LANGUES DRAVIDIENNES
bitées, à l'époque de leur découverte, par une troisième race insulaire à peau îioire, mais à cheveux lisses, et aussi inférieure que possible sous tous les rapports physiques et moraux. Les dialectes très-variés de cette race sont polysyllabiques et agglutinatifs; leur caractère phonétique est trèssimple et ils diffèrent du polynésien, particulièrement en ceci, que les particules y sont placées plutôt comme suffixes que comme préfixes.
En passant en revue la branche indienne de la famille indo-européenne, nous voyons que les tribus de notre race s'étaient ouvert un chemin par les passes du nord-ouest, chassant devant elles ou subjuguant des populations indigènes. Cette race plus primitive occupe encore la majeure partie de la grande péninsule méridionale de l'Asie, outre la chaîne de montagnes et de plateaux déserts qui la sépare des grandes vallées de Tlndostan proprement dit. Les Dravidiens (c'est le nom de cette race) sont au nombre de trente ou quarante millions. Leurs principales langues sont le tamil, le télugu, le canarais, le malayâlan ou malabar, outre plusieurs autres moins répandues; on croit que le brahuî du Béluchistan, sur la frontière de l'Inde, appartient à ce groupe. Les langues dravidiennes ont quelques éléments phonétiques particuliers; elles sont très-polysyllabiques; elles sont agglutinatives dans les formes structurales, n'ont que des préfixes et passent pour très-douces et très-harmonieuses. Leur type, comme langues agglutinatives, est un type très-élevé, comme Test celui du finnois et du hongrois, et Tauteur de ce livre a entendu dire à un Américain, né dans l'Inde méridionale, qui avait appris cette langue dès l'enfance comme il avait appris l'anglais, et qui la parlait aussi bien que sa langue maternelle, que le tamil est la plus belle langue dans laquelle on puisse penser et parler ; et, cet Américain était bon juge, car c'était un homme extrêmement distingué comme prédicateur et comme écrivain.
Si ce n'est qu'elles n'ont pas l'harmonie des voyelles, les langues dravidiennes ne sont pas si différentes de structure des langues scythiques qu'on ne pût en former une seule famille, si l'on trouvait entre les deux groupes une suffisante analogie de matériaux. Et il y a des linguistes qui
les ont déclarées parentes, quoique les raisons n'en «ient pas encore été suffisamment établies. La grammaire comparée des langues scythiques n'a pas encore été assez nettement tracée pour qu'on puisse assigner des limites précises à cette famille, ni à l'ouest ni au sud.
Parmi les langues peu connues de l'Asie, nous remarquerons le groupe problématique et compliqué qu'on nomioe le groupe caucasien. Comme son nom l'indique, le pays qu'il occupe s'étend entre la mer Noire et la mer Caspienne et comprend les montagnes du Caucase avec leurs contreforts. Les principaux dialectes sur le versant du midi sont le géorgien, le souanien, le mingrélien, le lase, tous voisins les uns des autres, et dont le premier possède un alpha* bet emprunté à l'Arménie, en même temps qœ sa religion, ainsi qu'une littérature assez ancienne. Les groupes les plus importants au nord sont le circassien, le mitjéghien, le lesghien, le premier sur les bords de la mer Noire, le second, sur les bords de la mer Caspienne, La variété des sous-d»lectes, particulièrement dans le dialecte lesgbien, est trèsgrande. Il n'existe point d'affinité démontrée entre k. division du nord et celle du sud, non plus qu'entre les membres de la division du nord. On ne sait encore combien il existe là de groupes indépendants, non plus que s'ils ont des liens de structure qui puissent en faire une même Samillé, ou s'ils sont des débris de familles différentes échouées, pour ainsi dire, sur les hautes montagnes et détendues, tant fiar elles que par les grandes mers qui les entourent, contre les migrations des peuples qui ont ailleurs balayé les populations et les langues indigènes.
