‹ La vie du serviteur de Dieu Louis Maulbon d'ArbaumontChapitre 15 sur 33 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les Religieux Victimes du Sacré-Cœur, depuis

la profession du P. Jean, 1850,

jusqu'à la mort du dernier religieux, 18J5.

I. — Causes d'insuccès. — II. Frère Etienne. — III. L'abbé X... — IV. M. Révertégat. — V. Le comte du Plessis de Grénedan, P. Joseph. — VI. M. Barret, P. André. — VII. M. Estay, P. Paul.

Fjous l'avons vu, le P. Jean, brisant SJlX'avec le monde, avec son avenir, sa ^ju3£lr>famille, son évêque, au prix des luttes les plus douloureuses, n'avait eu qu'une pensée, qu'un désir, qu'un but : former un ordre de religieux Victimes, qui s'immoleraient, comme lui, pour fléchir la colère de Dieu par la pénitence, tout en travaillant dans la vie active à la conversion des pécheurs. Par une sainte folie, il avait d'abord commencé seul, remplissant dans son entier son héroïque programme, pensant que d'autres, touchés de ce sublime exemple, ne tarderaient pas à se joindre à lui. O profondeur des desseins de Dieu! ce projet ne devait pas s'accomplir. Que lui manquait-il donc ? Le P. Jean avait une sainteté incontestable , sa prudence était extrême , trop grande peut-être quelquefois, son choix de sujets trop scrupuleux. On a accusé l'excessive sévérité de son genre de vie, ceux qui l'ont dit ne le connaissaient que de loin, car, nous tous qui l'avons fréquenté si longtemps, nous

avons pu juger de sa tendresse et de ses soins pour ses religieux. Très-austère pour lui-même, sa discrétion ne demandait aux autres que ce qu'ils pouvaient, ou, plutôt, il attendait leur initiative. On se levait bien à minuit pour le saint office, le maigre était perpétuel ; mais combien d'ordres religieux ont ces mêmes pratiques ? D'ailleurs, comme ce n'était que des points de règle, il en dispensait facilement à la moindre fatigue et, par suite des circonstances douloureuses qu'il traversa, l'exception devint bientôt la règle, comme nous le verrons.

Si l'insuccès est venu de causes naturelles, il faut les chercher ailleurs. Qu'on nous pardonne la liberté de nos appréciations, mais nous avons pour nous la propre doctrine du vénérable Père. Il ne concevait pas qu'on écrivît la vie des saints, sous forme de panégyriques à outrance. Il aimait qu'on montrât leur côté humain, les luttes de la grâce contre la nature, lors même que la nature avait par moments le dessus ; ces défectuosités l'encourageaient, en faisant voir que, malgré leurs défauts de caractère, de tempéraments, ils avaient pu se sanctifier, tandis que les saints complets, s'il y en a eu, lui paraissaient décourageants. Son projet avait d'abord contre lui ce fait que les hommes acceptent bien moins facilement les bonnes idées que les femmes, comme le lui disait Msr Mazenod. Les âmes les plus dévouées se portent plus facilement vers les Ordres déjà existants, qui, ayant fait leurs preuves, ont une existence canonique et historique; et encore ces vocations sont-elles relativement peu nombreuses et pleines de défections dans notre malheureux siècle de sensualisme. C'étaient là des causes intrinsèques d'insuccès. Le Père y ajoutait un manque d'initiative,

il se le reproche lui-même dans maints endroits de ses écrits : sachant, par son expérience, l'instabilité des vocations à notre époque, il hésitait beaucoup à les provoquer. Il n'était pas du tout hardi, entreprenant et peut-être faut-il l'être dans ce siècle de réclame. S'il était plein de courage, s'il ne balançait pas pour se compromettre lui-même, il appréhendait de compromettre les autres. Peut-être aurait-il bien fait de se renfermer pendant quelques années avec ses premiers religieux pour les former selon son esprit à leur nouvelle vie, avant de les lancer dans le ministère des missions. S. Ignace, il est vrai, lui avait donné l'exemple, car, ses premiers compagnons se formèrent sur toutes les grandes routes de l'univers. Mais c'étaient des hommes exceptionnels, qui venaient exactement à leur moment, alors que les moines et les mendiants s'étaient décriés euxmêmes par leur relâchement et leurs innombrables apostasies dans les pays protestants. Ce n'était pas le cas de notre époque. Et, quand, par exception, ses premiers religieux se trouvèrent réunis, alors apparut le défaut de nature , le seul que nous, ses amis, ayons remarqué dans ce bon P. Jean : il était d'une lenteur désespérante , par suite souvent en retard et ne pouvait plus se rattraper. Cependant, toutes ces raisons intrinsèques, compensées par de si grands dons, ne suffisent pas à expliquer sa nonréussite. La vraie raison, et l'avenir seul pouvait le démontrer, c'est que Dieu, dans sa sagesse, n'a pas jugé à propos de faire réussir le projet. Lui seul pourrait en dire la raison, il est inutile de sonder les desseins de Dieu.

D'ailleurs, est-il bien certain que le projet soit mort à jamais? Qui sait si quelques âmes gêné-

reuses ne le ressusciteront pas? Il répond certainement au grand besoin de notre siècle, l'expiation. Les révolutions, quelque longues qu'elles soient, ne durent pas toujours ; après tant de crimes l'expiation sera plus nécessaire que jamais : elle a peut-être manqué après les orgies sanguinaires de 93, Dieu seul connaît ses propres décrets ; mais il n'est pas absurde de prévoir la possibilité du rétablissement des religieux Victimes.

Le P. Jean n'ignorait pas l'avenir de sa fondation, et alors son courage à commencer une œuvre, qu'il savait mort-née, n'en serait que plus admirable. Prêchant une de ses missions, lisons-nous dans les chroniques des Victimes sans indication d'année, une servante de Dieu lui prédit toutes les épreuves qu'il aurait à subir : comment peu à peu Dieu lui enlèverait tous ses religieux et le réduirait à un tel état, qu'il serait contraint de se laisser soigner par deux vieilles femmes; elle lui prédit aussi ses longues et cruelles infirmités et l'isolement complet où il serait au moment de sa mort. Si ce fait est exact et les religieuses n'ont pu l'écrire que sur le dire de leur Père, sa vocation de Victime s'est accomplie selon ses désirs, comme celle de son divin Maître, jusqu'à la mort et la mort sur- la croix.

II. — Dès sa mission de Tarascon, en 1851, il avait trouvé un excellent prêtre ; mais, pour le moment, différentes circonstances retardèrent son admission. Il est difficile de rompre tout d'un coup avec sa famille, surtout quand on en est le soutien, bien plus difficile de rompre avec son évêque, quand il vous regarde comme un très-bon sujet. Plusieurs

espérances surgirent de ses prédications, mais aucune n'arriva jusqu'à l'exécution.

