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LANGUES AMÉRICAINES

rempli ces langues de couleur et de pensée^ et les eût condensées en une noble littérature qu'on eût peut-être plus admirée qu'aucune autre dans ce monde. Telles qu'elles sont, elles nous semblent aussi surabondantes en moyens formels que le chinois en est dépourvu; elles sont encombrées et font perdre le temps par leur immense polysyllabisme. Nous les trouvons, et c'est en partie le résultat de la multiplicité des détails accessoires, tout à fait pauvres en termes abstraits simples. Ainsi, elles ont, par exemple, des racines différentes pour exprimer l'action de laver tous les objets différents, et toutes les manières possibles de laver, mais elles n'en ont point pour exprimer purement et simplement l'action de laver. Il y a pourtant là un peu de préjugé de notre part. C'est ainsi" qu'un Chinois ou un Anglais pourrait critiquer la langue latine en disant : « le latin manque de la puissance d'abstraction, parce que magnusy par exemple, ne signifie pas simplement fa, grande mais la qualité de grandeur dans un objet donné (et un objet qui, pour une raison souvent inexplicable, est regardé comme masculin et ne peut être que le sujet d'un verbe) ; magnas indique la même qualité dans un objet donné du genre féminin; mais ridée simple de ta^ grande ne peut être rendue en latin, y

Il y a d'autres traits caractéristiques des langues américaines qui sont universellement ou généralement répandus , comme la distinction entre les deux genres formés par les choses animées et les choses inanimées (laquelle semble valoir bien, comme raison d'être et comme utilité, notre distinction des genres sexuels); comme la possession des deux premières personnes du pluriel, l'une inclusive, l'autre exclusive ; comme le système clas^catoire de la désignatioa des degrés de parenté, et ainsi de suite; mais ils ne sont que d'une importance secondaire, comparés au style général de la structure dans ces langues.

La structure polysynthétique n'appartient pas au même degré à toutes les langues américaines. Il y en a, au contraire, dans lesquelles |ce mode de structure est détruit oa a manqué originairement. Ainsi, par exemple^ on a trouvé le caractère monosyllabique et l'absence de flexions dans l'otomi du Mexique et deux ou trois dialectes de l'Amériquô

da Sud; et Ton a refusé tout caractère polysynthétique à la grande famille tupi-guarani (F. Hartt) sur le côté oriental du continent sud américain; il reste à déterminer jusqu'à quel point ces exceptions sont réelles, et jusqu'à quel point elles sont apparentes , mais les traits communs sont si reconnaissablés, depuis le pays des Esquimaux près du pôle arctique jusqu'au pôle antarctique, que les linguistes les croient fermement tous membres d'une même famille et descendus d'une souche dont l'âge, la localité et la provenance sont inconnus. On a essayé de rattacher à ces langues quelquesunes de celles de l'ancien monde, mais évidemment sans succès. Si Ton ne trouve pas entre l'algonquin, l'iroquois et ie dacota assez de similitudes de mots pour les ramener à une origine commune, à plus forte raison ne peut-on pas les identifier avec des langues dont ils auraient été tellement plus longtemps séparés, que leur structure aurait changé tout à fait de caractère. Il ne convient pas peut-être d'assigner des limites aux découvertes futures de la science ; mais il semble tout à fait improbable que, même en supposant que les langues de FAmérique aient pu sortir du vieux monde, il soit jamais possible d'établir leur filiation.

Une classification complète des langues américaines est jusqu'à présent impraticable, et, pour faire connaître ici ce qu'on en sait, il faudrait plus de place que nous n'en avons. Il existe plusieurs grands groupes et une quantité de petits qui restent isolés et non classés. L'esquimau borde toute la côte nord et la côte nord-est jusqu'à Terre-Neuve. L'athapasque, ou le tinné, occupe une grande région au Nord-Ouest (les monts Apaches et Navajo, dans le sud, lui appartiennent aussi) et a pour voisins à Touest le selish et d'autres groupes plus petits. L'algonquin possédait le Nord- Est et la région moyenne des États-Unis et s'étendait à l'ouest des Montagnes-Rocheuses, comprenant le territoire ■des Iroquois. Le dacota ou sioux est la plus grande des familles qui occupent les vastes prairies et les plaines du Far- West. Le groupe muskogee occupait les états du Sud-Est. A Colorado et à Utah commencent les établissements des Indiens relativement civilisés, dont la culture, plus avancée au Mexique, a atteint son point culminant chez les Mayas

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