Nous arrivons en finissant la revue des langues de l'Asie à la famille sémitique, ainsi appelée parce que, selon la Genèse, les peuples auxquels elle appartient sont les descendants de Sem. Cette famille occupe la pénin^ile immense mais peu populeuse de l'Arabie avec la Mésopotamie, la Syrie, la Palestine au nord, et à l'ouest, une portion de l'Abyssime. Les divers dialectes arabes et ceux qui se parlent en AfnpJte sur la frontière de l'Arabie, forment une branche de la lar mille ; les dialectes chananéens, parmi lesquels figurent Thébreu, te phénicien, te syriaque et Taramaïque, composeni te
FAMILLE SÉMITIQUE â03
seconde; l'assyrien et le babylonien font la troisième. C'est là leur ancien territoire : le phénicien a été porté dans les colonies et fût peut-être devenu, comme langue carthaginoise, la langue des peuples civilisés de la Méditerranée, si la longue lutte entre Rome et Garthage ne se fût terminée panr la destruction de cette dernière. L'hébreu, remplacé comme langue vulgaire, même en Palestine, parle syriaque (chaldôen, aramaïque), quatre siècles avant J.-G. , a eu, depuis, l'existence artificielle d'une langue savante conservée chez les nations cultivées. L'araîbe, étant la langue saorée d'un peuple nst d'une religion qui ont fait d immenses conquêtes, a couvert, depuis le septième jusqu'au onzième siècle, des pays aussi étendus que ceux qu*a remplis depuis la langue latine. C'est la langue de tout le nord de l'Afrique ; elle a chassé les autres branches sémitiques «t peuplé de mots tirés de son ^vocabulaire le perse, le turc, Tindou, et, à un moindre degré, le malais 6t l'espagnol. Toutefois, elle n'a donné naissance à aucun groupe de langues indépendantes, comme Ta fait la la-ngue latine.
La littérature hébraïque, qui nous est plus familière qœ toutes les antres puisqu'elle contient notre Bible, remoirte li 'eruTiron deux mille ans avamt J.-C. Le phénicien n'a poinlt baissé de littérature, son principal monument étant une inscription tumulaire d^un roi de Sidon qui date probablemertt de cinq cents ans avant J.-C. La découverte récente d'one tablette moabite qui appartient auidixième siècle avant J.-^C., nous présente un spécimen d'un autre dialecte cananéen qui est presqiie identique à l'hébreu. L' aramaïque a une littérafture gréco- chrétienne, datant du deuxième siècle, -outre sa part dans les écrits talmudiques. L'assyrien 'Cfa aunefragmentaire dans les inscriptions et les tablettes trouvées îi BaJbylone et à "Ninive, et qui est plus ancienne que les plus ancfiens mcHnoments feébreux. Les manuments de la langue arabe conamenceErt; avec l'Islam, et depuis ce temps la littérature «rabe a été une des plus riches qu'A y ait au monde. Dans le sud ôeTATabieïil y avait un corps de diallectestrêsàifférents de la langue aralbique et qtf an appelle ovSamrB^ ment la langue himyaritique, laquelle n'est plus conservée "que dans les souvenirs, jalousement gardés, d'xme dvilisalticm
primitive. Le groupe abyssinien est très-voisin du groupe himyaritique, et, dans ses deux principaux dialectes littéraires, l'ancien ghëz ou éthiopien et le nouvel amhara, il possède une littérature importante commençant au quatrième siècle.
La famille des langues et des races sémitiques est, après la famille indo-européenne, la plus importante dans l'histoire du monde. Personne, excepté les Sémites, n'a, depuis le commencement des temps historiques, sérieusement disputé aux Indo-Européens l'empire intellectuel et la direction de rhumanité. Des trois grandes religions conquérantes, deux, le christianisme et le mahométisme, sont nées chez les Sémites, quoique la première soit sortie de son berceau et n*ait atteint à ses développements qu'en passant aux mains des Indo-Européens Grecs et Romains. Nous n'avons donc différé, jusqu'ici, d'examiner les langues sémitiques que parce qu'elles ont un caractère exceptionnel et anormal. La famille sémitique est plus isolée dans le monde qu'aucune autre, même que le chinois, si pauvre et si nu, même aussi que l'américain, si indéfiniment synthétique. Car, quant à ce qui regarde toutes les autres langues, la base des racines et le principe des combinaisons étant donnés, il est assez facile, en théorie, d'expliquer leurs différentes structures par un même procédé de développement; mais on n'en peut faire autant, du moins jusqu'à présent, pour ce qui est des langues sémitiques. Celles-ci contiennent deux caractères particuliers : la trilittéralilé des racines et leur flexion par modification interne et changement de voyelle.
Ainsi, ce que nous appelons racine sémitique, est (excepté dans les pronoms et un très-petit nombre d'autres cas) une agglomération de trois consonnes, ni plus ni moins : par exemple, q-t-l représentent l'idée de tuer^ k-t-h, celle d'écrire. Nous n'entendons point par là que ces agglomérations sont, comme les racines indo-européennes, les germes historiques d'un corps de mots dérivés. Mais, de même que nous séparons dans la langue indo-européenne les éléments formatifsdes mots pour trouver l'élément radical, de même, lorsqu'on sépare dans les mots sémitiques les éléments formatifs agrégés, il reste ces agglomérations. Ainsi en arabe