‹ La vie du langageChapitre 40 sur 66 · PREMIERS AGES DU LANGAGE · texte numérisé non relu

PREMIERS AGES DU LANGAGE

un incident de la vie sociale et du développement de la civilisation. Chaque pas fait dans cette voie est déterminé par une cause occasionnelle, qui est la génératrice de l'acte de nomenclature. Il est aussi faux de penser que les hommes ont fait provision de mots pour leur usage et celui de leurs descendants, qu'il le serait de supposer qu'ils ont fait provision de jugements et d'idées, pour que leurs successeurs revêtissent de mots ces idées et ces jugements. Dans chacune de ses périodes, l'humanité trouve ce dont elle a besoin et rien de plus. Une génération ou une époque peut, il est vrai, en donnant un corps d'une façon heureuse à une distinction particulièrement féconde, imprimer une impulsion plus forte au progrès du langage et jeter les fondements d'une nouvelle portion de l'édifice; ainsi en fut-il, par exemple, quand les premiers Indo -Européens introduisirent dans leur langue (comme nous avons cru le voir plus haut) une forme prédicative spéciale, un verbe; ce fait est analogue à ces heureuses inventions ou découvertes (la manipulation du fer, la domestication des animaux utiles, par exemple) qui ont fait prendre un nouveau tour à l'histoire d'une race et l'ont fait entrer dans une voie où il semble que toute autre race eût pu aussi bien entrer qu'elle; nous avons l'habitude d'appeler ces événements, accidentels, et ce mot est assez juste si nous entendons par là qu'ils sont le produit de forces et de circonstances si nombreuses, si indéterminables que nous n'eussions pu d'avance en prévoir le résultat; mais, soit que la formation du langage ait été lente ou rapide, le fait est qu elle est continue. Le progrès peut être accéléré ou ralenti par les circonstances et, les habitudes d'une société, mais il ne cesse jamais ; et à aucune époque de l'histoire, le langage n'a marché comme aujourd'hui.

Le nom que nous donnerons au progrès du langage est de peu d'importance. Sera-ce invention, fabrication, conseil, production, génération? chacun de ces termes a ses partisans et ses détracteurs. Qu'importe , pourvu qu'on comprenne la chose telle qu'elle est ; nous nous soucions peu de la phraséologie qu'on emploiera pour la caractériser. On peut, assez convenablement, comparer un mot à une invention ;

il a son lieu, son temps, son mode; ses circonstances qui ont déterminé l'esprit; il y a eu pour lui préparation dans les faits et dans les habitudes antérieures de langage ; il est appelé à exercer une influence sur le développement futur d'une langue ; tout cela fait qu'on peut dire que chaque mot est une invention. Mais Tensemble du langage est une institution, une œuvre collective à laquelle ont mis la main des milliers de générations et des milliards d'ouvriei^

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