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LES FORCES CONSERVATRICES DU LANGAGE

On sait pourtant que les choses ne se passent pas ainsi. Toute langue vivante est en voie de formation et de change^ ment continuels. En quelque lieu du monde que nous allions, si nous trouvons à côté de la langue en usage des monuments de la même langue remontant à une époque antérieure, les différences entre Fidiome actuel et l'idiome passé seront d'autant plus grandes que ses monuments seront plus anciens. U en est ainsi pour les langues romanes du midi de l'Europe, si on les compare avec le latin, leur ancêtre commun. Il en est de même pour les dialectes modernes de rinde si on les compare avec les langues intermédiaires entre eux et le sanscrit, ou avec le sanscrit lui-même ; et cela n*est pas moins vrai de l'anglais, tel qu'on le parle aujourd'hui, comparé avec l'anglais, tel qu'on le parlait autrefois. Si un Anglais du siècle passé entendait parler sa langue, comme on le fait communément et familièrement de nos jours, il y aurait beaucoup de choses qu'il comprendrait avec peine ou pas du tout. Si nous entendions Shakespeare lire à haute voix une scène tirée de ses œuvres elle serait en grande partie inintelligible pour des auditeurs modernes (à cause, surtout, des différences de prononciation). L'anglais de Chaucer (c'est-à-dire d'il y a cinq cents ans) ne se comprend qu'à force d'application "et par le secours d'un glossaire; et l'anglais du roi Alfred (c'est-à-dire d'il y a mille ans), que nous appelons l'anglo-saxon, n'est pas plus facile pour un Anglais moderne que ne Test Tallemand. Tous ces changements se sont produits sans dessein prémédité de la part des trente ou quarante générations qui nous séparent du roi Alfred. Il y a donc là un autre aspect de la vie du langage que nous avons à examiner et à expliquer, si faire se peut. La vie, ici comme ailleurs, semble impUquer la croissance et le changement comme un élément essentiel ; et les analogies remarquables qui existent entre la naissance, le développement, la décadence et l'extinction d'une langue, et la naissance, le développement et la mort d'un être organisé, ont été bien souvent un sujet d'observation. Elles ont même conduit quelques-uns à penser que le langage est un organisme, soumis aux conditions de la vie organique et gouverné par des lois entièrement étrangères à l'activité humaine.

Ce serait évidemment trop se hâter que de recourir à une semblable explication avant un examen suffisant. Il n'est pas impossible, à première vue, que le langage, considéré comme une institution d'invention humaine, soit sujet au changement. Les institutions humaines en général se transmettent par voie de tradition comme le langage, et sont modifiées au fur et à mesure de cette transmission. D*une part, la tradition est, par sa nature, imparfaite et inexacte ; personne n'a jamais pu empêcher que les choses qui se propagent de bouche en bouche ne soient altérées en route ; l'enfant commet toujours des bévues de toutes sortes dans ses premiers efforts pour parler; s'il est attentif et si son éducation est soignée, il apprend à les corriger plus tard ; mais souvent il est inattentif et ne reçoit point d'éducation, de façon qu'en apprenant sa langue maternelle, l'individu est sujet à l'altérer. D'autre part, quoique l'enfant, au début de son éducation, soit plus que satisfait de la langue qu'on lui apprend et la manie comme il peut, parce que son développement intellectuel n'est point encore adéquat aux idées que cette langue représente et qu'il est presque surmené par le travail de l'acquérir, les choses ne restent pas toujours à ce point pour lui : le temps vient où son esprit a grandi, où celui-ci est égal à la somme d'idées contenues dans sa langue et où il s'agite pour briser les moules qui renferment ces idées. Alors, l'esprit modifie, élargit les moules et les adapte à ses propres besoins. Ainsi, pour employer une analogie saisissante, on peut avoir acquis par l'étude et le secours des maîtres dans une branche de connaissances — sciences naturelles, mathématiques, philosophie — toutes les notions existantes, on peut avoir atteint les dernières limites connues, et ensuite trouver ces notions trop imparfaites, ces limites trop étroites; on peut ajouter de nouveaux faits à la science, établir de nouvelles distinctions, déterminer de nouveaux rapports, pour lesquels le langage technique existant se trouve être insuffisant. Il faut donc créer des mots nouveaux et ces mots ne manquent jamais aux idées, parce que toute langue doit pouvoir exprimer toute idée et que, si elle ne le faisait pas, elle ne serait pas une langue. La somme de pensée et de connaissance que chaque individu parlant,

ajoute à la somme générale de la pensée et de la connaissance humaines par son travail propre , se coule dans le moule du langage existant, et, en même temps, modifie dans une certaine proportion la forme extérieure de ce moule.

