‹ La vie du langageChapitre 24 sur 66 · LANGUE BASQUE · texte numérisé non relu

LANGUE BASQUE

indo-européenne. Il est complètement isolé, aucun analogue de cette langue n'ayant encore été trouvé dans aucune partie du monde. 11 est d'un type exagérément agglutinatif et les verbes contiennent , dans des signes qui y sont incorporés, beaucoup de rapports grammaticaux que les autres langues expriment par des mots indépendants.

Le basque nous sert de point de départ convenable pour entrer dans le domaine linguistique du Nouveau-Monde, puisqu'il n'y a point de dialecte dans le vieux monde qui lui ressemble autant sous le rapport de la structure que les langues américaines. Non pas que ces dernières aient toutes la même forme, quoique les philologues les tiennent pour être une seule famille ; classification due à Vimperfection des connaissances, et qu'on ne peut admettre que d'une façon provisoire ; quant à ce qui regarde les matériaux du langage, on reconnaît qu'ils diffèrent beaucoup dans les diverses contrées. Il y a un nombre considérable de groupes où les mots ne se ressemblent pas plus entre eux que ne se ressemblent les mots anglais, hongrois ou malais; c'est-à-dire que les rares ressemblances qui s'y trouvent sont purement fortuites. Ainsi, par exemple, les langues voisines des groupes Algonquins, Iroquois et Dacotas, dont nous avons raison de croire que les possesseurs sont de même sang, à cause de leurs rapports physiques, intellectuels, et de la parité de leurs institutions, n'ont rien de commun entre elles sous le rapport des matériaux que ce que le hasard y a mis. Cela est presque prouvé. Mais, tandis que les éléments matériels de ces langues ont été changés jusqu à ce qu'on ne puisse plus dire s'ils sont originairement identiques (trait d'histoire linguistique que nous pourrons mieux expliquer quand les lois spéciales du développement de ces langues seront mieux connues), il reste encore, dans la manière de combiner les mots et d'établir les rapports grammaticaux, des traits de ressemblance entre elles. C'est là un de ces cas où la partie structurale d'une langue est plus permanente que sa partie élémentaire et où cette permanence constitue à elle seule une preuve suffisante de parenté.

Ce mode commun de structure, qui, avec ses variétés et ses degrés, est caractéristique des langues américaines,

constitue ce qu'on appelle la famille polysynthétique oi> incorporante. Sa tendance marquée est à l'absorption des autres parties du discours dans le verbe. Ce n'est pas comme dans rindo- européen où le sujet seulement entre en combinaison avec la racine, pour T usage prédicatif ; mais on peut y faire entrer toute espèce de rapports, les signes du temps, du lieu, de la manière, du degré, et une foule de circonstances modificatrices de l'action du verbe, d'une façon inconnue à toutes les grammaires que nous connaissons. Un savant très-versé dans l'étude des principaux dialectes algonquins (le Rév. P. Hurlbut) a compté 17,000,000 de formes verbales, provenant d'une seule racine algonquine; et quand même nous ne croirions qu'à la millième partie de ce fait, c'en serait assez pour nous donner une idée de la structure caractéristique de ces langues. Tout se ramène au verbe : noms, adjectifs, adverbes, prépositions se conjuguent régulièrement. Les noms sont en grande partie des verbes ; ainsi, le mot qui est employé pour maison signifie littéralement : ils vivent lày ou lieu où ils vivent. Or, ces langues sont pour nous tout à fait impossibles à analyser; notre terminologie grammaticale ne s'y prête pas; nous tombons dans les contradictions et dans les absurdités. Il va sans dire que la tendance de ces langues est de former des mots d'une longueur interminable et d'une structure compliquée dans laquelle trouvent place une foule de choses que les nôtres laissent sous-entendues. Cependant le mot le plus long que l'on trouve dans la Bible du Massachussets de Eliot n'est que de onze syllabes itvutappesituqussun-nooweht'unkquohy qui signi&e : s'agenouiller devant 2wi,mais qui traduit littéralement serait : il vint à un état de repos sur ses genoux plies faisant révérence envers lui, (J. H. TrumbuU). Chaque partie de cette combinaison doit être, reconnaissable sous sa forme séparée. Le mot doit être, dans chacun de ses éléments, significatif et clair, et ces éléments ne sont pas, comme on le dit souvent, des mots réduits et contractés pour la commodité de celui qui parle. Ce sont plutôt des racines conglomérées. Sans doute il y a des ressources infinies d'expression dans de pareilles langues ; et si une nation comme la nation grecque fût venue prendre la tête des races américaines, elle eût

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