L. D'ARBAUMONT
V. — Nous voudrions donner la lettre qu'il écrivit peu de jours après à son père, lettre pleine de sagesse et de sentiment, où il essaie de convaincre et de toucher ce cœur si près de Dieu par sa conduite irréprochable, si loin de lui, par sa déplorable apathie et les habitudes d'indifférence de sa vie. Ce fut la plus douloureuse des croix de M. l'abbé d'Arbaumont , et nous ajouterons la plus longue dans sa durée puisqu'il la porta de si longues années jusqu'à la mort de son père tant aimé. Nous donnerons la réponse de son père, parce qu'elle dépeint admirablement l'état extraordinaire et peu commun de cette âme et nous n'aurons plus à revenir sur ce triste sujet, si ce n'est pour dire en son temps que M. d'Arbaumont, père, eut enfin le bonheur de mourir dans les bras de l'Église, avec ses secours religieux, grâces aux ferventes prières et aux incroyables austérités de son saint fils.
Chevigny, le 15 juillet 1838.
Tu te reprochais, mon cher Louis, au mois de mars, d'avoir beaucoup tardé à répondre à une lettre de moi qui t'avait donné de la joie et semblait t'en préparer davantage ; après deux lettres de toi je suis resté silencieux à mon tour, bien plus longtemps que je ne l'aurais voulu, et ce que tu me disais au mois de juin exigeait cependant qu'il en fût autrement, car ta lettre m'exprimait ton espérance déçue d'une réponse prochaine à la première où tu t'y montrais excellent fils, l'esprit, le cœur et l'âme constamment en peine pour le parfait bonheur de ton père. J'ai donc tort, je l'avoue, et si les occupations, dont le nombre a crû, ne m'ont guère laissé de loisirs, j'aurais du moins dû rompre le silence par quelques mots, ce que je fais aujourd'hui pour te satisfaire un peu, selon mon faible pouvoir.
Je lis plusieurs fois chacune de tes lettres, non seulement parce qu'elles viennent de toi, mais encore parce qu'elles contiennent style et fond ; je voudrais pouvoir y répondre absolument à ton gré, ma plume saisirait un loisir, peut-être avec plus d'avidité, elle est, comme tu sais, un peu ignorante, assez mal taillée, et sur mille choses ne saurait discuter.
Tu t'étonnes, peut-être, mon cher ami, de ma façon de t'écrire qui n'est point en rapport avec tout ce que m'expri. ment tes lettres. Je ne suis pas entraîné d'un pas rapide vers le but où tu veux me voir arriver, qu'importe ? si celui qui se hâte lentement arrive un jour, il y aura désir accompli. Ne te lasse pas de m'écrire, n'abandonne pas ton projet sous prétexte de me fatiguer ; tes lettres ont trop de mérites à mes yeux pour jamais me blesser. La contrariété que je ressens de n'avoir pas entièrement même vue que toi ne me fera pas renoncer à la jouissance que me procurent tes lettres. Conserve toute liberté de dire avec franchise ce que tu penses, ce qui t'intéresse, ce que tu désires, avec la forme et le style propres à toi-même, ou à l'état que tu as embrassé et où j'ai satisfaction de te voir heureux. La contrariété que je ressens de n'avoir pas même vue que toi est plus que compensée.
J'ai reçu le petit livre que tu as confié à M. Bossard; je ne l'ai pas encore lu en entier, bien que j'aie l'intention de le lire plusieurs fois et de réfléchir sur ce qu'il contient, ce pourquoi il ne faut pas être distrait. Ce que j'en ai lu est assurément très bien écrit, mais tes lettres seraient plus capables d'opérer quelque effet sur moi que tous les livres du monde.
Ainsi, mon ami, écris-moi souvent, si tu le veux, sur le même sujet, quand je devrais, moi, te parler de tout autre chose qui, néanmoins, ne serait pas en opposition avec ta foi, tes pratiques et tes désirs.
Ne semble-t-il pas que peu de choses séparait encore ces deux excellents cœurs et cependant il fallait encore vingt-sept années et attendre les derniers moments de ce respectable vieillard et toutes les immolations de son fils, pour ramener cette chère âme à Dieu.