Il y a donc là, en tous cas, deux forces évidentes qui ont leurs points de départ dans l'activité humaine et qui concourent sans cesse à la modification des langues. Il reste à examiner s'il y en a d'autres d'un caractère différent. Considérons donc les changements qui se produisent actuellement dans les langues, qui constituent leur développement, et voyons ce qu'ils disent des forces auxquelles ils sont dus.

Commençons par un exemple concret, par un échantillon des altérations du langage qui servira d'éclaircissement et aussi de base pour une classification des diverses espèces de changements linguistiques. Le Français choisirait son exemple dans une comparaison entre une phrase en vieux latin et la même phrase en vieux français de différentes époques ; l'Allemand suivrait une phrase à travers le moyenâge dans toutes ses formes successives jusqu'au vieil haut allemand et, plus loin encore, jusqu'à ses origines gothiques. L'Anglais ne peut mieux prendre son point de comparaison que dans le vieil anglais ou anglo-saxon qu'on parlait il y a mille ans. Voyons donc un verset de l'évangile en anglosaxon, et comparons-le avec le même verset en anglais moderne :

Se Hœllend fôr on reste-dœg ofer œceras; sôthlice hià leorning-cnihtas hyngredey and hi ongunnon pliiccian thà ear and etan.

Certainement, aucun lecteur ordinaire parmi les Anglais ne comprendrait cela et n'y verrait l'équivalent de la phrase suivante de la version moderne :

The Healing {one) fared on rest-day over [the) acres; soothly^ his learning-knights (il) hungeredy and they hegan (to)pîuck ihe ears and eat. — Le Sauveur entra un jour de sabbat dans un champ de blé ; et ses disciples avaient faim, et ils commencèrent à cueillir les épis et à les manger. (Matthieu, XII, 1.)

Et cependant, en la traduisant littéralement; nous trouve-

rons que presque tous les éléments de la vieille phrase sont encore du bon anglais, déguisé seulement par des changements de forme et de sens. Ainsi :

The Healiugs (o)ie] fared on rest-day over [the) acres; soothly, his leaniing knight (it) hungered and they hegan) to pluck the ears and eat. — Le guérissant entra un jour de repos dans les champs. Ses chevaliers-apprenants avaient faim et ils commencèrent à ramasser les épis et à manger. Ainsi donc, à un certain point de vue, and et his sont les seuls mots anglo-saxons qui soient restés inaltérés dans l'anglais moderne, et même ils ne sont pas exactement identiques puisque leur ancienne prononciation différait de leur prononciation actuelle ; et, à un autre point de vue , tout dans cette phrase est anglais, excepté le mot se — le — et le mot hi — eux — qui eux-mêmes sont encore virtuellement des mots anglais, puisqu'ils sont des inflexions de l'article défini et du troisième pronom personnel, dont d'autres cas (comme t/ie, that, they et he, /«s, him) sont encore en usage dans la langue anglaise. La discordance et la concordance sont également complètes , selon la manière dont nous les envisageons. Nous examinerons ce passage un peu plus en détail, afin de bien comprendre les rapports entre la vieille et la nouvelle forme.