En attendant qu'il se présentât quelque Père, on décida de recevoir un frère lai qui soignerait la sacristie, servirait à l'autel, tiendrait compagnie au vénérable Père et garderait la maison pendant ses absences. M. l'abbé Révertégat, son pénitent, lui présenta un brave homme d'Aubagne, Pierre Long, à qui le Père donna le nom de Frère Etienne de l'Annonciation. C'était en effet un brave homme, d'une nature angélique, pieux, fidèle, mais d'une simplicité extrême. Que cet homme le fit souffrir! Quelle héroïque patience pour vivre en tête à tête pendant tant d'années avec ce pauvre garçon, qui savait autant de français que le P. Jean savait de provençal. Il l'avait surnommé plaisamment le frère patois et nous ne l'appelions que de ce nom. Quand nous sonnions à la porte, nous avions le temps de prendre patience, car, quelle lenteur malgré l'intempérie des saisons ! et aussi pour lui faire comprendre ce que nous demandions, quoique nous, provençaux, nous pussions lui parler dans sa langue! Voilà le compagnon que se donna le P. Jean, lui si homme du monde, lui si bien élevé, si instruit. Il commença par le perdre bientôt. Frère Etienne se crut appelé amener une vie érémitique dans lagrotte de S. Paul. Il avait lu son histoire dans la vie des Pères du désert, il s'imagina qu'il trouverait cette grotte et rien ne put lui enlever cette idée. Le vénérable supérieur lui avait donné un habit semblable au sien, avec le scapulaire plus court et la tête rasée sans couronne. Tant que le Père fut là, par des conseils moitié français, moitié patois, il put le retenir, sans le convaincre. Mais , profitant de son

absence, le 5 juillet 1854, Frère Etienne partit sans prévenir personne , laissant seulement un billet qu'on ne put jamais déchiffrer, et sans argent, sans provisions, n'emportant que sa discipline pour tout viatique, il prit la route de Toulon, n'en connaissant point d'autres, parce qu'elle traversait Aubagne son pays. Pauvre Frère, il allait le payer bien cher. Le lendemain, continuant son chemin, les gendarmes l'arrêtèrent et lui demandèrent ses papiers. Il ne sut que répondre, il n'avait point de papiers, savait-il seulement ce que c'était? De ce temps-là, il n'était pas rare que des malfaiteurs se déguisassent en prêtres, en religieux, et même en religieuses. Les gendarmes le saisissent, lui mettent les menottes ; le voilà, entrant solennellement à Toulon, où on le met en prison, pour vagabondage, après l'avoir dépouillé de son habit religieux.

Cependant, la Mère Prieure, ne voyant que ce billet qu'elle ne put jamais lire et connaissant la simplicité du bon Frère, était dans une grande inquiétude. De quel côté avait-il cherché la grotte de S. Paul ? Comment le retrouver ? Une lettre calma bientôt ses anxiétés : le pauvre Frère, lui faisant connaître sa position, lui demandait humblement pardon de sa faute. Le Père, alors à Espiens, et mis au courant de tout, le réclama aussitôt auprès des autorités compétentes, et il revint le 16 juillet, après onze jours de disgrâce qui lui servirent longtemps de leçon. Neuf années se passèrent ainsi ; le Frère avait certaines qualités, il servait très-bien à l'autel, soignait très-bien la chapelle, était fort édifiant, cultivait bien le jardin, c'était sa passion, mais son aventure ne l'avait pas rendu plus intelligent. Il partit encore le 29 janvier 1863, cette

fois pour son pays et ne revint plus. Il mourut en juin 1879, on dit que sa mort fut des plus édifiantes.

III. — Dans le même mois de cette année 1853, un jeune ecclésiastique, entra dans la société des Victimes. Mais, au beau jour du Sacré-Cœur, 18 juin, il eut une violente attaque d'épilepsie. Les lois de l'Église sont expresses, il ne pouvait être admis aux saints Ordres, ni faire sa profession, il fallut le congédier. Tout ce qui resta de son séjour, c'est que le Père, ayant commencé de réciter avec lui ses Matines, à minuit, en conserva l'usage jusqu'au moment où, vaincu par la maladie, il cessa de les dire à cette heure. Ce départ fut d'ailleurs une grande grâce de Dieu qui le délivra d'un triste sujet, comme le fit voir la suite de sa vie vagabonde.

IV. — L'abbé Révertégat, qui avait fait entrer le Frère Etienne, demanda plus tard sa propre admission. C'était un bon et digne prêtre, estimé de tous ses confrères et de ses supérieurs pour son zèle et sa grande sainteté ; mais d'un caractère très-indécis, très-hésitant. Il fut longtemps à prendre son parti. Enfin, le 14 juillet, il donna sa démission de vicaire et entra chez les Victimes avec l'autorisation -de y[ëT de Mazenod. Ses doutes et ses anxiétés redoublèrent; cependant, s'étant un peu calmé, il prit le saint habit de la Religion, le 15 août 1853. A dater de ce moment, il n'eut plus de repos. Sa mère, ne pouvant se résoudre à ce sacrifice, quoiqu'elle eût encore quatre enfants, faisait des scènes de désolation, elle passait ses journées à pleurer à la porte du couvent. L'abbé Révertégat ne put y résister, son âme n'était pas assez fortement trempée pour cette

lutte et d'un commun consentement, il se sépara du bon Père, conservant à jamais les meilleures relations avec lui. Msr l'Evêque le nomma vicaire à la Belle-de-Mai, après s'être assuré, avec sa délicatesse accoutumée, que sa présence si rapprochée ne serait pas désagréable au P. Jean. Il est impossible de dire quel bien il fit dans cette paroisse, par son zèle et son esprit de pauvreté. Fondateur d'une œuvre de jeunesse très-florissante, elle mourut à son départ, quand l'évêché, déterminé par ses grandes vertus, le nomma à un vicariat de confiance pour suppléer un curé devenu trop âgé et qui ne pouvait plus faire du bien. Plus tard, il fut curé de Saint-Pierrelès-Marseille et sa pauvre mère, qui n'avait pu supporter sa séparation, eut la douleur de lui survivie ; Dieu l'appela à lui dans la force de l'âge. Grande leçon pour les familles qui marchandent leurs enfants au bon Dieu!

V. — Une vocation plus héroïque fut celle du P. Joseph. Dieu destinait ce nouveau religieux à être la consolation et la joie du P. Jean pendait seize années. Le 15 novembre 1855, venant de prêcher sa seconde retraite aux religieuses de Saint- Charles, d'Arles, arriva au monastère, M. l'abbé du Plessis, alors âgé de 25 ans. Son histoire est trop extraordinaire, pour ne pas nous y arrêter un moment. Le comte du Plessis de Grénedant, petit-fils du dernier président des États de Bretagne, fils d'un député ultra- royaliste de la Restauration, appartenait à la branche aînée d'une des plus anciennes familles bretonnes, alliée à tous les grands noms, entr'autres au général comte Espivent de la Villeboisnet, qui commanda le 15e corps d'armée à Mar-

seille, après la Révolution de 1870. Pour les gens de bon sens, habitués à deviner les caractères, le comte du Plessis annonça dès son enfance l'énergie de son âme de breton et la grande bonté de son cœur. Pour le vulgaire, c'était un lutin, un espiègle, un diable, comme on n'en vit jamais. Que de peines il donna à ses maîtres, que de soucis à sa mère, femme forte, énergique, remarquable, plus tard restée veuve avec un grand nombre d'enfants à élever ! A trois ans, elle le mit à une petite école pour laisser à sa maison quelques heures de repos; le maître fut obligé de l'enfermer seul dans une chambre, la classe était impossible avec lui, il grimpait partout, touchait à tout, dérangeait tout le monde ; il était aussi bon qu'espiègle, mais son magister ne savait pas le comprendre. Si Dieu le préserva de tout accident, ce fut un vrai miracle, Car un jour il avalait une balle en plomb, un autre jour du vitriol, à chaque instant c'était quelque chose de nouveau et d'extraordinaire. Quant aux vêtements, impossible de lui en kryrnir ; il les déchirait tous, les salissait, au désespoir de ses bonnes.