VI. — L'abbé d'Arbaumont reçut les quatre ordres mineurs le 23 mai 1839, le samedi des Quatrë- Temps de la Trinité, vers la fin de la deuxième année de son séminaire, des mains de Msr Blanquart de Bailleul, alors évêque de Versailles, qui suppléa Msr de Quélen déjà gravement atteint de la maladie dont il mourut. L'ordination de la Trinité toujours plus nombreuse eut lieu à la paroisse Saint- Sulpice, et sept mois plus tard aux Quatre-Temps de Noël, 21 décembre, il fut ordonné sous-diacre dans la chapelle du séminaire, encore par M^r de Versailles. Il nous serait facile de dire avec quelle ferveur il avança dans ces divers degrés de la cléricature, nous n'aurions qu'à transcrire ses admirables sentiments de retraite, mais nous craindrions de dépasser la mesure. Contentons-nous d'espérer qu'un jour l'on publiera ces immenses écrits car,
pendant 40 ans de suite, chaque année, il a noté ses impressions où domine toujours sa vertu principale, sa profonde humilité. Plus il avançait dans la perfection, plus il se trouvait misérable et c'est le sentiment qu'éprouvent tous les saints, se connaissant d'autant mieux qu'ils s'approchent davantage de la lumière de Dieu. « Deux ans de séminaire, écrit-il, au commencement de sa retraite du sousdiaconat, et peu d'amour du bon Dieu, une année de cléricature et peu de conformité à Jésus-Christ, deux années à Saint-Sulpice et peu de confiance en Marie, oubli trop fréquent de sa puissance pour me secourir et de son extrême bonté envers moi... Un fond de lâcheté très grand, voilà le mot de l'énigme, voilà la plaie, voilà où il faudra en Jésus et Marie porter le fer et le feu. » Il continue à s'avouer les défectuosités de son âme avec autant de franchise que de délicatesse :
« Je manque de générosité pour vaincre ma paresse à entretenir les personnes auxquelles je pourrais inspirer de bons sentiments, paresse en mes désirs de n'avoir qu'une fonction basse, ou plutôt recherche de mes goûts, un orgueil déguisé de ne pas répondre à ce qu'on pense de moi si je suis placé plus en évidence Me laisserai-je décourager ? Non sans doute , ce serait me perdre sans retour. Un abandon définitif de mon cœur à Dieu, de bonnes résolutions, du courage pour les exécuter : voilà ce qu'il faut faire et la grâce ne me manquera pas. »
Ses résolutions longuement détaillées se résument en ceci : Fidèle observation du règlement, éviter de plaisanter les directeurs, leurs manières, leur doctrine. C'est une allusion à un usage, dont s'alar-
malt sa délicatesse, mais qui prouve bien la simplicité de Saint-Sulpice. Les élèves ne se gênaient pas en récréation pour plaisanter les petites manies de ces vieillards vénérables pétrifiés dans leur vocation, devant leurs directeurs eux-mêmes, sans que cela nuisît en rien au profond respect qu'on avait pour eux. Il se promet encore de ne pas égarer ses pensées sur l'avenir, de ne plus se préoccuper de son vif désir d'une fonction humble à la sortie du séminaire, de la sainte obscurité qui est déjà sa passion. Il surveillera l'amour extrême qu'il a pour les livres se promettant de ne faire aucune étude sans la soumettre à l'obéissance. Nous abrégeons et citons quelquefois :
« Aucune considération ne doit faire résister à la voix de l'Evêque qui appelle en tel en tel lieu, à tel ou tel emploi, jamais un ecclésiastique ne doit fléchir là-dessus. J'entends par ce mot résister nonseulement un refus positif, mais les sollicitations, les moyens détournés d'influencer sa détermination. » La sainteté ecclésiastique, d'après lui, consiste en l'amour de Notre-Seigneur, l'horreur du monde, le zèle ardent pour le salut des âmes. Les moyens pour arriver à cette sainteté sont : l'oraison, la mortification, l'examen de conscience, la pratique de la direction, les retraites annuelles et mensuelles.
Malgré ses appréhensions persistantes, M. d'Arbaumont, il nous l'apprend lui-même, avança au sous-diaconat avec autant de paix que de joie , n'éprouvant pas d'autre dévotion que celle de la sainte volonté de Dieu. « Me voilà sous-diacre, écrivit-il, me voilà sous-diacre ayant promis à Dieu la chasteté, la récitation du saint office , le service des autels. Jusqu'à la mort il ne me restera dans ma
reconnaissance qu'à m'écrier : Vive Jésus, Vive Marie, et à vous dire, ô mon Dieu, dans le profond sentiment de ma misère, de mon indignité, de mon impuissance : Confirma hoc Deus (i). Hœc dies quamfecit Dominus, exultemus et lœtemur inea (2).
