‹ La vie du maréchal de RichelieuChapitre 4 sur 24 · IA VIE DU · texte numérisé non relu

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donné quelques baisers et doucement l’avait détachée de lui.

Cette fidélité à un si triste mari redoublait le désir de Richelieu; il avait souvent rencontré des femmes qui lui résistaient d’abord par vertu; mais il lui semblait mille fois plus délicieux de chasser d’un cœur un rival qui y régnait.

Il feignit d’être malade, condamna sa porte et se coucha. Il refusa toute nourriture, quitte à se gorger des victuailles que son valet lui apportait en cachette. Sur le soir, la princesse vint elle-même à la porte prendre des nouvelles. Richelieu eut l’air de consentir une exception en sa faveur, on la laissa entrer. Elle tremblait. Elle lui témoigna un intérêt si vrai, avec une telle fraîcheur d’expression, qu’il en oublia d'abord son rôle, tout entier au plaisir qu’il éprouvait. Puis il lui dit que sa présence seule suffisait à le guérir. Il la prit dans ses bras et malgré ses clïorls la fit asseoir sur le lit.

— Voilà donc, dit-il d’une voix brûlante, la divinité négligée par son mari; voilà cette main si faite pour être baisée; et il y appuyait ses lèvres.

• — Voilà ces beaux bras si faits pour se nouer au cou d’un amant; et il les attirait vers ses épaules.

— - Voilà cette gorge si faite pour se gonfler sous le* caresses, et peu à peu il rendait de

la voix et du geste hommage à ses charmes les plus secrets.

Elle se trouvait pour la première fois sur un lit éclatant à côté d’un homme amoureux; elle luttait pour retenir dans son cœur l’image de son mari; mais une bouche habile entrouvrait ses lèvres en un baiser qu'elle ne connaissait pas, la tête lui tourna.

— Vous êtes vraiment malade, dit le lendemain matin la maréchale inquiète en observant les traits de Richelieu creusés par l’amour.

La princesse s’était attachée avec la passion la plus violente à l’homme qui le premier lui avait imposé son pouvoir. Mais par un étrange retour, son mari, que la comtesse d’Ornano avait congédié, devenait amoureux d’elle, et ne songeait plus qu’à exercer les droits qu’il avait si longtemps méprisés. Ilortcnse avait d’abord cru à l'illusion d’un homme subitement inoccupé, mais il devint trop évident que le prince l’aimait.

Richelieu reçut un matin un billet trempé de larmes; Hortense lui apprenait qu'elle avait dû résister aux attaques les plus violentes de son mari; il s’était glissé dans sa chambre durant son premier sommeil, et malgré ses efforts pour fuir hors du lit il l’y avait maintenue; il était dans le plus simple appareil, résolu à toutes les victoires; elle s’était défendue de toutes ses forces; au moment où elle sentit que ses forces allaient la trahir, elle

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ne se délivra de lui qu’en le menaçant d’une voix rauque de se briser la tète contre la table de nuit. Kssoufflé et calmé par ces longs assauts, le prince la regarda avec étonnement, comprenant mal cette haine, mais ne l'attribuant encore qu’au dépit d’une femme longtemps négligée; puis il sortit à regret, eu donnant sa retraite comme la meilleure preuve <le sa soumission et de son désir de lui plaire.

Quoiqu’il tint peu à llortouse, Richelieu entra dans une violente colère à l’idée île la partager avec un autre; il lui donna rendezvous, s’ingénia à lui persuader que son mari ne la poursuivait que par amour-propre et par entêtement, lui lit jurer qu’elle n'appartiendrait qu'à lui seul.

Un long temps se passa durant lequel le prince, enflammé et timide, accabla sa femme de scs assiduités et de scs empressements. F.n désespoir de cause, il interrogea scs amis. 11 avait souvent rencontré Richelieu et connaissait sa galante réputation. Il jugea que personne mieux que lui ne saurait l'éclairer. Un soir après une partie de piquet, il prit Richelieu à part, lui expliqua tout ou long l'affaire, que le duc écouta le plus gravement du monde, et finit par lui demander avec candeur si la seule façon d'expliquer les résistances de la princesse n'était pas de lui supposer un autre amour. Richelieu feignit de se recueillir quelques secondes et dit au mari qu’il avait beau chercher, qu’il ne se nippe-

lait pas le plus petit indice, mais que les femmes sont étrangement capricieuses, et que ce qu’il avait de mieux à faire, c’était de ne pas l’importuner davantage.