En premier lieu , la prononciation les rend encore plus différentes en réalité qu'elles ne le sont dans le texte écrit. Il y a au moins deux sons dans l'anglo-saxon qui sont inconnus dans l'anglais moderne : Yh de cnihtas qui était presque ou tout à fait la même chose que le ch du mot allemand correspondant Knecht, et Vy de hyngrede qui était Yû allemand ou Vu français, son qui en anglais équivaut à Voo, plus, Vee combinés ensemble! D'un autre côté, il y a des sons dans l'anglais moderne qui étaient inconnus aux Anglo-Saxons. Uo court anglais dans on, par exemple, n'existait pas auti'efos, non plus que Vu court de hegun, pluck, qui prenaient alors le son de la voyelle dans hook et dans full; Vi court de his qui ressemblait à Vi court des Allemands et des Français n'était pas très-différent de Vi long, Vee des Anglais. Ce sont tous là des exemples des changements multiples subis par la prononciation anglaise pendant les mille ans qui se sont écoulés

depuis Alfred, changements qui ont modifié^toute rorthoëpie et toute l'orthographe anglaises. D'autres se trouvent dans le passage cité : ainsi, knight et eat sont des allongements de cniht et de etan^ qui servent de types à toute une classe de cas analogues, et Vi allongé a été changé en une diphthongue que nous appelons i long parce qu'il a pris la place de l'ancien ee anglais ; tandis qu'on appelle le véritable i long de eatf un e long pour la même raison.

Nous pouvons encore remarquer dans beaucoup de mots l'effet d'une t ^dance à l'abréviation. Reste et hyngrede ont perdu leur e final, qui dans l'anglo-saxon, comme dans l'allemand moderne et Titalien, formait une syllabe additionnelle. Ongannon, pluccian et etan ont perdu la voyelle et la consonne de la syllabe finale. Ces syllabes étaient les terminaisons distinctives , dans le premier mot de la flexion verbale au pluriel {ongan \je commençai ou il commença^ ongannon : ils commencèrent ou nous commençâmes)^ dans les deux autres de l'infinitif. Dans œceras (acres) et cnihtas (chevahers), quoique l'anglais moderne ait conservé l's final de la terminaison plurielle, cette lettre ne forme plus une syllabe additionnelle ; et dans sdf/iltce (soothly)^ qui signifie vraiment, en vérité^ il y a une abréviation plus marquée encore sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure.

D'un autre côté, ear-ears (épis) et fôr-fared (entra) sont des mots qui ont été^^llongés de nos jours par l'addition d'éléments importants. C'était la règle en anglo-saxon qu'un nom neutre composé d'une syllabe longue n'eût (tant au nominatif qu'à l'accusatif) point de terminaison plurielle. Quant au mot fdr, les Anglo-Saxons conjuguaient faran fare (entrer) .comme ils faisaient dragan^ draw (tirerj et ils disaient /or, drôh au passé (on peut comparer les correspondants allemands fahren , fuhr et tragen, trug), c'est-à-dire que faran était pour eux un verbe de la conjugaison irrégulière, autrement dite la vieille conjugaison ou conjugaison forte. Pendant longtemps, il a existé une tendance dans la langue anglaise à modifier ces verbes, à abandonner leurs inflexions irrégulières et variables et à les ramener à la ressemblance avec les verbes plus nombreux de la classe régulière, comme love^ loved, aimer, aimé; et fare est un de ceux qui ont subi

ce changement. La marche suivie est ici la même que celle par laquelle le mot ear est devenu ears ; c'est-à-dire qu'une ^ analogie prévalente a fini par atteindre et par englober les -^ cas auparavant traités comme exceptionnels.

Dans le mot ear, on voit une autre différence très-frappante entre l'anglais ancien et l'anglais moderne. L'anglosaxon avait des genres, comme le grec, le latin et rallemand. Il regardait ear comme neutre, mais œcer eidœg comme mascuUns, et, par exemple tunge (langue) et dœd (fait) comme féminins. Pour l'anglais moderne qui a aboli les genres grammaticaux en faveur du sexe naturel, tous ces mots 1 } sont neutres.