« Me voilà, le même homme, ayant fait un vœu solennel de chasteté, obligé à la récitation quotidienne du saint office, engagé pour toujours au service des saints autels ! pour toujours ! pour toujours! Rétro abire non licet ! ... »
Il repasse ensuite ses trois obligations , la chasteté, la vertu par excellence. Nous voyons par ses notes qu'en faisant le grand pas, il y a joint mentalement ce vœu de chasteté perpétuelle qu'il désirait faire depuis sa conversion (3) . Il se promet de vivre toujours dans la solitude, autant que faire se pourra de surveiller ses études une de ses plus grandes passions, de manière à les faire toujours d'une façon chrétienne, de beaucoup se mortifier pour éviter ces petites satisfactions que la chair réclame et que la tendresse de ses parents lui prodiguera. Nous savons en effet de science certaine et par quelques rares confidences échappées à son humilité et par ses écrits surtout , qu'à dater de ce moment et pendant toute sa vie sacerdotale, par un privilège exceptionnel , il ne ressentit jamais la plus légère tentation contre la sainte vertu, ce qu'il faut attribuer sans doute, aux prodigieuses austérités auxquelles il se livra par
(1) Ps. LXVII, 27.
(2) Ps. CXVII, 24.
(3) Les théologiens ne sont pas d'accord sur la nature des engagements du sous-diaconat. Les uns veulent que la chasteté perpétuelle découle d'un précepte que l'Eglise impose à ses sous-diacres, les autres d'un vœu implicite qui est annexé à l'ordination. Sans entrer dans cette discussion, le P. Jean la tranche en faisant mentalement un voeu de chasteté perpétuelle.
la suite, alors que son ministère auprès des personnes de sexe l'eût exposé à plus de dangers.
Ses sentiments pour l'office divin nous révèlent en outre un de ses attraits : l'amour de la divine liturgie fut une de ses passions, et comme l'œuvre c'est son fondateur, selon une maxime confirmée par une expérience constante, lorsque Dieu, après mille péripéties l'eût enfin fixé dans sa vocation de victime du Sacré-Cœur, il fit du saint office la première, la principale, la grande affaire de ses filles spirituelles. Aussi , peu de monastères excellent davantage dans la fidélité à s'acquitter de ce devoir et dans la manière de le faire. Si nous pouvions reproduire ses longues résolutions, on y trouverait en germe, mais d'une manière complète, ce qu'il écrivit plus tard pour ses religieuses, consacrées avant tout à l'exacte psalmodie de l'office divin.
Afin de ne pas être troublé dans la récitation des heures canoniales, il se promet de bien surveiller ses préoccupations constantes et, comme il a toujours la passion des livres et de la lecture, il y renonce courageusement, afin de n'avoir plus d'attaches extérieures : « Je me promets de ne plus faire de calculs pour acheter des livres, pour lire ou désirer lire avidement ; tout cela sont autant d'attaches qui troublent la paix de mon cœur, me rendent tout distrait pendant mes exercices de piété. Je m'abstiendrai de feuilleter des livres et des catalogues, de me croire perdu si je n'ai pas lu tant de pages d'un livre par jour, ou tel ou tel livre. » Pendant toute sa vie, M. d'Arbaumont observa à la lettre tout ce qu'il écrivit alors sur l'office divin ; même dans ses plus grandes fatigues, au dire de ceux qui étaient à même de l'observer déplus près, il le
récitait avec une attention, une ferveur, une exactitude qui les édifiait grandement; sauf l'impossibilité absolue qu'il tentait encore, il ne s'en dispensait jamais. Dans les dernières années de sa vie, accablé par les souffrances de son asthme, passant de longues nuits sans sommeil, ou vaincu le jour par l'assoupissement, il employait des heures entières pour en réciter convenablement au moins une faible partie, une petite heure par exemple. Il fut moins exact à la résolution de ne plus acheter de livres, car à sa mort il laissa une magnifique bibliothèque. Il lui dut cette prodigieuse érudition en toute chose, qui étonnait tous ceux qui avaient le bonheur de causer avec lui ; surtout de matières de spiritualité où il excellait. Mais il eut une excellente excuse pour manquera cette résolution un peu imprudente : lorsque ses jeunes religieux commencèrent à lui venir, il dut mettre à leur portée les meilleurs ouvrages de théologie dogmatique, morale et ascétique, pour continuer et achever leur science cléricale ; et encore avant sa mort voulut-il s'en débarrasser pour n'avoir plus d'attache et il les vendit à celui qui écrit ces lignes, ce qui fut sans contredit un des plus héroïques sacrifices de sa vie. Dieu se contenta de sa bonne volonté. Pendant qu'il séparait les ouvrages qui pouvaient être utiles à ses religieuses la mort l'arrêta, et après lui sa belle bibliothèque avec ses 7,000 volumes de choix se dispersa de tout côté.