A six ans, on lui donna un précepteur, qui ne sut pas mieux deviner son caractère et qui le punissait tout le long du jour. C'était le plus mauvais moyen ; il se raidissait contre les punitions, se moquait de son maître ; sa mère seule en faisait ce qu'elle voulait en le prenant par le cœur, mais cela durait peu et c'était toujours à recommencera Quand je serai grand, disait-il à six ans, je me ferai soldat ; j'aurai un grand sabre et je dirai à ma bonne : Tire-moi mes bottes ou je te coupe la tête avec mon grand sabre. »

Il se prépara cependant avec une grande ferveur

à sa première communion, mais son étourderie l'empêcha de la faire le même jour que les autres. Il y avait une demie-heure de chemin de son château de la Bruyère à la paroisse. En route, quoique entre sa mère et son précepteur, il arracha et mangea de l'herbe. Pareille chose arriva le jour de sa Confirmation, où sa conscience scrupuleuse l'empêcha de communier, sous prétexte qu'il avait mâché du papier pendant la messe, ce qui ne violait pas absolument le jeûne eucharistique. C'était un étourdi complet ; malgré cela, très pieux quand il pouvait se fixer un moment et d'une pureté de mœurs angélique. A la procession de la Confirmation, le curé, qui le connaissait bien, sachant qu'il mettrait le désordre dans les rangs, ne trouva rien de mieux que d'en faire son vicaire et de le placer à côté de lui. René en fut ravi, se conduisit très-bien, et cela dura quelques jours. Malheureusement, le précepteur n'avait rien de ce qu'il fallait pour élever un tel enfant. Très-instruit, il enseignait très-bien ses élèves, mais sévère à l'excès, il ne passait rien à René; le pauvre enfant était toujours au pain sec pour ses méfaits et ceux de ses frères : c'était le bouc-émissaire. Lui s'en moquait, sa mère en était fort inquiète, craignant que cet austère régime ne nuisît à sa délicate complexion. On le mit donc au collège de Rennes où son précepteur l'accompagnait tous les jours, matin et soir, avec ses frères. Hélas ! il s'en fit promptement chasser et pour une bien petite faute. Il avait pris une souris vivante et l'attacha sur la chaire du professeur d'histoire. Ce pion inexorable demanda son expulsion immédiate, aucune promesse de René qui pleura beaucoup , aucune prière de sa mère ne purent le fléchir ; à la

rentrée des classes on essaya d'une nouvelle tentative, René lui disait en sanglotant : « Je serai bien sage, si vous ne voulez pas le faire pour moi, faitesle pour ma mère. » Rien n'y fit, on dut lui donner un maître pour lui seul, cela ne réussit pas mieux. Un jour, il avait pris une clef à son professeur, celuici veut la ravoir et le poursuit ; René plus agile saute sur les tables , le maître essoufflé est obligé d'appeler les domestiques à son secours ; la punition fut impitoyable. Mme du Plessis gémissait de ces excès, elle qui faisait tout ce qu'elle voulait de cet enfant en le prenant par le raisonnement. Qu'on ne croie pas que ce fût une mère faible : elle savait le punir, mais à sa manière. Après son expulsion du collège, elle le conduisait tous les jours à la promenade pendant deux heures, mais sans lui adresser une parole. René n'y tenait plus, essayait de dire quelques mots : « Taisez-vous, monsieur, c'est pour votre santé que nous nous promenons, et non pour votre plaisir. » Et cela dura bien des jours.

Dieu avait permis son expulsion du collège où il se serait peut-être gâté, pour le faire entrer chez les Eudistes. Les premiers mois ne furent pas brillants, mais, en juillet, ayant perdu une sœur de neuf ans, il écrivit à sa mère pour l'assurer qu'à l'avenir il serait sa consolation et il tint parole : « Si je manque à ma parole à partir du 15 juillet, disait-il, regardezmoi comme un homme sans honneur. » Il devint pieux, laborieux, sans perdre son caractère. Un jour, en rhétorique , il composait pour les prix , il était près d'une croisée qui donnait sur le verger. Tout en composant, avec son couteau, il embrochait les abricots et les croquait. Cela ne l'empêcha pas d'avoir le premier prix. A la fin de sa philosophie, à la com-

position en dissertation, impossible de trouver une idée ; le temps allait presque finir quand tout à coup le sujet s'éclaircit dans son esprit ; il griffonne quelques pages que jamais les maîtres ne purent lire. On allait le mettre hors concours quand un de ses professeurs représente qu'il perdrait le prix d'excellence, auquel il avait un droit évident, et on décida de lui faire lire à lui-même son travail devant le jury. Il ne put en venir à bout. Enfin , par ce qu'on put déchiffrer, il fut classé le troisième. Malgré ces mésaventures, il ne perdit le prix d'excellence que d'un point. Son examen du baccalauréat ès-lettres fut enlevé sans difficulté ; alors, surmontant toutes les oppositions qu'on put lui faire, méprisant les espérances que lui donnait le monde, il entra à Issy d'abord, puis à Saint-Sulpice. C'était en 1848. Il s'y fit remarquer par sa vive intelligence, sa piété exemplaire, mais surtout par son amour des pauvres poussé jusqu'à l'excès. Un jour il revint en vacances sur une impériale, au milieu des bagages, ne pouvant payer sa place parce qu'il avait tout donné. Une autre fois, s'étant entièrement dépouillé et n'ayant plus un franc pour payer une chambre à l'hôtel, il allait passer la nuit dans la diligence. L'hôtelier pris de pitié le logea pour rien. Voilà à quoi le réduisait son amour des pauvres.

Ce besoin de donner fut la passion de toute sa vie. Un jour, nous anticiperons sur les années, un de ses confrères, partant pour une mission, s'aperçut qu'il n'y avait pas de mouchoir dans son sac de voyage. La lingère assura les avoir mis, le P. Jean ne sait qui croire ; bientôt on s'aperçut à l'air gêné du P. Joseph qu'il était le coupable. En effet, il avoua tout honteux qu'ayant donné tous ses mouchoirs

aux pauvres, il avait pris ceux de son confrère pour un autre malheureux qui n'en avait point.

En 1853, il éprouva la première atteinte de sa maladie de poitrine et, malgré la douleur qu'il en ressentit, sa famille le rappela à Quimper, où on espérait mieux le soigner, tout en étant au séminaire. Il fut ordonné prêtre en 1855 et, peu après la mort de son père, on l'envoya à Hyères, pensant qu'il y rétablirait sa santé. C'est alors qu'il s'arrêta chez le P. Jean avant ou après sa cure, et les bons soins du Père parurent l'avoir rétabli. En 1857, ^ m^ à Quimper pour la prise d'habit de sa sœur Emilie au couvent du Sacré-Cœur, et retourna promptement au couvent de la Belle-de-Mai, où son cœur l'attirait invinciblement. Depuis son séjour à Issy, il faisait partie de la petite association des Victimes.