Les semaines passaient. Le prince devint irritable et jaloux; il condamna sa porte, fit surveiller sa femme. Richelieu pénétra un jour dans l’hôtel; il craignait de ne pouvoir s’entretenir librement avec Hortense et dans une lettre qu’il lui apportait il avait exprimé tout ce qu’il voulait lui dire. Elle décacheta le papier devant lui, foute pâle, tremblant au moindre bruit. Soudain le prince entra. Elle voulut cacher la lettre. Son mari lui saisit la main.

— Ce papier est donc bien important, articula-t-il en essayant de rire, pour que vous le dissimuliez avec tant de soin.

La princesse s’engagea dans des phrases confuses, la main crispée sur l’épître. Le prince Létroignait avec une douceur apparente et. tâchait de s’en emparer. Richelieu intervint.

— Cette lettre, dit-il avec désinvolture, contient des choses qui vous sont indifférentes, et dont je ne voulais faire part qu’à Madame.

Il y eut un silence. Le prince hésita, puis, ayant murmuré d’une voix brève qu’il le dispensait de communiquer à sa femme des secrets qu’il ne pouvait savoir, il disparut comme une ombre.

Le soir, à l’Opéra, il entraîna Richelieu dans un coin, lui reprocha avec gravité et

tristesse d’avoir trahi sa confiance, d’avoir abusé de son rôle de conciliateur pour séduire une femme innocente. Ils se battirent le lendemain au petit jour. Richelieu fut atteint d’un coup qui lui glissa le long de la poitrine et le laissa pour mort dans son sang.

Mais la blessure était légère. En quelques jours elle se cicatrisa. Pour éviter de rendre public son duel et de se faire embastiller, il sortit comme si de rien n’était. Dans le salon de la maréchale de Villars, où il se rendit d’abord, il vit des mines tristes. On lui apprit, sans qu'il changeât de visage, que la princesse venait de mourir subitement. On attribua sa mort à une maladie de cœur. Une femme de chambre prétendit lui avoir vu prendre une drogue dans du jus d’orange. Un examen hâtif du corps ne révéla pas de poison. On ne sut jamais si elle avait été enlevée par la maladie ou le désespoir.

Grandes daines, bourgeoises, servantes, Richelieu embrouille dès lors l’écheveau de ses intrigues. Une étonnante complexion lui permet de les mener à leur terme et de ne décevoir personne. Sa renommée grandit. Il n’est guère de femme qui n’aspire à être déshonorée par lui. Chacune de ses victoires, toujours divulguée, lui facilite la suivante. Persuadé que sa mauvaise réputation est la meilleure de ses armes, il l’entretient avec Soin. Il a coutume d’envoyer le soir son carrosse stationner quelques heures à la porte

d’une clame, pendâlit que renfermé chez lui, il se restaure, se repose. Remis de ses fatigues, il reparaît le teint clair, les ÿètix Brillants. i ’ iii r, ri'.l'M ? < > >U nu U

Vive, vindicative, jalousée Mme de Glicbriant prend rang parmi lès maîtresses’ de cette époque. Une longue suite de lettres nous transmet l’éclio de ses imprécations. L’air léger dé Richelieu la choquait à mourir, mais elle se gardait de rabaudoniïer. Là voiture du' duc attendait fort souvent dans la Cour du Palais-Roval et conduisait à bridé abattue',1 dans un demi-secret, Mme de Guébriant à la folie de Richelieu. Un jour que ïe duc1 avait par goût de changer donné rendezvous à Mme de Sabran, Mme de, Guébriant* qui passe par là, se croit attendue comme, à. l’accoutumée et rejoint le duc qui sans marquer de Surprise, remplit le rôle qu'elle attendait de lui. Arrive Miné dé SàbrâU, furieuse d’avoir attendu en vain le carrosse, soupçonneuse. Oh avertit Richèlieu. Rdb gfé1 mal gré il fait passer Mme de Guébriaiït dàhs la pièce voisine, lui àvoue tout, là niènàçàut cl’üne voix brève de publier toute scs lettres si elle h?y va pas sur le champ eh silence. La rage au cœur, elle obéit; elle enténd ou travers de la porte les paroles, les soupirs des1 amants. Soudain, en proie â une furie croissante, surprenant polir comble des plaisanteries dè Mme de Sabran fort dures pour elle; elle n’y tient plus, pousse la porte, égaré E et

