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THÉORIE DE L'ORIGINE MIRACULEUSE

Il en serait de même du langage. Supposer que l'homme a possédé tout d'abord une forme d'expression complexe, c'est se rapprocher de la théorie de l'origine miraculeuse du langage.

Le mot miraculeux^ plutôt que le mot divin^ est choisi à dessein par nous pour caractériser la théorie en question, parce qu'elle est une théorie purement descriptive. On peut parfaitement soutenir l'opinion que nous avons émise dans ce chapitre sans préjudice de la croyance à l'origine divine du langage, puisqu'on est libre de croire que les tendances qui poussent l'homme à acquérir le langage ont été mises en lui par le Créateur dans un but prévu et déterminé. Si le langage était en lui-même un don, une faculté, une capacité spéciale, on pourrait dire également que l'homme l'a reçu directement de Dieu. Mais comme il est un produit, un résultat historique, dire qu'il a surgi tout fait, et en même temps que l'homme, c'est affirmer un miracle. Une pareille doctrine n'a le droit de se produire qu'en compagnie du récit miraculeux de l'apparition de l'homme sur la terre. Au contraire, la doctrine de la vraie nature du langage telle qu'elle est établie par la science linguistique, détruit complètement, du moins dans son ancienne forme, le dogme de l'origine diyine du langage.

La faculté humaine qui produit le plus directement le langage, c'est, comme nous l'avons vu, celle d'adapter intelligemment les moyens au but. Ce n'est point une faculté simple; mais, au contraire, une faculté très-complexe et très-compliquée; il n'appartient point au hnguiste, pas plus qu'à l'historien, d'exphquer les secrets de l'esprit humain : c'est l'affaire du psychologue. Toutes les forces psychiques que le langage suppose et qui sont cachées au fond de cette faculté d'adapter le moyen au but, sont de son domaine. IL a un travail fort intéressant à faire, celui de découvrir les fondements de l'édifice et de montrer la base sur laquelle reposent le langage, la société, les arts plastiques, les arts mécaniques, etc. Puis, d'exphquer comment la puissance créatrice de l'homme se trouve ensuite décuplée par les eftets qu'elle a produits. Le secours du psychologue est toujours précieux, et il l'est surtout dans l'étude du langage;

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car le langage est plus qne toot le reste le corps de ki pensée. C'est parce que le langage est rincamation, la révélation directe des actes de Tâme^ que Ton en est vena à regarder la science linguistique comme une branche de ta psychologie, et qu'on a TouiiU lui appliquer les méthodes des études psychologiques. C'est ]à une erreur qui se troore su^ffisamment réfutée par notre exposé de kt nature et de Fhistoire du langage, et à laquelle il n'est pas nécessaire de nous arrêter. Le langage est simplement le produit et l'instrument le plus direct et le plus complet des facultés intimes de rhomxne. Il est le moyen qu emploie la eonnaBsance pour s extérioriser à l'égard d'elle-même et à Tégard des autres.

Les rapports immédiats du langage avec la pensée ont donné lieu à cette erreur beaucoup plus grossière d'iden-* tifier la parole avec la pensée et la raison. Notre exposé suffit également à la réfuter. Il faut ne point comprendre la nature du langage pour faire fausse route à ce point. Il est vrai que te mot raison est employé d'une manière si vagne et dans des acceptions si variées qu'un penseur peu lucide et un argumentateor peu exact s y trompent; mais cebri qui a entrepris d'éclairer ses semblables dans de pareiltes questions n'est point excusable de se méprendre sur les principes fondamentaux. Le langage est, en somme, la manifestation la plus évidente des hautes facultés de l'homme, celle qui influe le plus sur les autres, et c'est cet ensemble de hautes facultés que l'on appelle vaguement la raison. Voilà tout le fondement de cette identité prétendue. Il y a beaucoup de facultés qui concourent h la production du langage et qui ont plusieurs modes de manifestation. Nous n^arons qu'à prendre l'être humain le plus normalement domé, et fermer l'avenue d'une seule classe d^impressions sensitives, l'ouïe, et il ne parlera jamais. Si le langage était la môme chose que la raison, il faudrait donc définir celle-ci une fonction du nerf auditif.

Il appartient au psychologue de décider si, parmi les facultés qui concourent à la production du langage, il n*cn est aucune qui n'appartienne point à un moindre degré à queîçue espèce animale. Tout ce qu'on peut dire, c'est que jus-

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