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FAMILLE SÉMITIQUE

parfaitement présent à l'esprit de celui qui parle. Il en résulte que la langue sémitique est très-rive, très-pittoresque, et que ce qui la caractérise surtout, c'est la couleur.

L'échelle des différences dialectiques est beaucoup moins étendue dans la famille sémitique que dans la famille indo* européenne; toutes les grandes branches sont très- voisines les unes des autres. La raison n'en est pas nécessairement dans l'époque plus récente de la séparation des branches; elle est aussi dans le caractère des peuples qui la parlent, et aussi dans celui de la langue elle-même, avec son cadre raide de rachies à trois consonnes qui se retrouvent dans tous les dérivés formés au moyen de la variation de la voyelle, arrangement qui ne peut se prêter à de nouvelles combinaisons. Son développement primitif, si développement il y a eu, a donné naissance à un type si nettement défini qu'il a été, depuis, comparativement, exempt de changements.

Il y a deux manières d'envisager les particularités de la structure sémitique. L'une, de beaucoup la plus simple et la plus commode, est de déclarer qu'elles sont originales; inexplicables, et font indéfectiblement partie de l'esprit sémitique, qu'il faut les prendre comme elles sont et n'en pas denaander davantage. C'est là exclure un sujet du domaine de la science; c'est renoncer au droit qu'a le linguiste de demander le pourquoi de tous les faits de langage. L'autre manière est de poser la question et d'en poursuivre la solution, sans se laisser arrêter par les difficultés. Si toutes les autres langues sont devenues ce qu'elles sont par voie de développement, il a dû en être de même du parler sémitique; si toutes sont parties de racines articulables formées d'une voyelle et d'une consonne, on ne doit point croire légère - Hient que le système sémitique n'est pas dans le même cas ; ^ sous les racines à triple consonne et la flexion interne des mots en celte langue , doit se cacher quelque chose d'ana logue à ce qui a servi ailleurs de point de départ aux langues , elle doit avoir son histoire , que nous puissions ou non en retrouver les traces. La plupart des linguistes sont de cet avis et s'efforcent de ramener les racines sémitiques à une forme plus primitive, mais on n'a pas encore atteint à un résultat net et solide. La conjecture la plus plausible, c'est que l'oniversa-

lité des racines à trois consonnes est due (comme dans le cas hypothétique que nous avons posé plus haut) à Textension inorganique d'une analogie qui, d'une manière ou d'une autre, était devenue dominante; et qu'il y a une période de noms dérivés dissyllabiques ou trisyllabiques, entre la forme primitive des racines et leur forme actuelle. Mais présenter une conjecture plausible, ou bien en démontrer la valeur, sont deux choses bien différentes, et jusqu'à ce qu'on ait atteint à quelque chose comme une vraie démonstration (ce qui peut-être n'arrivera jamais), il y aura des linguistes qui persisteront à dire que la trilittéralité et la flexion interne qui caractérisent les langues sémitiques sont des faits primitifs non-seulement inexpliqués mais inexpUcables.

Cependant, il faut reconnaître que nier qu'il y ait une histoire des racines sémitiques, c'est retrancher tout lien pouvant unir cette langue aux autres langues humaines. Tant que la flexion et les racines sémitiques sont supposées avoir été toujours ce qu'elles sont, on ne peut leur trouver d'analogues nulle part. Les linguistes se sont efforcés depuis les commencements de leur science de rapprocher les germes de la langue sémitique primitive des germes indo-européens et de prouver que les deux familles de langues appartenaient à deux familles de peuples d'origine commune. 11 y a bien des choses qui induisent à chercher de ce côté : les deux peuples sont au début de leur civilisation, voisins etcoopérateurs;ils représentent les deux grandes races blanches, civilisatrices et conquérantes, qui font échange d'influence et d'institutions Tune avec l'autre pendant des siècles : combien n'estil pas naturel de leur supposer un lien particulier et plus ^ étroit que le lien général de l'humanité! N'a-t-on pas repré- ; sente Sem et Japhet comme ks fils d'un même père? Mais, .' là encore, une théorie plausible est une chose, et une démonstration scientifique en est une autre. Si les exemples de mots analogues ou semblables que d'habiles philologues ont su trouver dans les langues sémitiques et les langues indoeuropéennes, eussent été découverts entre les langues indoeuropéennes, et le zoulou ou le papou, on n'y eût point pris garde, et, véritablement, ils sont sans valeur scientifique. On ne peut trop le répéter, jusqu'à ce que les anoma-

FAMILLE HAMITIQUE — ÉGYPTIEN î209

lies qui existent dans la famille sémitique aient été expliquées, il est trop tôt pour rien préjuger de ses rapports avec les autres familles.