Par la grâce de son sous-diaconat, M. d'Arbaumont se considéra comme tout consacré dans son corps et dans son âme et d'une façon dit-il, qui le pénétra jusqu'au plus intime de son cœur jusqu'à la moelle de ses os.
« Enfin, mon Jésus, fait petit enfant pour nous,
faites-moi marcher sur vos traces adorables, faitesmoi aimer la croix, faites que je vive et que je meure sur ce bois adorable, que ma vie soit toute pleine de bonnes œuvres, de travaux, de tribulations, de peines, de souffrances. . . ma mort sera douce et tranquille parce que, ayant été le compagnon de vos larmes, je léserai de votre joie dans le Ciel. Merèar fiortare manipulum fletus et doloris, ut cum exultatione recipiam mercedem laboris » ( i ) . Les anges du bon Dieu portèrent sans doute cette prière devant son trône, car dans ces quelques lignes nous venons de lire toute l'histoire de la vie et de la mort de M. d'Arbaumont ; il ne nous restera plus que de la raconter en détail.
VII. — Cependant notre pieux séminariste, seulement en congé temporaire, figurait toujours dans les cadres des ponts-et-chaussées. Ce congé qui datait du 1 1 octobre 1837 — et nous sommes à la fin de l'année 1839 en décembre — était depuis longtemps expiré et ses chefs ne voulaient pas se priver d'un si excellent sujet. M. Legrand, directeur général et plus tard sous-secrétaire d'État aux travaux publics jusqu'à la fin du règne de Louis- Philippe, galant homme à qui Marseille doit ses premiers ports de la Joliette, s'empressait d'annoncer le 2 mai à M. d'Arbaumont, que le ministre l'avait nommé, le 28 avril précédent, aspirant ingénieur, et lui envoyait la formule du serment à prêter au roi. Certes, il y avait là de quoi bien flatter son amour propre, car après deux années d'absence, son avancement était aussi rapide que celui de ses camarades restés au corps en activité de ser-
(1) Missel. Ps. CXXV, 6.
vice. Mais, qu'importaient désormais à notre fervent séminariste les espérances du monde les plus brillantes ? Il avait prêté serment de fidélité au roi des rois et ne voulait plus en prêter d'autre. Sa réponse pleine de politesse et de reconnaissance affirmait sa résolution irrévocable et donnait sa démission-. M. Legrand ne voulut pas l'accepter et lui offrit une prolongation de congé, il était donc toujours dans les ponts-et-chaussées malgré lui. Quelques jours après son sous-diaconat, il écrivit encore à M. Legrand qu'étant dans les ordres sacrés, sa nouvelle position était irrévocable ; il n'y avait plus moyen d'insister et M. Legrand accepta définitivement sa démission le 16 février 1840, par une lettre des plus courtoises. M. d'Arbaumont avait alors 27 ans ; avant sa mort il vit tous ses camarades de promotion arriver aux plus hauts grades, et même, presque tous obtenir une retraite bien méritée. Dieu le destinait à de plus grandes choses. Ses parents seuls, malgré leur héroïque courage, sentaient toujours bien vivement la grandeur de leur sacrifice ; il les consolait par les lettres les plus touchantes. Ils avaient espéré jusqu'au dernier moment que leur fils reviendrait sur sa résolution, aujourd'hui que le grand pas était fait, il n'y avait plus d'illusions possibles, son père se résignait, c'était tout, sa douleur n'en était pas moins vive.
VIII. — Le 19 décembre 1840, M. d'Arbaumont recevait le diaconat des mains de M?r Affre, le nouvel archevêque de Paris, qui devait mourir glorieusement sur les barricades au mois de juin 1848, pour le salut de son troupeau. Nous ne dirons rien de cette ordination pour ne pas nous répéter ; elle fut
signalée par les mêmes grâces, la même ferveur, et un progrès plus grand dans la solidité de sa vertu.
Le 4 avril 1841, il perdit son aïeul maternel. M. Pierre Osmont, à l'âge de 85 ans. Sa douleur fut très vive, car les affections de famille tenaient une large place dans une âme si bien douée, ce qui devait rendre bien plus héroïque le sacrifice qu'il en fera un jour. Toutes ses lettres à sa mère surabondent de tristesse, il comprend sa douleur et s'efforce de l'adoucir tout en la sentant cruellement lui-même. La foi en augmentant dans son cœur n'étouffait pas ces sentiments si naturels et ne semblait que les rendre plus vifs en les épurant.
