RAPPORTS DE L'ETHNOLOGIB: AVEC LA LINGUISTIQUE
tant que les méthodes suivies par l'une et par l'autre ne seront pas mieux établies. Il est inutile de rien précipiter^ ni d'essayer une combinaison artificielle et prématurée. Tout viendra à point à qui saura attendre. La linguistique et l'ethnologie, fondée sur d'autres ordres de recherches, sont toutes les deux souveraines dans leur domaine. Les classifications et les relations des langues sont ce qu'elles sont, et ne s'embarrassent point des questions de races, quoique ces questions ne puissent être dédaignées et ignorées du linguiste : son étude est trop historique, elle a trop de rapports avec les races, surtout aux époques récentes, pour que cet élément soit négligé. Gomme branche importante de l'histoire, et comme science qui a la prétention de jeter un rayon de lumière dans l'ombre du passé, la linguistique doit soumettre les résultats auxquels elle arrive à la critique de l'ethnologie. Il serait inutile et nuisible d'exagérer ses droits et de les faire reposer sur une base fausse. Si quelqu'un se trouve trop à l'étroit dans la science du langage, enfermée comme elle l'est dans les strictes limites qu'une critique saine et impartiale lui assigne, il y a d'autres sciences qui lui sont ouvertes et dans lesquelles il sera le bienvenu.
Il y a encore quelque chose à remarquer au sujet de notre classification de toutes les langues du monde; cette classification étant fondée sur le genre, et chaque famille embrassant les langues que l'on pouvait, par des indices suffisants, ramener à un type commun. Pour le linguiste-historien, profondément occupé à déterminer les relations et à tracer le cours du développement structural des langues, ce point de vue est de beaucoup le plus important; tous les autres à ses yeux sont secondaires. La distinction sommaire des langues en monosyllabiques, agglutinatives et à flexions, distinction qui est devenue courante et familière, présente un moyen oommode, mais peu exact, de se rendre compte des caractères •de la structure linguistique. Les trois degrés se suivent, mais se mêlent. Prendre ces caractères pour base d'une classification des langues, c'est comme si Ton faisait de la couleur des cheveux ou de la peau la base d'une classification ethnologique, ou du nombre des pétales et des étamines, celle d'une classification botanique ; c'est ignorer ou néghger d'autres
caractères d'une l)ien plus grande importance. Si le naturaliste avait la môme certitude qu*a le linguiste de l'origine commune de plusieurs espèces du môme genre, il se mettrait peu en peine de chercher d'autres moyens de classification, mais s'apphquerait tout entier à perfectionner l'emploi de celui-là. Il y a là, pour le linguiste, une lâche suffisante et, jusqu'à ce qu'elle soit remphe, le reste est pour lui secondaire.