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LE LANGAGE DANS LE RÈGNE ANIMAL

la même espèce d'aptitude que l'homme pour mettre en œuvre librement, et seulement sous l'empire des <5irconstances, les ressources de la nature ; mais il est probable que l'idée n'est jamais venue à personne que Tanimal sauvage construirait une espèce d'abris particuliers (comme le castor, le loriot, Tabeille) et que de là viendraient, sans saUus ou lacune, les huttes, les palais et les temples des races supérieures. La même chose est vraie pour ce qui regarde les instruments : les pierres et les massues ont été les premiers mis en usage; mais par la seule raison que la nature les offrait d'elle-même aux êtres qu'elle avait doués d'une intelligence suffisante pour voir le parti qu'on en pouvait tirer.

Or, ce n'est qu'une idée fausse de la nature du langage qui peut nous empêcher de comprendre qu'il y a une parfaite analogie entre cet instrument et les autres, et qu'il est inutile et vain de chercher pour le langage la base imaginaire de signes anticulés spécifiques, concordant d'une façon nécessaire avec les idées humaines. C'est certainement une étude intéressante et instructive que celle des moyens de (Communication que possèdent les animaux inférieurs, et de la portée de ces moyens; mais le point principal, c'est d'examiner jusqu'où l'intonation, le g^ste, l'altitude, le mouvement, qui concourent d'une façon secondaire et médiate à l'expression du sentiment, s'accordent avec ce que nous avons vu être, chez l'homme, le commencement du langage. Il ne faut point être surpris de voir souvent ces moyens de communication employés, mais d'une manière restreinte, à cause de l'incapacité qui existe .chez les êtres qui les emploient é'en développer l'usage ; ce seraient là les phénomènes véritablement analogues au.phénomène dulangage humain, le pont jeté sur le saltue dont quelcjues personnes ont «peur. Si la théorie darwinienne est vr^ia, et si l'homme est sorti d'un animal inférieure lui, on convientque du moins les formes transitoires ont disparu, les espèces q.ui les représentaient ayant pu être exterminées par lui, comme étant ses rivales spécifiques, dans la lutte pour l'existeace. Si ces espèces pouvaient renaître, nous verrions que la forme transitoire du langage n'a point été une petite provision de signes articulés naturels, mais un système inférieur

X de signes conventionnels, du genre de l'intonation, de la pantomime et du geste.

Entre ces trois moyens naturels d'expression, le geste, la pantomime et l'intonation, moyens que nous avons eus sans cesse présents devant les yeux pendant tout le cours de la discussion, ce n'est que par un procédé de sélection naturelle et parce que le mieux adapté doit triompher, que la voix est devenue le plus prééminent, à tel point que nous X'/ avons donné à la communication de la pensée le nom de langage (jeu de la langue). Il n'existe point de lien mystérieux entre l'appareil de la pensée et l'appareil de l'articulation. A part les cris et les intonations naturels produits par l'émotion (et non articulés), les muscles du larynx et de la bouche ne sont pas plus près de l'âme que ceux des mouvements volontaires, auxquels les gestes appartiennent. Outre que rien dans le langage bien compris n'indique que ce lien existe, il y a un fait qui prouve positivement le contraire : c'est l'absence d'expression vocale chez les sourds, qui ont, comme les autres hommes, l'appareil de l'articulation, mais qui, par la seule raison que le nerf auditif est engourdi, échappent à la contagion du langage conventionnel. Il est cent fois plus intéressant d'étudier un sujet sourd de naissance, que tous les singes et tous les animaux gazouilleurs du monde.

Ici, l'analogie entre le geste et le langage est instructive au plus haut point. Les bras, les mains, sont des instruments musculaires mus par la même pensée qui produit des jugements et des images. Au milieu de nombreuses facultés, le sourd de naissance a celle de faire des gestes infiniment variés, lesquels sont transportés par les vibrations de l'éther lumineux, jusqu'à l'organe sensitif de la vue chez lui et chez les autres. Il existe une base naturelle de gesticulation instinctive qui suffit à suggérer à l'intelligence humaine tout un système de signes visibles pour l'expression volontaire de la pensée, système qui est journellement mis en œuvre par ceux que leur surdité prive des autres moyens de l'exprimer. De même, le larynx et la bouche sont des organes musculaires que la volonté fait mouvoir, comme elle fait mouvoir les bras et les mains. Ces organes remplissent d'au-

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