Cependant le moment de son sacerdoce approchait. 11 le reçut aux Quatre-Temps de la Pentecôte 5 juin 1841, des mains de Msr Affre, dans l'église paroissiale de Saint-Sulpice. On nous pardonnera de reproduire plus longuement les belles résolutions que lui inspire le Saint-Esprit dans ces moments de ferveur les plus beaux de la vie. Il sentait vivement, s'exprimait avec facilité, aimait à fixer ses pensées pour ne pas en perdre le souvenir ; nous n'avons donc qu'à choisir dans ses volumineux cahiers de retraite. A côté des idées de foi un autre caractère se révèle dans tous ces écrits ; une grande rectitude de jugement, ce qu'on appelle le bon sens. Plus tard ce sera le caractère saillant de sa direction. Voici quelques-uns de ces sentiments de retraite avant l'ordination :
« Une seule pensée doit m'animer d'ici à l'ordination : il faut à tout prix devenir un saint prêtre, la chose est difficile, mais il n'y a rien à craindre si je prie ; un règlement sacerdotal m'est nécessaire. Aurai-je le bonheur d'avoir un bon directeur dans
le ministère? Ils sont extrêmement rares, cela suppose une patience, un courage, une charité qu'on trouve très rarement. Rarement on trouve quelqu'un qui ose vous avertir, rarement on écoute volontiers un avis ; la vanité est une tentation perpétuelle pour nous, nous nous regardons faits pour conseiller tout le monde, n'écouter personne. Un règlement sacerdotal m'est nécessaire, c'est un moniteur perpétuel, franc, impartial, qui ne rougit pas de vous avertir, que nous n'avons pas honte de consulter. » M. d'Arbaumont trace avec détails les lignes de ce règlement qu'il observera jusqu'au dernier jour de sa vie, ne le modifiant que pour le rendre toujours plus sévère. Le recueillement lui semble la base ; il a grande peur du respect humain qui fait craindre de paraître plus fervent que ses confrères. Pas de jeu de cartes, c'était de ce temps une déplorable habitude dans la Bourgogne ; pas de fréquentation du monde où l'appelleraient sa naissance et ses relations de famille, pas de recherche des postes, pas de résistances à l'évêque, pas de sermons de vanité. Avant tout il faut avoir des principes et ne jamais les perdre de vue, sans principes tout va à la dérive, le temps se perd, les vieilles plaies se rouvrent, on devient mondain, irréligieux, on se soucie peu des âmes, tout est bientôt perdu. <\ Le premier principe, c'est le salut ; sans ce premier principe, tout le reste n'est rien. Qu'importe que le ministère soit pénible? la récompense sera plus riche. Qu'importe que notre vie en soit abrégée? Nous y arriverons plus tôt. Qu'importe qu'on se moque de moi ? Je n'ai pas envie que Dieu se rie de moi au jour du jugement. Qu'importe que je ne réussisse pas dans les choses brillantes, que je n'aie pas de succès oratoires, que
je n'éclabousse pas tous mes confrères, que je n'aie pas un magasin d'idées neuves ? Les satisfactions de la vanité n'ont jamais été le chemin du ciel. Donc persuasion qu'il faut suer sang et eau pour ne pas s'écarter de la voie étroite. »
« La générosité est la gloire du sacerdoce. Rien d'édifiant comme un prêtre qui donne tout, qui ne garde jamais d'argent, qui ne craint pas d'aller mourir à l'hôpital. La Providence divine n'abandonne jamais ces hommes-là. Lorsqu'un prêtre meurt sans laisser de quoi payer son enterrement, c'est la bénédiction dans un pays, la stupéfaction des impies, le regret des pauvres, la joie des fidèles. »
Ces beaux sentiments n'expriment pas seulement l'état actuel de son âme dans la ferveur d'un séminariste qui va recevoir le sacerdoce ; c'est comme la prophétie de ce qu'il sera toute sa vie, car il mourut, en effet, après avoir observé la plus stricte pauvreté, sans la moindre somme pour ses funérailles, et sans aucune autre fortune que ses livres.
Enfin, arriva le jour fortuné de son sacerdoce, le 5 juin 1 841, aux Quatre-Temps delà Pentecôte. Dès 5 heures du matin il écrivait des pages où déborde l'enthousiasme de la foi et du bonheur. Rien ne peut rendre la beauté de cette cérémonie de l'ordination, et les vastes proportions de cette belle église, et le nombre desordinands si considérable que, souvent, on est obligé de donner la veille dans la chapelle du séminaire, la tonsure et les ordres mineurs. Au moment de la prostration, de la porte d'entrée à la Sainte-Table, le pavé est littéralement couvert de sous-diacres, de diacres et de prêtres au nombre de plus de deux cents. Dans aucune église du monde cette cérémonie n'est aussi belle et M?r Affre
rachetait la dignité qui n'était pas dans sa nature, par une admirable piété.