Nous allons maintenant considérer quelques points relatifs à la signification des mots en usage. Dans for nous trouvons une différence marquée de sens, aussi bien que de forme. Le mot fôr est sorti d'un vieux verbe germanique qui signifie aller et Ton peut suivre sa filiation jusqu'à la première langue Indo-Européenne , jusqu'à la racine par, passer (en sanscrit , pârayàmi ; en grec , -jrepaw ; en latin, ex'per-ior) ; aujourd'hui il est entièrement hors d'usage dans ce sens et même peu usité dans celui de se porter, progresser : it fared ill with him (il se portait mal). Œcer signifiait en anglo-saxon un champ cultivé, comme aujourd'hui le mot allemand acker ; et ici encore, nous trouvons son vieux corrélatif dans le sanscrit agra, dans le grec àvpoç, dans le latin ager ; la restriction du mot à une certaine mesure de terre, considérée comme mesure typique des champs en général, est chose toute particuhère et toute récente. Gela a eu lieu pour le mot œcer, comme pour ceux de vare, pied , grain et ainsi — de suite, si ce n'est que nous avons conservé la signification ^ ancienne de ces mots, tout en leur en ajoutant une nouvelle.

Parmi les particularités frappantes du passage anglo-saxon que nous avons cité, nous remarquerons la manière dont sont employés les mots Hœlend, healing one (celui qui guérit), r este- dœg ,r est' day (jour de repos) et leorning-cnih^ tas, learning-knights (chevaliers-apprenants, autrement dit jeunes gens soumis à renseignement), lesquels ont ici le sens de sauveur, sahhat et disciples. Quoique tous composés de vieux éléments germaniques, ces mots étaient, cependant,

des additions récentes au langage. L'introduction du christianisme en avait fait naitre la nécessité. Pour exprimer la nouvelle idée chrétienne du Dieu père et créateur, le vieux mot grod ennobli et accru d'une signification nouvelle, répondait assez bien aux besoins de la pensée anglo-saxonne; mais pour désigner celui qui avait sauvé les hommes des suites du péché, qui les avait rendus whole ou haie (sains) il n'y avait pas de mol dans la langue, et alors, le participe présent du verbe hœlan (guérir) fut choisi pour représenter le nom grec (rojxr'p et spécialisé en un nom propre pour Tunique Sauveur. C'est le même mot qu'on emploie encore en allemand, Heiland. Reste-dœg (jour de repos), appliqué au jour du sabbat, n'a pas besoin d'explication. Quant à celui de leorning-cnihtas^ employé à la place du discipuli latin et du jAaGrjat grec, sa caractéristique la plus frappante, pour ne point parler de sa gauche incommodité, c'est le sens affecté au mot cniht , knight. Entre le knight anglais, qui signifie aujourd'hui chevaher, et le knecht allemand, qui veut dire serviteur, domestique, il y a loin. Tous les deux ont dévié de leur origine; l'un a acquis un sens plus élevé, l'autre est descendu à un sens moins noble, et tous Içs deux ont pour point de départ cette idée indifférente, de jeune homme^ bachelier, qui s'exprime en anglais moderne par youthj et fellow, et qui est au fond du mot composé anglo-saxon, leorning-cnihtas.

Mais, un point non moins digne de remarque dans l'histoire de ces mots, c'est que dans les habitudes de la langue moderne, ils ont tous été dépossédés par d'autres mots d'origine étrangère. L'anglo-saxon n'allait pas, comme l'anglais, chercher dans les langues étrangères tout ce qu'il fallait à ses besoins nouveaux. Il était plus facile alors d'adopter les nouvelles institutions du christianisme, que les mots nouveaux qui servaient à les désigner. Les Anglais ont opéré de merveilleux changements sous l'empire de causes que nous ferons connaître plus tard (chap. VII) et, à la place des trois nouveaux mots saxons, ils ont introduit trois mots plus nouveaux encore : deux franco -latins, disciple et savtor, et un hébreu, sabbath. Cette substitution est un exemple important dans l'histoire de la langue anglaise.

