FAMILLE SÉMITIQUE
(le dialecte le mieux conservé et le plus transparent dans sa structure), qatala est un verbe à la troisième personne du singulier, il tua^ et c'est comme la base d'un système de formes personnelles, faites, comme les nôtres, par des terminaisons pronominales : qataltic, jetuai; qatalat^ elle tua; qataltumâyvous tuâtes à vous deux; qatalnây nous tuâmes. Un changement de voyelle, qutila^ forme un passif, il fut tué, et de là suit toute la série, qutiltu, qutilatj qutiltumâ, qutilnâ, etc. Une autre variante du même mot, aqtala^ signifie il fit tuer, et quelque chose du même genre donne lieu à des suites de personnes dans les autres temps, lesquelles sont indiquées par des préfixes et des suffixes : comme yaqtulu, il tue;taqtulu^ elle tue; yaqtulûna ils tuent; naqtuluj nous tuons. Le participe présent fait qâtil, et Tinfinitif qatl ; iqtâl signifie qui fait tuer, employé comme nom, et muqtil signifie la même chose employé comme adjectif. Qitl^ ennemi y etqutly massacrant , sont des spécimens de noms et d'adjectifs dérivés. Ces formes nous rappellent le siuQf le sang et le sung anglais {chanter^ chanta^ chanté ou chant), que nous avons souvent cités comme exemple. Cependant il y a d'immenses différences entre les deux cas. Les phénomènes sémitiques sont infiniment plus compliqués et plus variés, et surtout ces cas forment le fond et la vie de cette langue, et ils ne sont pas, comme dans les autres, des formes particulières sorties de la forme générale par un procédé inorganique. Si nous pouvions supposer qu'à un moment donné toute la langue germanique eût, par une extension analogique de sing ^ sang ^ etc., été tournée, par la direction plastique du goût populaire, à ces sortes de variations de voyelles, nous la verrions aujourd'hui ressembler beaucoup aux langues sémitiques.
Les autres particularités de ces langues sont légères, comparées à celle-ci, et ne diffèrent pas beaucoup, en nature et en degrés, de celles qu'on trouve dans plusieurs autres langues. La structure du verbe ne ressemble pas à la structure anglaise, et l'élément du temps n'y entre pas pour une part très- distincte. Les deux seuls temps du verbe sémitique indiquent l'action passée parfaitement et l'action passée imparfaitement, et les nuances sont toutes fondues en une
seule. Ces langues sont également très-pauvres en formes analogues à nos modes. Mais, comme nous l'avons- va dans d'autres langues j il y a tendance à tirer d^une seule radxie des conjugaisons nombreuses et présentant Tidée* radicale sous divers aspects : causatif, réfléchi, augmentatif^ mémoratif, et ainsi de suite. En arabe, où ces ehangement& sont plus complets, il y a jusqu'à quinze conjugaisons diverses pour un même verbe, et une douzaine environ, accompagnéeschacune de leur passif, sont assez usitées. Ee temps qui indique l'action incomplète, l'imparfait {yaqtulu, etc.), paraît être d'origine plus récente que l'autre, et se rapproche du- nom, puisque les terminaisons qui se rapportent au nombre coïncident avec celles du nom infléchi ordinaire, et il indique la personne par des préfixes, tandis que Tautre {qatala^ etc.) indique la personne et le nombre tout ensemble par des terminaisons adjointes, qui sont évidemment d'origine pronominale. Les deux temps distinguent le mascuha et le féminin dans le sujet, excepté à la première personne. Nous voyons la distinction du genre (masculin et féminin seulement) reparaître dans cette langue, pour la première fois depuis que nous avons quitté la famille indo-européenne. Les noms ont les trois nombres comme les verbes, mais peu de distinctions- de cas. Des noms dérivés sont formés à Faide de flexions internes et d'additions externesy de préfixes et de suffixes , mais en procédant directement de la racine. Les dérivés successifs qui se forment par l'adjonction d'une terminaison à une autre terminaisonv et qui abondent dans la langue indo-européenne (comme true, vrai; trier-t/i, vérité ;trutJi^ful, véritable; un-truthful-ly y invraisemblable' ment), sont tout à fait inconnus. Il n'existe pas>. non plus, de mots composés que dans des cas très-exceptionnels. Enfin, lesparticules connectives qui servent à lier les membres de phrases, manquent presque entièrement : le style sémitique est simple et nu, marchant d'assertion en assertion. Une autre particularité est la persistance du sens de la racine dans les mots dérivés ou employés au fiiguré : le sens métaphorique ou autres acceptions par lesquelles on multiplie les mots,, n'efface poinfc, comme dans les langues européennes, leur sens étymologique, lequel continue à être