A Saint-Sulpice, il n'y avait jamais d'ordination extra tempora. Après la Trinité les nouveaux ordonnés demeuraient dans la maison jusqu'à la fin de l'année scolaire, ou du moins un mois ou deux au gré de leur évêque ; quelques-uns mêmes suivaient les grands cours l'année suivante. Les premières messes se disaient ainsi dans le recueillement, loin du bruit des fêtes de famille et de la dissipation qu'elles entraînent. Leurs propres directeurs assistaient leurs pénitents à la première messe, leurs meilleurs amis la leur servaient et elles ne pouvaient se dire que dans une des nombreuses chapelles du séminaire, ou à l'autel de la Ste Vierge, à la paroisse, qui faisait partie en quelque sorte du séminaire.
Parmi les nombreux et illustres sanctuaires de Paris, un seul faisait exception, l'église des Carmes de la rue Vaugirard, inondée par le sang des martyrs de la Révolution, la proximité de ce monastère empêchant toute dissipation extérieure. C'est dans cette église, rachetée par Mme de Soyecourt et où les Carmélites avaient rouvert leur premier monastère au rétablissement du culte, que M. d'Arbaumont célébra sa première messe; non loin, dans un coin du jardin, se trouvait la petite maison du jardinier convertie en chapelle , où avaient été entassés les cadavres des innombrables prêtres, massacrés le 2 septembre 1 792 ; leur sang avait déposé une épaisse couche sur le sol ; un parquet en bois protégeait cette sainte relique de tant de martyrs et permettait de la vénérer par une ouverture mobile. Depuis, en haussmannisant la ville de Paris, un boulevard a
emporté cette glorieuse chapelle sans détruire ces souvenirs que la Révolution voudrait faire oublier. M. Ruben, directeur de Saint-Sulpice , l'assista à l'autel. M. l'abbé Poirot le servit. Notre jeune prêtre se rappelait avec bonheur qu'on lui donna le missel des Carmélites, qui était le missel romain, alors qu'à Saint-Sulpice, comme dans la majeure partie de la France , on se servait encore du missel parisien ; c'était comme un augure de l'amour de la liturgie romaine qu'il eut toute sa vie à un si haut degré. Voici ce qu'il écrivait à sa mère, le lendemain de ce beau jour ; on y trouvera l'écho des sentiments de son cœur.
Ma chère Maman,
Enfin ce grand jour, auquel je pensais depuis si longtemps est arrivé : me voilà prêtre ! Samedi a été le plus grand et le plus auguste de ma vie. Hier, dimanche, ne l'a pas été moins puisque j'ai offert à Dieu le saint et le Très-Saint-Sacrifice. Aujourd'hui encore, demain, et tous les jours de ma vie, autant de jours signalés par l'action la plus sainte et la plus étonnante qui se puisse concevoir. Me voilà prêtre, et le bon Dieu est descendu à ma voix du plus haut des cieux, mes mains l'ont tenu, ces mains avec lesquelles je t'écris, mes yeux l'ont contemplé, je l'ai reçu dans mon cœur; je l'ai donné aux fidèles, je l'ai offert à Dieu pour lui rendre l'honneur qui lui est dû et qui ne peut lui être rendu que par ce Jésus que j'immolais sur l'autel ; je l'ai offert pour le remercier de tous ses bienfaits envers l'Église, envers le monde entier ; pour effacer les péchés de tout l'univers, pour attirer sur le monde et sur moi toutes les grâces et les bénédictions.
Voilà ce que j'ai fait et ce que je ferai tous les jours
Oh! mon Dieu, ne permettez pas qu'une action si sainte, ne devienne pour moi qu'une routine et une habitude.
Je suis accablé, anéanti, au milieu de tant de grandeurs, je ne puis croire que tout cela soit une réalité, je me demande si c'est bien moi qui ai été ordonné, qui ai dit la messe,
qui la dirai encore tous les jours ; moi qui ai tant offensé Dieu, moi dont ni les yeux, ni les mains, ni le cœur n'ont conservé la pureté qu'il faudrait pour contempler et toucher le corps de Jésus-Chiist, de l'Agneau sans tâche, pour prononcer ces paroles accablantes de la consécration. Enfin j'ai offert à Dieu toutes mes misères, je lui ai dit du plus profond de mon cœur : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison, mais dites seulement une parole et mon âme sera guérie.