Cependant, le prudent P. Jean hésitait beaucoup à l'admettre à cause de sa déplorable santé. Ce bon abbé du Plessis semblait aggraver son état par le plus souverain mépris de tout soin. Dur pour luimême jusqu'à l'exagération, l'obéissance seule pouvait lui imposer des remèdes, et c'était toujours d'une manière insuffisante, tant il était habile à prouver qu'il n'en avait pas besoin. Que de malades sont la croix de leurs communautés par les soins excessifs qu'ils demandent, vrais fléaux qui ne pensent qu'à eux et qui, sous prétexte de santé, s'abandonnent à tout l'égoïsme de leur nature ; mais aussi que d'anxiétés donnent à leurs supérieurs, ces natures plus riches qui ne vivent que par l'esprit et par le cœur, pleines de mépris pour leur propre corps! Chose remarquable ! ces derniers ne meurent pas plus tôt que les autres et souvent plus tard, l'énergie de leur âme décuple les forces qui manquent aux

natures molles et personnelles. L'anxiété du P. Jean était d'autant plus grande que M. Caduc, le vénérable directeur de M. du Plessis à Saint-Sulpice, l'avait prévenu de ce défaut, le seul, disait-il, qu'il eût conservé de l'insouciance de son enfance. « Il est étourdi, imprudent, dans tout ce qui a de rapport à sa santé, vrai braque. Il faudrait un miracle pour nous l'attacher, ajoutait le P. Jean, tant sa poitrine est déplorable, malgré le vif et constant attrait qu'il a pour nous. Voilà un homme à surveiller ; s'il arrivait avant moi, il faut faire attention à ce qu'il soit couvert. Frère Etienne serait capable de faire un lit avec un simple drap, ou d'arranger les couvertures de façon que les pieds sortissent d'un demi-mètre. » Le sage Père refusa de lui donner l'habit pendant quatre ans ; mais, que ne peut pas la ténacité d'un breton ! Nous nous rappelons encore ce bon abbé du Plessis, pendant ces quatres années, revêtu d'une méchante soutane qu'un pauvre eût refusée, la tête toujours nue ; c'est lui qui remplissait les fonctions de portier et nous étions prodigieusement édifiés de la promptitude avec laquelle il venait ouvrir, tandis que le Frère Etienne nous laissait morfondre à la porte ; sa figure décharnée avait un air angélique, ses yeux pétillaient d'esprit, sa bouche souriait toujours. A notre demande : Comment allez-vous? il répondait invariablement: Très-bien, et nous l'aurions cru, si l'extinction de sa voix et sa toux continuelle n'eussent trahi la vérité. Le P. Jean le soignait bien, lui faisait faire gras ; il avait mis un poêle dans sa chambre, agrandie plus tard quand il fut gravement malade, par la réunion de deux cellules. On lui avait donné le nom de P. Joseph des Cinq Plaies, au lieu de Jean des Cinq Plaies qu'il avait dans la

petite association , afin d'éviter toute confusion avec son supérieur. Dieu avait ses desseins, ils déjouèrent les décisions de la sagesse humaine ; car, tandis que les médecins lui avaient donné seulement quatre ans de vie, il vécut près de seize ans encore, survivant pendant huit et treize ans à ses robustes confrères, à qui tout semblait promettre une longue vie.

Il exerça peu le saint ministère, confessant parfois, ayant pu prêcher une fois ou deux seulement dans la petite chapelle des Victimes, mais son repos n'était pas oisif; très-bon théologien, il fit en outre des travaux considérables sur les cérémonies sacrées, pour lesquelles il avait une remarquable aptitude. A l'époque des guerres d'Italie et de 1870, on avait établi des camps dans les terrains vagues de la Bellede-Mai. Quelques soldats attirés par la cloche du couvent furent si bien reçus par le- P. Joseph, qu'ils en attiraient d'autres. Combien il en réconcilia avec le bon Dieu! Son affabilité et ses bonnes manières les ravissaient. Les soldats avaient toujours été l'objet de son amour, c'était dans son sang ; s'il ne se fût pas fait prêtre, il aurait été militaire comme tous ses aïeux. L'un de ses frères, zouave du Pape, était mort glorieusement à Castelfidardo pour la plus noble des causes, l'autre était mort en 1870 pour sa patrie au siège de Paris. Il lui semblait revoir ses frères dans chaque soldat. En somme, sa vie fut une vie de prière, d'immolation et de sacrifice, une vraie vie de Victime du Sacré-Cœur. Peu à peu le cercle se restreignit autour de cette sainte existence. Plusieurs fois on l'avait cru à l'agonie et le P. Jean l'avait administré, il s'en était toujours tiré. C'était quelque chose d'admirable que ces scènes vues de Dieu seul et d'un petit nombre d'amis ; on ne savait ce qu'il y

avait de plus remarquable, ou de la courageuse fermeté du P. Jean ou de la gaieté toujours paisible de ce mourant. A une époque où il semblait plus mal, la marquise du Plessis, sa mère, était accourue du fond de la Bretagne pour le voir encore une fois ; il se remit et vécut plusieurs années. Enfin, il cessa de célébrer exactement la sainte Messe et finit par ne plus la dire du tout ; ce fut sa plus cruelle privation. Il ne récita plus son office, mais nous le trouvions toujours assis ou demi-couché sur son lit, égrenant son gros chapelet passé autour de son cou.

Il mourut enfin le jour de S. Jean, 27 décembre 1875, dans la quarante-sixième année de son âge; laissant encore une fois le P. Jean infirme, tout seul dans son monastère désert, vraie victime immolée dans son cœur, encore plus qu'il ne l'avait été dans sa chair. Nous avons dit qu'une sainte âme lui avait prédit cet isolement qui ne pouvait plus le surprendre tout en le déchirant. M. Payan-d'Augery consacra au P. Joseph une longue notice dans un journal de Marseille (1).

Avec le comte René s'éteignit la branche aînée des du Plessis de Grénedant. Sa dernière sœur, la vicomtesse de Saisy et sa mère la marquise douairière lui survécurent peu. Cette maison ne pouvait finir plus glorieusement : de trois garçons qui semblaient promettre une nombreuse lignée, l'un, avons nous dit, était mort pour l'Église, le second pour son pays, le troisième mourait en Victime pour le salut des âmes.

(l) La Semaine Liturgique allait publier une autre notice nécrologique ; le P. Jean, prévenu à temps par le directeur lui-même de cette Revue, demanda à la rédaction de n'en rien faire, sous ce prétexte que le P. Joseph s'y serait opposé, s'il avait pu être consulté.

