LE LANGAGE £ST UNE FACULTÉ ACQUISE
mission qui lai est faite des rudiments de connaissances, d'art et de langage, qui existent dans la société à laquelle il appartient. Certainement 'cero société, si inférieure qu'elle soit, en saura toujours plus que Tindividu le mieux doué ne pourrait en apprendre dans tout le cours de sa vie, s'il était laissé à lui-même, et nul doute que cela ne soit vrai du langage. Chacun acquiert ce que l'accident du lieu de sa naissance a mis sur son chemin, et en fait le point de départ de l'exercice de ses propres facultés, se trouvant à la fois contraint et fortifié par le milieu, milieu que l'individu est destiné ji agrandir lui-même. Cela est encore aussi vrai du laff§age que de toute autre chose. Le langage ne peut être séparé des autres acquisitions humaines; il ne ressemble pas aux autres sciences, mais ces autres sciences ne se ressemblent pas, non plus, entre elles. Que le langage soit ce qu'il y a dans l'homme de plus fondamentalement important, de plus hautemeat caractéristique, ce qui est le plus visiblement le produit et l'expression de la caiseu, cela i)e.coaslitue qu'une différence ^^gvf.^;^^ S^^kU^cA \.^ c j t^
Nous considérons~3ônc cba gue l a ngue commgjiQaJ{)istitution, et une de celles qui,^ dans chaque société, constituent TfTciv Usation. De même que tous les autres éléments de caïuare, elle varie chez chaque peuple et même chez chaque individu. Il y a des sociétés dans lesquelles la langue est enfermée dans lea bornes de la race ; d'autres, où elle* a été partiellement ou: entièrement empruntée aux races étrangères; car la langue peut, comme autre chose, être changée* ou transférée. Les caractères physiques de la race ne peuvent se transmettre qu'avec le sang; mais les acquisitions de la race — langue, religion, science — peuvent être empruntées et prêtées.
L 'universalité du langag e, nous pouvons le remarquer eni passant, n*est donc due à rien de plus profond et de plus mystérieux que ceci : c'est que l'humanité a vécu assez long^ temps pour que chaque division de la race ait eu le temps de faire produire \m résultat à ses facultés hnguistiquesw De niéme^il y a partout dans le monde un ensemble de moyens? plus, oui moins perfectionnés que l'homme s'est créé pour pourvoir à ses besoins. Cette universalité ne prouve point du -^
tout que si nous voyons apparaître une nouvelle race, de quelque manière que cette race ait pu tout à coup surgir, nous la verrions en possession d'un corps d'instruments, ou d'un langage, appartenant à une période quelconque de l'humanité.
Mais, en l'état des choses, toute société humaine a une
V langue, tandis qu'aucun animal inférieur n'en possède, les moyens de communication des animaux étant d'un caractère si différent qu'ils n'ont pas droit au nom de langues. Ce n'est point l'affaire du linguiste d'expliquer le pourquoi de cette différence, pas plus que ce n'est celle de l'historien de l'art et de la mécanique de dire pourquoi les animaux inférieurs ne sont point artistes ou mécaniciens. Il lui suffit d'avoir montré que les dons naturels de l'homme étant ce qu'ils sont, ils ont produit invariablement les éléments de cette branche de culture ou de cette autre, tandis que pas une seule des races animales inférieures ne s'est montrée capable de produire les germes d'une civilisation, soit par la parole, soit par autre chose, la plus haute faculté de ces races consistant à pouvoir recevoir l'éducation des races supérieures et, par ce moyen, arriver à exécuter divers actes nouveaux, en partie mécaniquement, en partie avec un degré d'intelligence qu'il est difficile de fixer. Mais le sujet est un de ceux sur lesquels tant d'erreurs ont cours que nous ne pouvons nous empêcher de nous y arrêter au moins un moment.
La différence essentielle qui sépare les moyens de communication qu'ont les hommes, des moyens de communication qu'ont les animaux, c'est que chez les derniers ils sont instinctifs, tandis que chez les premiers ils sont tout entiers
--^arbitraires et conve ntion nels. Notre exposé du sujet a suffisamment établi la vérité de ce dernier point. Il est assez prouvé par ce seul fait que pour chaque objet, chaque acte, chaque qualité, il existe autant de noms qu'il y a de langues dans le monde et que tous les noms se valent et peuvent être indifféremment substitués les uns aux autres. Il n'y a pas un seul mot dans aucune langue connue que l'on puisse
/■ dire exister, (pucet, jpar nature^ mais chacun remplit son
•- emploi, ÔEast, par attribution^ et en vertu des circonstances, des habitudes, des préférences et de la volonté des