Samedi donc j'ai été ordonné; je n'oublierai jamais ce moment où l'évêque, en m'imposant les mains a imprimé en moi un caractère sacerdotal que rien ne peut effacer, cette consécration de mes mains, afin que tout ce qu'elles béniront et consacreront, soit béni et consacré, ce pouvoir qui m'a été donné défaire descendre d'un mot Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme sur l'autel, sans qu'aucune puissance au monde puisse m'en empêcher , ce pouvoir de remettre et de retenir les péchés si grand, si admirable pour moi; enfin que sais-je, j'étais accablé, mais Dieu m'a fait la grâce de me tenir en paix pendant toute cette cérémonie, dans une douce confiance qu'il ne permettrait pas que je devinsse un mauvais prêtre, ni. que je le trahisse comme Judas, qui fut le premier des mauvais prêtres.
Tu sais que, pendant la cérémonie même de l'Ordination, les nouveaux prêtres rangés autour de l'autel récitent avec l'évêque les prières de la messe et consacrent avec lui. C'est le premier essai qu'ils font de leur sacerdoce. Je n'ai pas oublié ceux qui m'étaient chers au Mémento des vivants et à celui des morts. Le soir j'ai béni divers objets, entre autres une petite statue de la sainte Vierge que tu garderas comme souvenir de ce grand jour.
Enfin le dimanche est arrivé. En allant aux Carmes j'ai été suivi pendant une vingtaine de pas par un enfant d'une douzaine d'années qui marmottait à demi-voix des sottises contre les prêtres. Je ne l'ai point pris comme des cris de mauvaise augure, au contraire, pour une leçon que la Providence voulait me faire au moment où, pour la première fois, j'allais montera l'autel, qu'il fallait qu'un prêtre mit de côté la vanité et l'amour propre et fût décidé à supporter avec joie les rébus, les outrages qui ne peuvent manquer
de temps en temps à un prêtre. C'est le chemin que Jésus- Christ lui a tracé. J'ai prié de tout mon cœur à la messe pour ce pauvre enfant. Arrivé dans l'église des Carmes, j'ai préparé mon cœur du mieux que j'ai pu, rentrant aussi srofondément que possible dans le sentiment de ma baspesse. Enfin le moment est arrivé, je n'ai pas entendu sans émotion la cloche qui sonnait le premier, puis le second coup; j'ai fait l'aspersion de l'eau bénite, la voix chevrotante et la tête tournant un peu. Enfin en arrivant à l'autel je repris le calme et le sang froid qui m'étaient nécesssaires ; j'arrivai à la consécration. Que dirai-je d'un pareil moment ! ... Un ange n'aurait pas été assez pur, mais les anges n'ont pas ce pouvoir, c'est à un pauvre pécheur que Dieu a voulu le donner pour lui apprendre à aimer les pécheurs, à les traiter avec miséricorde.
J'aurais bien voulu que tu eusses été la première à recevoir ce corps de Notre-Seigneur que je venais de consacrer ; la Providence en a disposé autrement. J'ai donné la communion à un de mes chers confrères qui me servait la messe, puis aux religieuses, puis enfin aux fidèles, en tout à une cinquantaine de personnes. Tu penses que tu as été en première ligne au Mémento avec papa, mon grand père et ma grand'mère en seconde ligne. C'est une place à perpétuité...
Ce matin, j'ai dit la messe — ce mot me semble extraordinaire — au séminaire. C'était pour moi un devoir bien consolant de dire spécialement mes premières messes pour ceux que tant de liens me rendent si chers. La première devait être une offrande à Dieu du ministère qu'il me confiait, pour lui rendre grâce de cet incomparable bienfait, pour le prier de bénir cette vie de prêtre si grave et dont les conséquences sont si grandes, pour attirer ces bénédictions sur les âmes qui me seront confiées. Aujourd'hui, fête de Ste Clotilde, femme de Clovis, dont elle obtint la conversion, qui s'est sanctifiée dans l'état de mariage, c'est pour toi, ma chère maman, que j'ai offert le divin sacrifice ; tu dois sentir quel bonheur ça été pour moi. Demain j'irai dire la messe à Notre-Dame des Victoires avant d'aller à la maison de campagne. Cette messe sera pour papa ; tu sais combien de miracles de conversions se sont opérés dans
cette église par la protection de la sainte Vierge. Tu dois concevoir les raisons qui m'ont fait choisir les jours et les lieux pour ces deux messes. Ah ! puisse Dieu exaucer mes prières, exaucer pour Papa et pour toi les vœux de mon cœur! Si c'étaient mes seules prières, j'aurais à m'en méfier beaucoup, mais je sais, avec toute la certitude de la foi, que ce sacrifice qui n'est point souillé ni diminué par l'indignité de celui qui l'offre, produit infailliblement des grâces sans nombre qui sont appliquées suivant l'intention du prêtre, Dieu veuille donc, ma chère Maman, vous rendre à tous deux le cœur docile à ces grâces, fruit du sacrifice, afin que l'amour de Dieu, la pratique de sa religion, pénètrent de plus en plus ton cœur et qu'ils se fassent jour dans celui de Papa. C'est là ce que je ne cesserai de demander avec persévérance jusqu'au dernier jour.
