LA VIE DT
quelques attentions de la part de ce gentilhomme avaient suffi pour lui conquérir ce cœur fait pour aimer. Mais le prince avait depuis longtemps pour maîtresse la comtesse d’Ornano, qui, lorsqu’elle eut vent de ce mariage, lui fit donner sa parole qu’il ne le consommerait jamais. Il épousa néanmoins Ilortense, mais, fidèle à son serment, ne cessa de la traiter avec un mélange de prévenance et de froideur. Un jour, seule dans son hôtel, la jeune femme tisonnait l’àtre tristement, quand elle y découvrit des papiers déchirés. Machinalement et pour se distraire, elle les rassembla. C’était une lettre de la comtesse d’Ornano qui ne lui laissait aucun doute sur les sentiments de son mari. Toute en larmes, elle avait confié sa douleur à la maréchale.
La campagne était en fleurs. Quand Horteûse descendait au jardin et se promenait entre les massifs, Richelieu l’y suivait; il l’entourait de mille soins; un jour il lui avoua qu’il l’aimait; elle parut sur le moment presque heureuse mais le soir même elle était repartie, et Richelieu, pour ne pas se brouiller avec Mme de Villars, dut rester son hôte huit jours encore en rongeant son frein.
Il retrouva Ilortense à un souper chez la duchesse de ***; elle rougit. Richelieu fut d’un esprit charmant, attira toute les louanges; il vit que la princesse en était heureuse : on veut la gloire pour ce qu’on aime. En manière de jeu, il prit la main d’Hortense, joua en la
regardant avec l’anneau qu’elle portait au doigt; elle n’osait retirer sa main; peu à peu Richelieu la serra; il gardait son visage presque indifférent; il s’en remettait au magnétisme de sa présence.
Mais toute troublée qu’elle fût par Richelieu, Hortense ne cessait d’aimer son mari; il le sentait, s’irritait. Ils firent l’un et l’autre un nouveau séjour chez la maréchale et reprirent leurs entretiens. Hortense lui racontait ingénument ses douleurs. Ils se perdaient dans des bosquets non loin du château et là devisaient sur l’amour. Quand elle prononçait le nom de son mari, Richelieu la fixait amoureusement.
- — Il n’a donc les yeux de personne, s’écriait-il.
Elle soupirait.
Peu à peu elle en vint à lui conter tous les détails de sa mélancolique histoire; elle avait, un jour que son mari se montrait plus triste qu’à l’ordinaire, gémi devant lui qu’il ne l’aimait pas.
— Vous croyez que je ne vous aime point, avait-il répondu, hélas! Si je vous cause de la souffrance, ma vie est perdue, je ne m en consolerai jamais.
Et il l’avait considérée avec deux yeux pleins de larmes; la princesse s’était jetée dans ses bras; il la serrait tendrement; elle croyait toucher à l’instant du bonheur, mais il lui avait