VI. — Nous avons anticipé sur les dates, afin de raconter d'un seul trait la vie du P. Joseph. Il vivait encore, lorsque vint au couvent des Victimes le cinquième sujet qui se présentait depuis la fondation, le second qui devait y vivre et y mourir en si peu d'années. Jean Barret, né le 7 décembre 1834, était élève au petit-séminaire de Beaucaire, quand le P. Jean y prêcha la retraite en 1851 . Séduit par l'attrait que le prédicateur répandait partout autour de lui, il demanda son admission avec les plus vives instances. Le Père le trouva trop jeune et l'ajourna. Il le revit depuis pendant la troisième retraite à Arles, puis pendant celle de Saint-Chamas en 1856, sa résolution parut fort ébranlée. « J'ai vu Barret, écrivait le P. Jean, toujours fort bon. Comme on m'a grondé de tout côté de laisser dormir nos anciens projets ; je lui ai parlé dans ce sens. 11 a toujours regretté l'abandon de sa première idée de nous venir. Je l'ai engagé à y réfléchir. Certes, je n'ai guère eu d'éloquence pour l'attirer et ne suis pas sorti de ma raison. Comme il est froid de son côté, vous pouvez vous figurer le calme de notre conversation. Si cela s'arrangeait, on ne pourrait nous accuser d'enthousiasme. J'ai fait cette démarche pour ne pas contrarier les volontés de Dieu, auxquelles je m'abandonne entièrement. Un autre aurait exhorté, démontré la vocation; je me suis borné à lui dire : Soyez sage et Dieu arrangera tout. » En effet, M. Barret acheva son séminaire et fut ordonné prêtre. Tout semblait donc fini ; mais c'était une nature calme, réfléchie, qui ne faisait rien par enthousiasme, et d'ailleurs ses parents, comme tous les gens du peuple, faisaient les plus fortes oppositions. Le P. Jean les gagna par sa grande générosité, remboursa les frais du sémi-

naire, les indemnisa de leurs sacrifices et l'abbé Barret entra définitivement au couvent le 22 juin 1859, le lendemain de son ordination, huit ans après ses premières ouvertures au séminaire de Beaucaire. C'était une vocation lentement mûrie. L'opposition de M§r Chalandon avait été très-vive ; il se séparait avec peine d'un si excellent sujet, et d'ailleurs ce nouvel ordre non encore formé ne lui inspirait pas une grande confiance. Mais, ayant fait la connaissance du P. Jean pendant une de ses retraites d'Aix, il fut séduit, comme tout le monde, par son jugement exquis, ses grandes manières, son air de sainteté, et il donna son consentement avec une ample bénédiction. L'abbé Barret prit le saint habit le 21 septembre 1859, et s'appela le P. André des Sept- Douleurs. C'était un magnifique jeune homme , grand, bien fait, blond, à la figure angélique, d'une douceur qui lui gagnait tous les cœurs. La communauté des Victimes se composait alors de quatre religieux : le P. Jean, le P. Joseph, le P. André et le fameux Frère Etienne.

Le P. André annonçait des dispositions pour la chaire ; mais le P.Jean, le trouvant trop jeune pour le lancer dans les missions, le garda pendant deux ans qu'il employa à le former par l'étude à son futur ministère. Il débuta dans sa carrière de missionnaire en prêchant les trois dernières semaines de carême à Saint-Louis, gros village de 3,000 âmes, aux portes de Marseille, où il y a de braves gens, comme partout, mais bien peu comme dans tous les pays qui bordent les grandes routes. « Il a débuté sur une terre assez ingrate, disait le vénéré Père; il y a eu assez de consolations pour être encouragé et pas assez de succès extérieurs pour être enivré ; c'est

pour le mieux. » Pourtant les notes que nous avons sous les yeux ajoutent que, hommes et femmes, en retard depuis bien des années, s'adressèrent à lui et firent leur paix avec Dieu. Dans une autre lettre de septembre 1860, nous lisons : « Mon jeune P. André prêchera très-bien ; je ne le lui- dis pas, le diable apprend assez ces choses, pauvres gens que nous sommes. »

Ses seconds sermons furent pour la chapelle des Victimes, pendant les trois jours de l'adoration perpétuelle, en 1861. Sa parole douce, onctueuse et pathétique, disent les notes, fut fort goûtée. A ce moment la société se composait d'un Père de plus, le P. Paul, et d'un autre convers, le F. Laurent, en tout six religieux. Pour la première fois, on les vit tous ensemble entourant l'autel en cette fête de l'adoration. Le P. Jean, avec son air si vénérable, ses trois Pères, tous de taille égale, c'est-à-dire trèsgrands comme leur Prieur , les deux Frères plus petits. Le public qui remplissait la chapelle les contemplait avec admiration, tant ils étaient recueillis, faisant les cérémonies avec une inconcevable majesté. C'était l'heure du Thabor pour cette œuvre des Victimes ; cette heure ne devait pas plus durer que celle du Thabor. Mais, ainsi que le disait le P. Jean avant même d'avoir vu la douloureuse fin de son projet, « Dieu n'a pas besoin de la durée de ses œuvres, il lui suffit qu'elles aient existé. Ce qui est certain aussi, c'est que Dieu fait tout pour sa gloire et pour notre bien. »

En cette même année, le P. André prêcha à l'occasion de l'adoration perpétuelle de la paroisse Saint-Charles, à la Belle-de-Mai, et à celle de Saint- Julien, petite paroisse de 1,500 âmes, à six kilo-

mètres de Marseille. Sa parole fut fort appréciée et son supérieur jugea qu'il pouvait lui confier des prédications plus importantes. 11 prêcha les deux retraites d'Eyguières, petite ville de 2,600 habitants, dans le diocèse d'Aix et de Mallemort dans le même diocèse, au bord de la Durance. Longtemps après, on se souvenait encore des fruits abondants de salut qu'il y avait produits.

Le pensionnat des Frères de Marseille, avec ses six cents élèves, l'entendit pendant sa retraite du mois d'octobre. Il se formait ainsi peu à peu à tous les genres du ministère. En novembre, il prêcha la retraite des conférences de Saint-Vincent-de-Paul à Marignane, diocèse d'Aix; celle de la congrégation des Filles d'Auriol, diocèse de Marseille, et peu après à l'adoration perpétuelle dans cette même petite ville de 3,500 habitants. A mesure que ses succès devenaient plus grands, ses prédications se multiplièrent, d'autant plus que les infirmités de son supérieur ne permettaient plus à celui-ci de sortir de Marseille. Omettant les années précédentes, nous le trouvons, pendant le mois de janvier en 1865, prêchant pour l'adoration perpétuelle dans la grande et belle paroisse de Saint-Vincent-de-Paul. Le second jour de cet exercice, au moment où- il partait, il se fit une cruelle blessure à la main, et, à peine pansé, malgré une douleur très-vive, il monta en chaire à son ordinaire. Une mission à Orgon, petite ville de 2,800 âmes, dans le diocèse d'Aix, lui donna la consolation de voir cent trente hommes à la sainte Table. La retraite de Fuveau, et le Jubilé de Bouc-d'Albertas, dans le même diocèse, lui donnèrent les mêmes joies.