La même règle est applicable à l'opinion courante qui veut que la famille sémitique soit parente du groupe qu'on appelle la famille /iamih'gwe. Dans cette famille, l'égyptien occupe la position prééminente qui appartient au chinois dans les langues monosyllabiques de l'extrême Asie. L'Egypte est le théâtre de la plus ancienne civiUsation dont nous ayons des souvenirs. La question de chronologie touchant ses premiers monuments n'est certainement pas réglée ; mais la critique scientifique moderne incline à placer le règne du premier roi historique égyptien vers l'an 4,000 avant J. C. et même, à cette époque, la race devait être puissante et hautement civilisée. La clef de la langue égyptienne a été retrouvée de notre siècle après avoir été entièrement perdue pendant près de deux mille ans et l'on continue sans cesse à découvrir des monuments égyptiens et à pénétrer davantage dans les secrets de la science égyptienne, de façon que plusieurs des questions de. chronologie sur lesquelles on dispute seront décidées par la génération qui nous suit.

La clef de Fégyptien a été retrouvée au moyen de la langue copte qui descend de la vieille langue égyptienne. Les monuments écrits des Coptes datent seulement de Tère chrétienne et l'alphabet en est emprunté au grec vers lecommencement de cette ère. Mais la langue copte a été remplacée dans l'usage vulgaire par la langue arabe, il y a trois ou quatre siècles. On trouve, dans les fragments httéraires qui nous en restent, la trace de plusieurs dialectes légèrement dilTérents.

La langue égyptienne, ancienne et nouvelle, était de la structure la plus simple. Elle ne connaissait presque pas la distinction des mots et des racines. Les éléments fondamentaux du langage (qui n'étaient pas toujours monosyllabiques) étaient juxtaposés dans les phrases sans distinctions formelles et sans séparation des mots, en parties définies du discours. La flexion ne suppose pas non plus clairement des distinctions. Les noms et les verbes sont séparés seule-

ment par une liaison : ran-iy par exemple, signifie littéralement nommant-mien et s'emploie indifféremment pour je nomme, f appelle y mon nom, La flexion personnelle du verbe se fait au moyen de pronoms affixés et légèrement agglutinés, et on peut l'omettre à la troisième personne quand le nom est exprimé. Les modes et les temps sont très-peu nombreux et sont marqués par des préfixes auxiliaires. Le nom ne se décline pas, les relations de cas sont indiquées par des connectifs; l'emploi d'un mot comme nom est généralement marqué par un article préfixé ; et dans cet article, comme en général dans les mots pronominaux, il existe au singulier une distinction entre le genre féminin et le genre masculin, particularité qui rapproche Tégyptien, sous ce rapport, des langues sémitiques et indo-européennes; cependant, on a coutume d'en exagérer l'importance et la portée. Le caractère général de cette langue diffère trop de celui des autres, et elle n'est guère plus riche ni plus développée que les langues les plus inférieures des races de Textrême Asie.

On voit par la description que nous venons de donner de la langue égyptienne combien est hasardée l'opinion de sa parenté avec la famille sémitique. Il existe certainement des ressemblances remarquables entre les pronoms des deux langues, mais cela ne peut être accepté pour une preuve de communauté d'origine. Dans beaucoup de langues il y a des mots qui se ressemblent, surtout les pronoms; or, on ne prétend jamais prouver la parenté de deux langues par des ressemblances qui ne portent que sur les pronoms, ou principalement sur les pronoms, et l'on ne peut admettre que ces mots seuls soient restés identiques quand tout le reste de la langue aurait subi une telle révolution que la pauvreté serait devenue la richesse ^et que l'absence de flexions, la simple succession dés racines, auraient été changées en un système de flexions internes aussi luxueux et aussi défini que le système sémitique. Provisoirement on doit s'y refuser. Pas n'est besoin de nier la parenté de la famille sémitique avec la famille hamitique plus qu'avec la famille indoeuropéenne ; nous devons seulement nous rappeler qu'on n'en a point donné de preuves et qu'on n'en donnera proba-

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