voit Richelieu donner à Mme de Sabran des preuves évidentes de son goût. Richelieu se relève froidement. Dans un torrent d’injures, Mme de Guébriant révèle à son heureuse rivale qu’un quart d’heure auparavant elle a reçu sur ce canapé les mêmes hommages. Les deux femmes pleurent. L’art de Richelieu arrange les choses.

Toute tragique que lui paraisse d’abord l’aventure, Mme de Guébriant ne se détache pas de Richelieu. Elle lui fixe un rendez-vous dans la cour des cuisines du Palais-Royal. Mais, lui gardant rancune, il lui fait porter ce billet, connu aussitôt dans tout Paris :

— « Restez-y et charmez-y les marmitons pour lesquels vous êtes faite. Adieu, mon ange. »

Cette insolence, cette dureté, loin de les rebuter, fascinent les femmes. Mme de Polignac et Mme de Nesle vont jusqu’à s’engager dans un duel dont il est l’enjeu. Mme de Polignac s’était vantée de fixer un désir que si peu de femmes enchaînaient. Elle n’y épargna ni la patience, ni l’amour; elle éprouva pour Richelieu l’une des plus tumultueuses passions qu’il ait inspirées. On l’avertit qu’il la trompe; elle s’informe, découvre Mme de Nesle. Poussée par son goût pour les manifestations pompeuses et romanesques, mais guidée aussi par la violence naturelle de sa passion, elle jette le gant à sa rivale.

On choisit comme lieu lointain de la rencontre le bois de Boulogne (1). Le teint animé, la parole fébrile, toutes deux fort jolies, elles arrivent vêtues en amazones; leurs robes s'accrochent aux branches du taillis; on parvient à une clairière. L’arme choisie était le pistolet. Le soleil se levait, un silence agreste régnait; elles se font une révérence, tirent. Mme de Nesle tombe, avec un léger cri, dans la rosée; un filet de sang coule sur sa poitrine blanche. Mme de Polignac regarde sans pitié se voiler ces yeux qui se sont clos trop souvent sous les lèvres du duc; elle se retire lentement, comme à regret, proférant encore des imprécations. Mme de Nesle, revenue à elle au bout de quelques secondes, étanche son beau sang avec un mouchoir de dentelle. Cette rencontre est longtemps l’objet des entretiens de la cour, d’autant plus que Mme de Nesle, encore étendue sur l’herbe de la clairière, a déclaré :

« J’aurais voulu répandre pour lui un sang encore plus vermeil. »

(1) Je dois à Mm!‘ la princesse Henri de Polignac d’avoir vu dans son château de Saint-Jean une toile de la fin du xviix' représentant ce duel. — R. H.

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i H i , j : i M . CHAPITRE III

i I ( ; i > . l'i ' I ' Çv i i fin ' l 'i I; . ' ! 1 1 1 i ' I ' I ■ ' ' 1 *

Ae Régent.' — Richelieu séduit Mlle de Charolais. — Les çqupers étranges du comte de Gacé. — Duel. — Deuxième séjour à la Bastille. — Rivalité de 1 MU è dë Char (Mai S et de Mlle de Valois. — Com- , ment Richelieu posséda Mlle de Valois ou la duègne abpsée, — Mésaventure nocturne d’une prin- ‘ cesse ou le roturier puni. — La Conspiration d’Alberûiu. 1 — - Richelieu est embastillé pour la troisième fois. — Sacrifice héroïque de Mlle de Valois. — Sa récompense, -r- Richelieu déguisé en porteur de libelles. Plaisante confiance d’un • mari. —a RicÂëTiëiV entre à l’Académie.