Une circonstance amenée par les desseins de

2ÔI —

la Providence prouve bien la grande âme du P. André et la solidité de sa vocation si mûrement déterminée, mais désormais irrévocablement fixée. L'archevêque d'Aix, M?r Chalandon, considérant d'une part l'incertitude de cette œuvre des Victimes et sachant d'autre part quel excellent sujet il perdait en ce zélé P. André, l'apôtre de son diocèse, lui offrit un poste avantageux. Le P. Jean , avec son immense générosité, se chargea de plaider la cause de l'archevêque ; ses arguments semblaient sans réplique possible : le P. Paul était mort prématurément , le P. Joseph, toujours mourant, ne pouvait se promettre de longs jours, le Frère Laurent avait depuis longtemps abandonné sa vocation ainsi que le Frère Etienne; enfin lui, P. Jean, usé, accablé d'infirmités ne pouvait se promettre un long avenir. Le P. André resterait donc bientôt tout seul. Il n'y avait rien à répondre, c'était la triste réalité ; il fallait donc accepter l'offre si bienveillante de l'archevêque, alors que la jeunesse du religieux lui promettait une brillante carrière dans l'Eglise. Le P. André lui répondit que rien au monde ne pourrait lui faire abandonner sa vocation si lentement choisie. Si le dernier survivant devait rester seul, tant valait que ce fut lui plutôt que son vénérable Père. D'ailleurs, ils étaient encore trois, ce n'était donc pas le moment de hâter la ruine du projet par sa défection. On ne sait qu'admirer le plus dans cette lutte héroïque, de la générosité du Père ou de celle du fils ; c'est le fils qui devait bientôt et le premier recevoir la couronne de la victoire, en succombant littéralement les armes à la main.

Le P. André continua donc ses prédications au dehors, et Dieu de son côté continua à bénir ses

travaux apostoliques. En 1866, il prêcha le carême à Agde avec un succès dont nous verrons trop tôt les suites admirables. Il en revint par mer le mardi de Pâques, 3 avril, et partit tout de suite pour une retraite à Maussane, diocèse d'Aix. « Les courses de taureaux lui ont fait une rude concurrence, écrivait le P. Jean dans ses notes ; il a réussi néanmoins et un bon nombre d'hommes se sont approchés de la sainte Table ».

Au mois d'octobre, il prêcha une retraite au séminaire d'Aix où il avait passé les dernières années de sa jeunesse : le soir de son retour 21 octobre, il commençait la retraite des filles de la paroisse de Saint- Martin de Marseille. Revenant à son monastère, un soir de ses prédications, « Dieu, dit le P. Jean, lui envoya une étrenne de Victime. » Il reçut un violent coup d'une de ces énormes barres de charretier, dites tavelles. Nous ne savons si ce fut un pur accident ou la méchanceté du charretier ; dans tous les cas, ce fut une vengeance du diable pour le grand succès qu'il avait eu. Au mois de novembre, à l'occasion d'une retraite prêchée à la congrégation d'Aubagneprès Marseille, M. Blancard, vicaire-général, disait: « Le P. André, malgré sa jeunesse, a prêché avec l'expérience d'un homme de 40 ans. » Revenu le 18 dans la journée, il commença dès le soir même la retraite des filles de Saint-Laurent, paroisse située dans les vieux quartiers de Marseille. Enfin, il termina cette année 1866 par une retraite à Saint- Marcel-lès-Marseille. Il semblait que ce bon ouvrier de Jésus-Christ se hâtait comme s'il eût aperçu le déclin de sa vie ; sa nuit en effet était proche.

Aux premiers jours de mars 1867, le P. André alla prêcher le carême à Marseillan dans l'Hérault,

à quatre kilomètres d'Agde, où il avait laissé tant de souvenirs l'année précédente ; jamais il ne s'était mieux porté, il était plein d'ardeur et de vie. Trop fatigué pour l'accompagner jusqu'à la porte de la rue, le P. Jean lui fit ses adieux et l'embrassa sur le haut du perron ; qui lui eût dit -que c'était pour la dernière fois! Le 27 mars, le Père Prieur, allant confesser les Oblates de M. Yitagliano, trouve sur la porte son sacristain, qui l'avait précédé avec une dépêche foudroyante : « Le P. André très-mal, accès malin. » Il retourne immédiatement à son couvent, et, pendant qu'il se dispose à partir pour Agde, nouvelle dépêche : « Le P. André est mort, que faire pour l'inhumation ? » Que s'était-il donc passé? Le carême allait son train avec son succès ordinaire; le prédicateur plein de force et de jeunesse se portait mieux que jamais. Ces villes du littoral de l'Hérault sont entourées de marais et très-fiévreuses pour ceux qui ne sont pas acclimatés. LTn premier accès de fièvre l'avait atteint, il était léger, on n'y avait malheureusement pas pris garde alors qu'il eut été si facile de l'enrayer. Le médecin, en soignant le second accès, par la permission de Dieu, crut soigner le premier. Il se trompa gravement, car il n'était pas possible qu'un jeune homme si vigoureux, fut tout-à-coup si mal , avec un si violent délire dès le premier accès. Le troisième l'emporta, sans qu'on s'y attendît et sans qu'on eût seulement le temps de lui donner l'Extrême-Onction, quoiqu'il fût entouré de prêtres. Le matin, il avait voulu se confesser ; mais seulement parce qu'il avait l'habitude de le faire tous les huit jours. Ses grandes occupations ne le lui permirent pas à ce moment, il renvoya au soir, le soir il était mort... « Cette privation de

sacrements, pour le cher défunt, me peine, elle me cause des regrets, mais point pour son âme. La mort a été subite, mais non imprévue, » écrit le P. Jean dans ses notes désolées. « Le 26, il allait monter en chaire, la fièvre le reprend, les médecins croient à un second accès, c'était le troisième, à onze heures et demie il était mort. On avait été chercher précipitamment les saintes huiles, c'était trop tard. »

Alors se passa une véritable scène du moyen-âge, comme on n'en voit plus que dans ces pays remplis d'une foi si ardente. M. Martin, archiprêtre d'Agde et grand ami du P. Jean, lui avait demandé ses intentions pour les obsèques. Il répondit qu'étant à Marseillan, le P. André devait provisoirement y rester, avec réserves expresses pour l'avenir , car il désirait le faire transporter plus tard à son monastère de Marseille. Cependant, disait-il, « ce serait une grande consolation pour moi d'avoir son cœur. » Sur ce, le bon curé d'Agde décida que les obsèques auraient Heu dans sa paroisse; c'était plus commode pour prendre son cœur, et la population encore tout enthousiasmée du carême de l'année précédente voulait absolument garder ses restes. LTn long cortège se forme, croix et bannières en tête ; toute la population agdoise veut avoir le bonheur de l'accompagner et se met en route. Mais ceux de Marseillan ne l'entendaient pas ainsi ; voilà les deux paroisses en présence avec leur curé en tête, prêtes à en venir aux mains. La gendarmerie s'empressa d'empêcher le conflit qui menaçait d'arriver à l'effusion du sang. — C'est vous qui l'avez tué l'année dernière, en ne voulant pas vous convertir, disaient les uns ; — Vous l'avez tué vous-même en le faisant prêcher, alors qu'il était déjà malade, répondaient les autres.

