‹ La vie du langageChapitre 34 sur 66 · LES PREMIÈRES BASES DU LANGAGE · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES BASES DU LANGAGE

du langage audible; car nous ne pouvons affirmer que tel a été le seul ou même le principal moyen d'expression primitive pour eux. Le geste et la pantomime sont tout aussi naturels et aussi intelligibles que le cri, et, dans Tétat primitif du langage, les moyens visibles peuvent avoir prévalu longtemps sur les moyens audibles pour Texpression de la passion. Mais il n'est pas possible que la nature, qui avait"! donné la voix à l'homme, ne l'ait pas incité à s'en servir. J

Ici, cependant, se présente une question sur laquelle les opinions les plus récentes et même celles qui s'accordent avec la nôtre, sur la nature dû langage, sont divisées. Quelle a été positivement la largeur de cette base, quel en a été le caractère ? Etait-ce des sons articulés, distinctement liés à certaines idées? Y avait-il un vocabulaire naturel restreint à un petit nombre de yéritables mots ou racines, de même nature que le langage à venir, et qui n'avait besoin que d'être étendu pour former ce langage ? Il y a des gens qui répondent dans le sens affirmatif et qui sont d'avis que lu bonne manière d'étudier concrètement le problème de l'origine du langage, c'est d'étudier les cris des animaux, surtout de ceux que leur organisation rapproche le plus de ' l'homme, et d'y chercher des analogies avec les racines des langues. Mais cette opinion vient de ce qu'on ne peut pas se défaire de l'idée qu'il existe un lien interne entre une & partie de nos mots et les idées qu'ils représentent, et qu'on pourrait peut-être arriver à le découvrir. Si nous reconnaissons cette vérité que tout langage humain est, dans chacun de ses éléments constituants, purement conventionnel, qu'il ' l'a toujours été, aussi loin qu'on peut remonter dans le passé, et qu'on n'a jamais pu prouver qu'un mot soit né en vertu d'une affinité intrinsèque avec l'idée dont il est le signe, nous serons mis en défiance contre une assertion de cette espèce. Incontestablement, cette hypothèse n'est pas nécessaire : les intonations, expressives du sentiment, intonations dont personne ne peut nier l'existence, parce qu'elles sont encore pour une part importante dans nos moyeijs d'expression, peuvent parfaitement avoir servi de points de départ au langage. Le langage audible a commencé, pouvons-nous dire, quand un cri de douleur, arraché par la

Bouffrance, compris et ressenti par la sympathie, a été répété, par voie d*imitation, non plus instinctivement mais intentionnellement et pour signifier je souffrCy foi souffert ou je souffrirai; quand un grognement de colère, qui avait été d'abord produit directement par la passion, a été reproduit, par manière de désapprobation ou de menace ; et iSJDsà du reste. A l'édifice à venir, cette base suffisait.

Il faut ensuite coosidi^er, en examinant ce point, qu'à mesure que nous nous approchons de l'espèce humaine la capacité générale s'aceroit, mais que les instincts spécifiques décroissent. C'est chez lès insectes que nous trouvons ces arts merveilleux qui sembleraient être les produits perfectionnés d'une intelligence bornée mais cultivée; c'est chez les oiseaux que nous voyons des modes spécifiques de construction pour les nids, et des chants presque artistiques, r 'L'homme est capable de tout apprendre, mais il commence • par ne rien savoir. Si ce n'est qu'il tette, on ne voit pas qu'il naisse avec un seul instinct. Sa longue et faible enfance, comparée à celle des poulets et des veaux qui courent et cherchent en naissant leur nourriture, est caractéristique de la façon dont la nature Ta traité. Il n'est poidt acceptable qu'il soit entré dans la vie sociale, avec des moyens tout formés de communiquer avec ses semblables, et pas plus par les mots que par les gestes. C'est une erreur, née de l'habitude, que de regarder la voix comme l'instrument spécifique du langage; c'est un Jnstrument entre ipl«sieurs X autres. Nous pourrions aussi bien demander aux moem's des animaux supérieurs l'idée première par laquelle nous en sommes venus à nous vêtir, à nous construire des naaisons, à nous créer des instruments. Notis voyons assez clairement ce qu'ont dû être, en cela, les commencements de »os habitudes. Aucun animal, excepté l'homme, n'essaye «te se vêtir, mais s'il le faisait, oela ne signifierait rien ; car il y a des tribus daias lesquelles Thomme va nu ou presque nu, et personne Jie niera que les premiers essais de vêtement ne consistent à faire servir pour la décence ou la commodité les matériaux que la nature met à notre portée. Les preimers abris ont été de la même sorte : il serait très-intéressant de voir les animaux placés le plus haut dans la série -déployer

Page 1