PRÉFACE
L'Église a toujours eu des saints, elle en aura jusqu'à la consommation des siècles . Les uns ont eu un rôle éclatant dans le monde ; les autres ; plus nombreux, ont vécu dans l'obscurité du cloître ou dans le sanctuaire inconnu de la vie privée : mais les uns et les autres n'ont pu, cacher le parfum de leurs vertus se répandant au loin, malgré leur profonde humilité, caractère fondamental de toute vraie sainteté. C'est une pensée bien consolante au milieu des tristesses des temps présents de penser qu'autour de ?ious , dans le sein de la vraie Eglise et là seulement, il y a toujours des âmes d'élite, s' interposant entre nos crimes et la juste colère de Dieu, pour arrêter scm bras vengeur, ajourner ses j ustices, les rendre moins sévères et tout au moins les abréger, lorsque Dieu les juge indispensables pour le bien général de ses élus. Le monde ne connaît pas cette réversibilité des mérites, sa valeur sur le Cœur sacré de Notre-Seigneur ; son influence n 'en est pas moins incontestable, et, lorsque la sagesse humaine
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(i) I Cor., \, 23.
documents avec lesquels nous avons pu reconstituer cette belle existence. Ses meilleurs amis nous ont communiqué sa correspondance pieusement conservée : plusieurs, hélas! et des plus illustres, l'ont précédé dans l'éternité, nous n'avons pu retrouver beaucoup de ces lettres, ce sera sans doute une lacune regrettable ; mais cette correspondance perdue n 'enlèvera rien à ce que nous savons de ses grandes qualités.
Nous le dirons tout simplement et dès le début : nous n'écrivons pas pour ce monde que Notre-Seigneur a maudit , jusqu'à refuser de prier pour lui (i), quand il priait pour ses bourreaux. Que comprendrait-il à ces merveilleuses opérations de la grâce ? Ne les trouverait-il pas absurdes ou tout au moins inintelligibles ? L'homme charnel, dit S . Paul, ne comprend pas les choses de Dieu (2), et S. Jacques ajoute avec une étonnante énergie : « Ce sont des brutes qui blasphèment ce qu'ils ignorent (s)- » Nous écrivons seulement pour les âmes pieuses, pour ces prêtres nombreux que le P. Jean èvangèlisa, pour ces innombrables vierges du bon Dieu si longtemps avides de sa parole et de sa direction ; nous écrivons surtout pour ses filles, les préférées de son amour, qui se sont faites, par lui et avec lui, les victimes propitiatoires du Sacré-Cœur de Jésus, victimes de nom, mais bien plus victimes de fait. Puissent ces pages retracer la figure de leur bienheureux
(1) Joan., xvii, 9.
(2) I Cor., 11, 14,
(3) Jud., 10.
instituteur et les maintenir à jamais dans la ferveur de leur vocation première.
0 mon bienheureux Père, du haut dît ciel, recevez cet hommage de la profonde reconnaissance du plus petit de vos enfants. Oubliez son peu de correspondance à vos soins si dévoués pendant trente ans, protégez-le, lui et ses œuvres faites sous votre inspiration et votre direction , aujourd'hui que votre puissance doit être si grande auprès de ce divin Cœur que vous avez tant aimé.
Le 27 décembre 1887, en la fête de S. Jean.
LE
Révérend Père Jean