu'à la Nouvelle-Zélande, à l'ouest jusqu'à Madagascar aux confins mêmes de l'Afrique, on rencontre les membres dispersés d'une immense famille très-dé veloppée, la famille matayopolynésienne. D'où sont parties les migrations de ces tribus et de leurs dialectes, quel est le point central de cette agglo^ mération peu compacte, voilà ce qu'on ne saurait dire : U famille est complètement insulaire, car la domination des Malais dans la presqu'îiede Malacca ne date que du douzième siècle. Les Malais proprement dits ont embrassé le mahomé^ tisme et adopté l'alphabet arabe. Ils possèdent une littérature assez riche qui remonte au quatorzième siècle» Queiques-uaes des tribus malaises moins importantes^ comme les Battas, les Macassars, lesBoughiset lesTagalasdes îles Philippines» ont des alphabets que l'on croit provenir originairement de rinde, mais ri^n qui ressemble à des littératures. Cependant, à Java et dans ses dépendances, surtout à Baii, 1 introduction de l'écriture et de la civilisation indiennes date du premier siècle de notre ère et on trouve une littérm* ture importante qui est toute fondée sur le sanscrit. Dans tout le reste de la famillev les souvenirs ne remontent pas plus haut que le commencement des travaux des mission^ naires chrétiens, qui sont d'époque très-récente.

La famille malayo-polynésienne est divisée (Frédéric Mftl* 1er) en trois grandes branches : l"" le malais, qui occupe d'un côté les grandes lies voi^nes de l'Asie, et de l'autre, te groupe des iles Philippines et des îles des Larrons; 2^ te polynésien, qui comprend avec la plupart des groupes secondaires, la Nouvelle-Zélande et Madagascar; 3° le mélanésien des îles Fidji et des archipels qui s'étendent au nord-est de l'Australie. Les divers dialectes polynésiens sont étroitement et clairement liés; le mélanésien est le point extrême de la division dialectique et a des particularités qui, jointes à la couleur plus foncée des peuples qui le parlent et aux autres différences qu'ils présentent avec les Polynésiens, ont fait

penser qu'il avait été formé par le mélange de la langue polynésienne avec la langue d'une population papoue. Les dialectes malais sont plus développés et se rapprochent davantage que les autres des langues à flexions. Car, en général, les langues de la famille sont aussi dépourvues de combinaisons dérivatives ou flexionnelles que le chinois lui-même. Les relations grammaticales y sont indiquées par des pronoms et des particules, qui, dans le groupe malais seulement et dans les mots dérivés plutôt que dans les mots infléchis, prennent l'aspect d'affixes : il n'y a ni genres, ni nombres, ni cas, ni modes, ni temps, ni personnes ; il n'y a pas, non plus, de distinction entre le nom et le verbe; le verbe est un substantif ou un adjectif qu'on emploie dans le sens prédicatif et sans copule. Les racines, si nous pouvons les appeler ainsi, du moins les derniers éléments que nous montre l'analyse, sont le plus souvent dissyllabiques; et leur réduplication, soit complète soit abrégée, est un moyen très-employé d'en varier l'usage et le sens. Les pronoms seuls ont le nombre distinctement indiqué, et la première personne peut prendre le double pluriel, inclusif et exclusif, par rapport aux personnes qui parlent ou à qui Ton parle, particularité dont nous avons fait mention ailleurs (p. 179, 180). Les particules déterminantes sont plus souvent préfixes que suffixes.

Les langues malayo-polynésiennes sont plus simples dans leur structure phonétique qu'aucune autre dans le monde. Presque toutes n'ont pas plus de dix consonnes, beaucoup n'en ont que sept, et une syllabe ne finit jamais par une consonne, et ne commence jamais par plusieurs.

La population des îles du Pacifique n'appartient pas toute entière à cette famille. La masse des grandes lies de Bornéo et de la Nouvelle-Guinée, avec la partie la plus inaccessible des Philippines et d'autres îles, sont habitées par une race à cheveux noirs et crépus, les Papous ou Négritos, qui ressemblent aux nègres d'Afrique, quoiqu'ils n'aient point de parenté avec eux, et qui sont tout à fait distincts des Malayo- Polynésiens, dont les incursions successives les ont exterminés ou chassés dans une partie de leurs anciennes possessions. Leurs langues sont presque entièrement inconnues.

L'Austrahe et la Tasmanie, qui en est voisine, étaient ha-

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