Le curé d'Agde proposa de le faire transporter dans son pays, àTarascon, et de laisser les choses dans le statu (/i/o, jusqu'à la réponse du P. Jean; mais ceux de Marseillan craignent une surprise et quinze hommes armés de fusils veillent toute la nuit autour du corps, pendant que d'autres sont placés en sentinelles avancées pour prévenir un retour offensif des agdois. Le P.Jean décida sagement que, le P. André étant mort à Marseillan, les armes à la main, c'est là que ses restes devaient demeurer provisoirement. « Excès d'ardeur dans ces populations, écrit le Père dans son journal, mais qui vaut mieux que l'indifférence religieuse. Fermons les yeux sur les détails, le fond leur fait honneur, bien que je pense que, en ardent cavalier, M. Martin se soit lancé trop vite. Mais il l'a fait par amour pour sa paroisse, par estime pour le P. André et par amitié pour nous. Le statu quo provisoire arrangera tout. ^

Les obsèques furent un vrai triomphe; toute la population se cotisa pour élever un monument à sa mémoire, ce qu'on exécuta plus tard, quand le P. Jean eut renoncé à faire venir son corps à Marseille, et cette mort fit plus pour la conversion de Marseillan, que n'eussent pu faire ses plus brillantes prédications. Defiinctus adhuc loquitur (1).

La fermeté d'àme du Père supérieur fut admirable, il reçut ce coup cruel et si inattendu, en vrai Victime. Nous admirions tous ce mélange de sensibilité exquise et d'énergie. Il n'interrompit pas un moment ses occupations ordinaires, il entendait alors les confessions des Quatre-Temps ; on aurait dit que rien ne lui était arrivé, étant toujours tout à tous comme s'il n'eût eu aucune autre préoccupation.

(1) Hèb. xi, 4.

Cependant le jour du service, dans sa chapelle, la nature reprit ses droits et, plusieurs fois pendant la grand'messe, ses larmes couvrirent sa voix, arrachant celles de tous les assistants. Ainsi mourut à la fleur de son âge, il n'avait pas encore 33 ans, et dans la plénitude de sa force, ce saint et zélé P. André, vraiment nommé le Père des Sept-Douleurs, par les douleurs qu'il laissa après lui dans le cœur de son supérieur, de ses confrères, de sa famille, du couvent des Victimes, de ses amis et parmi les populations chrétiennes qu'il avait évangélisées.

VII. — M. Antoine-Pascal Estay naquit à Saint- Chamas, diocèse d'Aix, le 26 mars 1826, de la plus chrétienne des familles, comme il y en avait tant autrefois et si peu aujourd'hui. Son père, simple maçon, faisait tous les jours sa méditation avant d'aller au travail, et on a conservé une lettre de M. Plumier lui donnant des conseils sur sa manière d'oraison comme on les donnerait à une religieuse ; M. Payan-d'Augery a reproduit cette lettre dans la vie de ce saint prêtre. La mère restée veuve à 40 ans avait un ardent désir de se faire religieuse ; elle hésita à cause de son âge avancé, peut-être aussi à cause des besoins de ses enfants ; puis tout d'un coup en 1870, à l'âge de 77 ans, elle entra chez les austères Capucines de Lorgues, dans la Drôme ; sa propre fille en était abbesse, et tout le monde regardait avec admiration cette vieille mère devenue la fille, obéissant comme un enfant à sa fille devenue sa mère, observant sans aucune dispense la règle dans toute sa rigueur, le jeûne, l'abstinence, la nudité des pieds, les veilles de l'office de la nuit, comme une jeune novice. Elle mourut le 25 septembre 1879, à l'âge

de 86 ans, survivant deux ans à sa fille l'abbesse. De pareils parents méritaient d'avoir un tel fils : M. Estay devint prêtre, vicaire de Sainte-Marthe de Tarascon ; c'est là qu'ayant fait la connaissance du P. Jean pendant un de ses carêmes, il résolut de se donnera lui. Ce n'était pas facile,' car, si du côté de ses parents chrétiens il n'y avait pas d'obstacles, il n'en était pas de même du côté de son archevêque, M§r Chalandon, qui ne voulait pas se priver d'un pareil sujet. Le P. Jean, avec sa grande prudence, fit d'abord la conquête de M. Lucas, le respectable supérieur du grand-séminaire et vicaire-général, qui l'appuya auprès de l'archevêque , enfin celle de Msr Chalandon lui-même, et M. Estay put entrer chez les Victimes le Ier juin 1861 ; il avait alors 36 ans et demi. Le jour du Sacré-Cœur, 7 juin, le P.Jean lui donna le saint habit et le nomma le P. Paul de la Croix. On n'aurait pu dire quel était le plus saint de ces trois religieux , ayant tous cependant un caractère très différent. Le P. Joseph était un type de breton, avec sa tête dure qui pliait seulement devant l'obéissance ; le P. André, la douceur même, était froid, réservé, avec une figure de S. Louis de Gonzague ; le P. Paul, lui, était la gaieté même, avec un si heureux caractère qu'il avouait n'avoir jamais eu de soucis pendant toute sa vie : capable des plus grands sacrifices, il les faisait avec l'insouciance d'un enfant ; on ne peut croire quelle joie il répandait dans cette petite communauté. Le P. Jean, avec son esprit naturel, avait la conversation la plus sémillante ; il avait beaucoup vu, beaucoup retenu, contait d'une façon fort intéressante ; le P. Paul était remarquable par ses saillies imprévues. C'était un grand original, nous disaient ses anciens confrères

deTarascon, mais un très-aimable original, ne pouvant souffrir la tristesse et la bannissant autour de lui, avec un naturel qui obligeait à rire. « Vers la fin de 1862, lisons-nous dans ces notes au'on nous a confiées, nous fîmes une grave maladie. L'évêché envoyait tous les dimanches un prêtrepour nous remplacer. Le 16 novembre, ce fut le tour du P. Paul. Après la messe il vint auprès de notre lit et là, pendant près d'une heure il fut d'une si intarissable gaieté qu'il nous eût ressuscité si nous eussions été mort. Qui nous eût dit, que, si peu de jours après, à notre première sortie, nous l'accompagnerions à sa dernière demeure ! »

Chose étonnante, avec un pareil caractère, le P. Paul ne pensait qu'à la mort, ne désirait que la mort. Il en parlait sans cesse, sans affectation, joyeusement , sans s'en préoccuper aucunement , d'une manière toute naturelle. Il n'abordait jamais un confrère sans lui dire : Quand mourons-nous ? Quand allons-nous au ciel ? Sa maxime habituelle était celle de S. Paul : Desideriinn habeo dissolvi et esse cam Christo (1). C'était sa pensée constante dépouillée de cette gravité, de ce sérieux qui accompagnent d'ordinaire la pensée de la mort. Il en parlait comme il aurait dit : Quand partons-nous pour les vacances ? C'était comme un pressentiment habituel.