Pendant que nous parlons de Tintroduction d'éléments nouveaux dans Tanglo-saxon, nous remarquerons un ou deux autres cas de changements linguistiques semblables dansune autre classe de mots. Sôlhlice est un adverbe qui répond au mot anglais trtily (vraiment). Nous voyons dans la première syllabe le soo<h anglais qui est maintenant entièrennent hors d'usage, au moins dans le discours ordinaire, et qui signifie vérité. Dans la seconde syllabe, lice, nous reconnaissons cette syllabe anglaise, ly, qui marque Tadverbe et qui n'est qu'une désinence de lie, en anglais moderne like (semblable , à la manière de) qui, ajouté au nom sôth (vérité), forme un adjectif composé (ou un dérivé adjectif) équivalant à truth'lihe (vraisemblable) et complètement analogue à truthful, qui est formé de Iruth et de full et veut dire véritahle, La terminaison adverbiale anglaise ly^ qui forme la plupart des adverbes anglais et n'est dans cette langue qu'un suffixe, est en réalité le produit d'une altération de désinence, un cas dans un adjectif composé, un mot originairement distinct. Au lieu d'employer, comme l'allemand moderne, la base ou la forme simple d'un adjectif en guise d'adverbe — c'est-à-dire de qualifier le verbe ou l'adjectif plutôt que le substantif — l'anglais a élaboré une forme spéciale, dont le développement historique peut être suiv pas à pas jusqu'à ses origines, et qui, parmi tous les dialectes germaniques, appartient exclusivement à la langue anglaise.

Nous trouvons un autre exemple dans le mot hyngrede. La finale indiquant le prétérit, de, n'est pas exclusivement anglaise comme la finale adverbiale ly ; elle est plutôt, comme l'adjectif lie, la propriété commune des langues germaniques. Sans nous appesantir ici sur son histoire, nous dirons .seulement que, de même que lice, on peut le faire remonter à un mot distinct et séparé, le prétérit didy lequel les vieux Germains ajoutèrent à quelque dérivé de verbe ou d'autre mot pour en former l'expression du temps passé, quand la forme ancienne sous laquelle on avait d'abord exprimé ce temps était devenue d'un usage difficile ou impossible.

Il se rencontre aussi dans la phrase que nous étudions des changements de construction que nous ne devons pas

passer sous silence. Le mot leorning-cnilitas est l'objet et non le sujet de hyngrede; et la construction est ici cette construction particulière dans laquelle le verbe impersonnel n.'a point de sujet exprimé, et prend devant lui pour objet la personne affectée par l'action que le verbe indique. Cette ma^ nière de parler s'emploie encore en allemand dans le style familier et Ton dit mich hungerte (moi affamé), pour j'ai /aim. L'anglais même en conserve les traces effacées dans le vieux methinksy qui est le même que Tallemand mich dûnkt et qui signifie : il me semble. Les infinitifs pluccian et etan étant originairement des noms verbaux et ayant la construction de noms, se rapportent directement, comme objets, au verbe transitif ongu7inon. Les Anglais modernes en font autant avec quelques-uns de leurs verbes : il en est ainsi dans he will pluck (il ramassera), he miist eat (il doit manger), see him pluck (le voir ramasser), let him eat (qu'il mange); et même il est permis d'en user de la même façon après hegan (commencé) contracté en une seule syllabe 'gan i. Mais dans la grande majorité des cas, l'anglais exige la préposition to comme signe de l'infinitif, et l'on dit : hegan to pluck and to eat (commença à ramasser et à manger). Cette préposition n'était pas inconnue dans Tanglo-saxon; mais on ne s'en servait que lorsque le rapport des mots entre eux favorisait l'introduction de ce signe de connexion, et l'infinitif, qui venait après, prenait une forme particulière : exemple, gôd to etanne^ — good unto eating — good to eat (bon à manger). Le to qui, à l'époque de l'histoire de la langue à laquelle appartient notre passage-type , était un mot distinct, un mot de relation, est devenu le signe stéréotypé d'une certaine forme verbale ; il n'a pas plus de valeur en lui-même que le an final de pluccian et de etan^ qu'il est en quelque sorte destiné à remplacer ; quoiqu'il ne soit point, comme le ly et le d, combiné avec les mots, il remplit un office analogue.

Nous ne remarquerons plus qu'une seule chose dans le passage en question : l'oubli presque entier dans lequel est tombé le sôthy le sooth anglais moderne. Il n'y a plus que

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