TIBI GAUDIA/ETERNA
Nous n'essayerons pas de dire les touchantes marques de regrets que lui donnèrent tous ses parents,
tous ses amis, leurs généreuses offres de service pour tous les frais qui accompagnent toujours la mort, ce serait à remplir un volume. Les lettres de Nosseigneurs les Archevêques et Evêques, en particulier, sont innombrables. On a relié ensemble tous ces témoignages de la plus vive affection, c'est un panégyrique anticipé du P. Jean ;■ tous l'appellent un saint et songent plus à se recommander à ses prières qu'à le prier. Les sœurs durent répondre à des demandes sans nombre et distribuer des photographies, des livres, des souvenirs. Les plus heureux se partagèrent ses vêtements et tous les pauvres petits objets à son usage. Déjà on parlait de ses miracles, mais nous n'entrerons point sur ce terrain, qui est du domaine exclusif de l'Eglise.
Le service annoncé eut lieu le 10 janvier, à la cathédrale de Saint-Martin , trop petite ce jour-là pour contenir la foule du clergé séculier et régulier de tout le diocèse et des personnes de tous les rangs de la société. Jamais prêtre si humble et si caché n'avait reçu un pareil honneur. M?r Robert fit luimême l'absoute, puis Msr de Cabrières monta en chaire et tint littéralement son auditoire suspendu à ses lèvres, en racontant la vie de celui qui avait été si longtemps son ami. On sait quelle est l'éloquence de cet illustre Prélat, on devine ce que son cœur sut inspirer à son talent. Un sténographe écrivit ce discours ; Msr de Montpellier le revit avec soin ; nous voudrions le reproduire, mais, hélas! depuis cinq ans, ses amis n'ont pas encore pu l'obtenir.
Après la cérémonie, les deux Prélats se rendirent au couvent des Victimes pour consoler la Révérende Mère Marie des Anges, la Prieure qui se mourait et de maladie et de douleur. Ils daignèrent adresser
quelques paroles à toute la communauté réunie au chapitre. « Votre Père vient de vous être enlevé, dit M§r de Cabrières, et votre Mère est sur sa fin, c'est le moment où vous êtes vraiment Victimes. Montrezvous dignes d'un tel Père, vous étiez les filles du P. Jean vivant, maintenant vous êtes les filles du P. Jean du ciel. » Ce souhait s'est accompli et le couvent des Victimes du Sacré-Cœur de Jésus est demeuré dans toute sa ferveur et dans toute sa simplicité primitive, tel que le P. Jean l'avait formé. Sa troisième Prieure, la Révérende Mère Marie- Augustin, le dirige avec sagesse et prudence depuis la mort presque simultanée du Père et de sa fille de prédilection, la Mère Marie des Anges. Impossible de dire avec quel soin pieux et quel inconcevable travail elle réunit, depuis cinq ans, tous les écrits du vénérable Père. Nous avons déjà dit comment, copiés dans un format uniforme, ils remplissent une bibliothèque et ce n'est pas près de finir.
L'appartement du P. Jean a été réuni à la clôture par un long corridor qui longe la chapelle du côté de l'épitre. On en a fait l'infirmerie, mais la pauvre misérable cellule où il a vécu si longtemps est intacte, et la chambre où il est mort est devenue une espèce de musée qui contient son très-pauvre mobilier, les petits objets de bureau à son usage et ses épouvantables instruments de pénitence. La partie extérieure, au rez-de-chaussée, a été séparée de la clôture et sert de logement au concierge. Ses amis regrettent peutêtre que l'état primitif des lieux n'ait pas été respecté dans son intégralité et, surtout, qu'en l'enfermant dans la clôture on en ait privé ceux qui ne peuvent la franchir. Mais aussi on ne pouvait enlever aux sœurs la vue de cette sorte de sanctuaire qui les fait
— 45° — vivre avec le souvenir de ces saints religieux presque tous morts dans ces humbles cellules.
En entrant dans la chapelle, une grande plaque de marbre répète en français l'inscription de sa tombe ; enfin, dans l'intérieur du chœur, sur la grille des religieuses, cette inscription est reproduite en latin.