Ses missions furent peu nombreuses, le temps lui manqua, mais brillantes. Moins châtié dans son style que le P. Jean ou le P. André, il avait surabondamment le trait, la vie qui leur manquaient un peu à tous deux. Très-inégal, son entrain, tout méridional , enlevait les auditoires , son zèle ardent (1) Phil., 1, 23.

emportait la conversion. Fort intelligent, plein de bon sens, ayant déjà acquis l'expérience des âmes dans ses onze années de ministère, partout où il avait prêché, il avait réussi. Il remuait les populations par son ardeur toujours soutenue. Ses sermons finis, il s'acharnait aux âmes rebelles qui refusaient de se convertir ou même de venir à ses prédications. Dans une de ses missions, on lui parla de deux bûcherons qui ne venaient jamais à l'église ; il fut les chercher dans leurs bois, sans pouvoir les atteindre. Il y retourne de nuit, et, leur tendant ses deux grands bras : « Venez, mes frères, leur dit-il, je vous aime déjà, » et les embrassant tendrement il les vit tomber à ses pieds fondant en larmes. Quelques jours après, ils prirent part à la communion générale, c'était leur première communion. « Voilà un homme, » disait-on dans une paroisse où on se plaignait qu'on n'appelait que des prédicateurs ordinaires. « Peut-il porter cinquante kilos? » demanda un vieux pécheur qui ne s'était pas confessé depuis cinquante ans. « Dites-lui, répondit le P. Paul, que je suis assez fort pour porter cent kilos, » et il le réconcilia avec Dieu.

Sa santé avait toujours été délicate dans ie mon: de; aussi le Père Jean ne le laissa-t-il jamais jeûner, ni faire aucun genre d'austérité, pas même se lever à minuit. Dans son nouveau genre de vie, il se fortifia beaucoup et jamais il ne s'était mieux porté. Le 25 novembre, il revint d'une petite mission qu'il avait prêchée à la Roque-Brussane et où il avait travaillé avec son ardeur habituelle. Son sac, en forme de besace en travers sur le cou , il avait traversé toute la ville comme un frère quêteur, voulant par cette abjection gagner des âmes à Jésus-Christ. Le

matin du 2 décembre il était tout à fait bien ; à midi, se sentant indisposé, il demanda à son supérieur la permission de ne pas dîner ; le soir, il était gravement malade d'une jaunisse maligne , mêlée de typhus, sorte de fièvre jaune très-rare dans nos pays et que les médecins déclarent n'avoir rencontrée qu'une ou deux fois dans leur longue carrière. Le P. Paul avait des connaissances assez étendues .en médecine, il l'avait étudiée avec une certaine passion durant toute sa vie. Le premier de tous et avant les docteurs, il se sentit frappé à mort, sans que cela troublât la joie intarrissable de son caractère. Fanatique de l'homéopathie, il donna un admirable exemple d'obéissance, en se soumettant entièrement et sans réserve à un traitement tout opposé : « Les médecins qui agissent selon leur conscience, leur dit-il, agissent selon Dieu, et le malade qui s'y soumet obéit à Dieu. Je suis à Dieu, faites de mon corps ce que vous voudrez. » Et, en effet, il obéit en tout sans aucune observation, si ce n'est celle-ci : « Comment ne voient-ils pas que la gangrène est dans tout mon intérieur. » Il disait vrai, ses souffrances étaient extrêmes, brûlant pour ainsi dire tout vif. La décomposition le gagnait, sans que la joie cessât de surabonder dans son âme. << Je regarde toutes les positions, disait-il, avec sa rondeur habituelle, il n'y en a point de plus heureuse que la mienne. Je suis immolé de la tête aux pieds, heureux d'être Victime avec Jésus-Christ. Maintenant, mon Dieu, ne vous gênez pas, vous pouvez taper dur ; je ne demande qu'à souffrir davantage. » Perdant tout son sang, par la bouche, par le nez et par les selles : « Il faut, disait-il joyeusement, que ce vilain liquide sorte jusqu'à la dernière goutte et que ma chair aille

pourrir au tombeau. » Sur sa demande, le P. Jean l'administra le 10 décembre. Le soir du 16 , son confrère et compatriote était resté auprès de lui, pendant que, profitant d'un moment de calme, le supérieur et le P. Joseph avaient été prendre leur réfection ; un violent coup de sonnette du P. André se fait entendre, les deux Pères accoururent : « Je me meurs, s'écriait le P. Paul. » On a le temps de lui donner une dernière absolution et il expire à sept heures et demie du soir, le mardi 16 décembre 1862. Celui qui nous a confié la note citée plus haut, ajoute : « J'ai toujours cru que le bon Dieu avait pris la vie du P. Paul à la place de la mienne. A cette époque, j'avais été accablé de si grandes douleurs que, me voyant ensuite gravement malade, le P. Jean n'avait plus douté que ce ne fût la préparation à une mort prochaine, comme il me l'avoua. Dieu prit à ma place ce saint P. Paul, et je lui survis encore après 24 ans. Qui sait s'il n'avait pas fait pour moi le sacrifice de sa vie? Je l'ai toujours pensé. »

Le P. Paul n'avait passé que dix-neuf mois dans la communauté des Victimes, dont il était la joie et l'édification. Il compensait une éducation assez négligée dans les formes, par son caractère si gai, sa foi si vive, son zèle si ardent. La douleur de ses confrères fut immense, celle du P. Jean, précisément à cause de son calme apparent, faisait pitié. Les obsèques eurent lieu dans la petite chapelle du monastère; son corps, d'une couleur jaune de safran, avait repris toute la placidité de ses traits. Les meilleurs amis de la maison, M. Massot, curé de la paroisse, M. Plumier, que nos lecteurs connaissent, M. Révert égat et M. Timon-David l'accompagnèrent jusqu'à sa tombe, dans le jardin de la clôture,

à côté du tombeau des religieuses. Plus tard, un autre monument fut élevé pour les Pères, il y repose avec le P. Joseph jusqu'au jour où, les lois devenant moins dures, les amis du couvent pourront réunir ensemble le vénérable P. Jean qui est au cimetière de Saint-Pierre à Marseille, et le P. André qui est encore à celui de Marseillan dans l'Hérault.

Peu de jours après, le Père supérieur distribua son héritage à sa mère et à sa sœur Mme Brun : son buvard, sa ceinture de fer à pointes aiguës, relique de son père qui en faisait un fréquent usage ; sa sœur, l'abbesse de Lorgues, eut le Sacré-Cœur qu'il portait sur sa poitrine. Son unique habit religieux fut enterré avec lui, selon son désir. Lorsque, dix-huit ans plus tard, sa vénérable Mère fit profession religieuse, elle envoya son bouquet pour le déposer sur la tombe de son saint fils.

Ainsi finit le projet du P. Jean. Le P. Paul mourut le premier; le P. André, peu d'années après, le suivit au ciel; le P. Joseph, le plus malade, survécut encore huit ans, et le P. Jean, accablé d'infirmités, après la plus douloureuse vieillesse, debout au milieu de ces ruines, fut les rejoindre le dernier -. Decori in vita sua, in morte quoque non sunt divisi (1).

Un des deux frères lais lui a cependant survécu, c'est le Frère Laurent, ancien sacristain de Sainte-Marthe de Tarascon, qui suivit au couvent son vicaire, M. Estay. Beaucoup plus intelligent que le Frère Etienne, il était aussi inconstant, ayant déjà essayé de se faire trappiste, mais sans rester nulle part, son séjour ne fut que de quelques mois, pendant lesquels il rendit de grands services au

(1) Reg. 1, 23.

couvent par son métier de menuisier. Fort attaché au P. Paul, il accourut pendant sa maladie et le soigna avec grand dévouement jusqu'à sa mort. Depuis il s'est marié et vit d'une manière trèsédifiante.

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