Louis XIY n'aimait pas son neveu, le duc d’Orléans. Le roi, au déclin de sa vie, ne se plaisait plus qu’à de longs et mélancoliques entretiens avec Mme de Maintenon, qui l'entourait de douceur et de prêtres. Philippe d’Orléans menait la vie la plus franchement dissolue, sans garder à ses aventures la majestueuse dignité dont Louis XIY entourait les siennes au temps de sa jeunesse.

Dès la lin de son enfance, le duc d’Orléans était tombé aux mains de l'abbé Dubois, qui lui inspira le goût du plaisir et du change-

n/ient dans le plaisir. A peine adolescent, Phi' lippe avait l'ait un enfant à la fille de sa concierge, au grand scandale de toute la cour; la fille avait quinze ans. On la trouvait trop jeune. Il passa à la Grandval, une comédienne qui en avait cinquante. Il épousa plus tard Mlle de Blois, fille légitimée du Roi et de Mme de Montespan, mais ce mariage ne réussit pas à le fixer, et il courut pendant des années au su et au vu de toute la ville, depuis les grandes dames jusqu’aux comédiennes et aux filles.

Entre tant, il se lança dans une aventure politique qui augmenta encore la colère du Roi. Philippe V, petit-fils de Louis XIV, chancelait sur son trône d’Espagne; le duc d’Orléans, envo3ré à son secours, lui reprit Valence, et successivement réussit à soumettre Saragosse, Tortose et Lérida surnommée la pucclle car aucun général n’avait pu la réduire. Malgré ses succès, la situation de Philippe V demeurait critique; les grands d’Espagne lui murmurèrent à l’oreille que la haine de l’Europe contre Louis XIV était la cause principale de la guerre, et que cette cause disparaîtrait s’il montait sur un trône que le Roi ne couvrirait plus de son ombre; on lui persuada que c’était le vœu des Espagnols, et que par ailleurs ce serait toujours rendre service à la France que de conserver cette couronne à un Bourbon. Mais Phjlippe était surveillé par la princesse des Ursins, qui intercepta des correspondan-

ces, el le Roi connut tout. On songea à la mort, à la prison perpétuelle. Mme d'Orléans courut se jeter aux pieds du Roi. Pontchartrain fit valoir au souverain que tout prince aurait agi de même et qu’il valait mieux jeter le voile sur cette faiblesse. Le Roi, qui n’était pas sanguinaire, y consentit; mais il en garda une longue amertume dans son cœur. Les comparses furent châtiés.

Le duc d’Orléans avait une fille en âge d’être mariée; après bien de la diplomatie, elle épousa le duc de Eerri, petit-fils de Louis XIV. Le duc n’avait que vingt-trois ans. Des bruits étranges se mirent à courir. Souvent, racontait-on, des soupers à quatre avaient lieu au Palais Royal, qu’habitait Philippe. Ils réunissaient les ducs d’Orléans et de Berri, la duchesse de Berri et Mlle de Vienne qui les servait. Ils buvaient beaucoup, éteignaient les lumières, et se livraient tous ensemble à des divertissements peu convenables pour des pères et pour des maris.

Louis XIV fronçait les sourcils. Il intervint quand une imprudence de la duchesse de Berri rendit le scandale public. Sa mère, Mme d’Orléans, possédait de splendides bijoux qu’elle enviait et qui lui étaient toujours refusés. Elle sut convaincre Philippe, et celui-ci, dans une scène de menaces, exigea de sa femme qu’elle lui remit les brillants, dont il para sa fille. La duchesse de Berri les porta ostensiblement. Le Roi, déjà malade, la fit

appeler dans son cabinet et lui reprocha ses débauches.

Peu de temps après, Louis Xiy mourut.

Tous les Français qui avaient vécu dans le silence et dans la crainte manifestèrent une joie débordante.

— J’ai toujours ouï-dire, disait-il à Mme de Maintenon la nuit de son agonie, qu’il était difficile de se résoudre à la mort; pour moi, qui suis sur le point de voir ce moment si redoutable aux hommes, je ne trouve pas que cette résolution soit si pénible à prendre.

— Mais elle est difficile,' interrompit Mme de Maintenon, quand on a de l’attachement aux créatures, quand on a de la haine dans le cœur et des restitutions à faire.

— Ah, pour des restitutions, soupira le souverain, je n’en dois à personne comme particulier, mais pour celles que je dois au royaume, j’espère en la miséricorde de Dieu.

Le royaume se montra moins généreux.

Depuis le faubourg Saint-Denis jusqu’à l’abbaye, on organisa des bals et des fanfares; on se distribua des oignons, et chacun disait en éclatant de rire qu’ils étaient nécessaires pour tirer des larmes.

Le Roi avait bien assuré au duc d’Orléans qu’il lui conservait tous les droits assurés par sa naissance, mais il avait laissé par son testament les principales prérogatives de la Régence à son fils légitimé le duc du Maine. Avec l’aide des grands seigneurs, à qui il pro-

mettait des avantages, et des jansénistes, qu'il sut flatter, le duc d’Orléans engagea la lutte.

Le Parlement, heureux d’anéantir la volonté d'un Roi qui l’avait si souvent malmené, désireux de retrouver l’usage de son droit de remontrance, était tout disposé à casser le testament. Le duc d’Orléans pénétra avec une grande solennité dans la salle des séances. Là se trouvaient le duc de Bourbon, le comte de Charolais, le prince de Conti, le duc du Maine, le comte de Toulouse et vingt-neuf pairs. A peine avait-il gagné sa place que le premier président déclara que « sa compagnie lui avait ordonné de l’assurer qu’elle irait au devant de tout ce qui pourrait lui prouver le profond respect qu’elle avait pour lui ».

Après beaucoup de flatteries à l’adresse du duc, il fallut bien en venir au testament sept fois cacheté, que Philippe ouvrit dans un grand silence, sachant qu’il contenait son exclusion du pouvoir et des honneurs. Le duc dit avec un grand sang-froid qu’il était surpris de voir le Roi l’écarter d’un poste dû à sa naissance, et demanda à la cour d'opiner. On délibéra et on déclara au bout de quelques secondes que la vraie volonté du Roi était qu’il fût Régent. Le duc du Maine penaud rentra chez lui, où sa femme furieuse le souffleta.

Le duc d’Orléans avait de grands dons, mais il les connaissait et n’en usait pas. Il était courageux et pouvait gagner des batailles. Son intelligence était vive et son sens des

affaires justes, mais tout était gâté par le. goût du plaisir qui lui restait nature! et que l'abbé Dubois avait développé. Il traînait de débau ehe en débauche une curiosité vite lasse, jamais repue. Il ne gardait aucune illusion sur les hommes dont il faisait ses intimes, mais leur compagnie le divertissait. Il les nommait ses roués. Ceux de ses commensaux qui recevaient cette épithète l’expliquaient en disant qu’ils se seraient fait rouer pour lui, mais le duc affirmait qu’il entendait simplement par là qu’ils étaient dignes du supplice de la roue.

Au rang des roués la cour comptait le comte de Nocé, que Philippe appelait mon beaufrère, car il couchait aussi avec Mme de Parahère, maîtresse en titre du Régent; le marquis de la Fare; le chevalier de Simiane, célèbre par ses capacités de buveur; Fargy; le duc de Brancas et le marquis de Brpglie, dont la soif de jouissance ne se contentait pas toujours des plaisirs naturels.

La galanterie qui n’avait cessé de régner à la cour de Louis XIV se transforma en libertinage. Les hommes n’ont pour souci que d’augmenter la liste de leurs maîtresses; les femmes s’enlèvent à grand bruit leurs amants, et le mensonge supplée à l’insuccès. Les maris qui ne pourraient sans se couvrir de ridicule s’opposer aux caprices de leurs femmes, vivent de leur côté. Les époux logent ensemble et ne se voient point. On ne les aperçoit ni dans la même voiture ni dans le même

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