Je t'écrirai dans quelques jours le jour précis de mon départ, je voudrais bien qu'il n'y eut rien d'extraordinaire à l'église, le jour où je chanterai la messe qui sera le dimanche 28 juin. Du reste, j'aurai déjà dit une ou deux messes basses à Chevigny : l'extraordinaire ne me va pas.
Neuf jours après son ordination, M. d'Arbaumont dit la messe au catéchisme de persévérance de la paroisse, puis adressa aux jeunes gens quelques paroles sur la force chrétienne dont le Saint- Sacrifice et la sainte Communion sont les sources. Le soir de ce même dimanche, il fit une petite exhortation aux enfants malades de l'hospice de l' Enfant-Jésus et une autre aux religieuses. Un saint prêtre présent lui dit : « M. l'abbé, gardez toujours dans vos sermons cet esprit de simplicité. » M. d'Arbaumont ajoute : « Le compliment et la politesse à part, je regarde ce mot comme m' ayant été envoyé par la bonne Providence. Pas de phrases, pas de sermons contournés, marqués, attiffés, pas de sermons théoriques ronflants et superbes, de périodes fougueuses comme un cheval de manège, mais cunt
brevitate et facilitate sermonis (i) quantum fien potest, et avec amour, surtout avec amour. » Nous verrons plus tard combien le P. Jean fut fidèle aux résolutions du jeune d'Arbaumont, combien il sanctifia d'âmes par cette méthode qui faisait dire à tous ses auditeurs : Ce n'est pas un grand orateur, mais c'est un saint prédicateur.
Il écrivit encore pour lui-même dans son journal : « Hélas ! la vanité m'a bien poursuivi hier. Mon Dieu, je déteste cela, j'y renonce, j'en ai horreur. Quoi ! faire servir le sacerdoce divin à me procurer la satisfaction d'une ridicule vanité, oh! l'horreur! le renversement, la sottise ! . . . Soli Deo honor et gloria (2) ; non nobis sed nomini tuo da gloriam (3); nobis confus io faciei nostrœ ( 4 ) . . . Illum oportet crescere, me autem minui (5). Je demanderai cette grâce, le 24, à la fête de S. Jean-Baptiste. »
IX. — Le 16 juin, il alla prendre congé de la chère maison d'Issy, à la Solitude, àLorette, à Toutes-Grâces, à ces délicieux sanctuaires où chaque séminariste en partant laisse son cœur pour jamais. Enfin, il quitta ses bons et pieux maîtres de Saint- Sulpice, avec des déchirements inexprimables. Leur vie sainte, les maximes de foi qu'il en avait reçues, avaient laissé dans son âme d'heureuses impressions de vertu qu'il garda toute sa vie.
Tels étaient ces élèves de Saint-Sulpice si décrié par ceux qui ne l'ont pas connu. Le jeune prêtre
(1) Trident, sess. v. cap. n. de Reform. Le livre des Macch. II. 32, avait déjà dit : Brevitatem vero dictionis sectari.
(2) Tim. I, 17.
(3) Psal. cxiii, 9.
(4) Dan. ix, 8.
(5) Jean, m, 30.
y avait formé de célèbres et durables amitiés que la mort seule put briser sur la terre pour les continuer dans le ciel : l'illustre cardinal Pie, Msr Nouvel, évêque de Quimper, Msr Coullié, évêque d'Orléans, Msr de Cabrières , évêque de Montpellier, et tant d'autres dont les noms reviendront dans cette histoire ; tous également formés par les mêmes maîtres, tous également dévoués aux plus saines doctrines de l'Eglise catholique sans épithète, tous, dans des sphères et des milieux divers, les champions de l'Eglise romaine.
Jamais les souvenirs de son ordination ne purent s'effacer de sa mémoire. De longues années après , quand l'imagination n'a plus d'illusions, que les pensées sont devenues plus positives , il écrivait dans son journal : <>< Ces instants solennels sont encore présents dans ma mémoire. J'aime à me les rappeler et l'impression que j'éprouvai après mon sous-diaconat, lorsque, exerçant pour la première fois mon office, j'enfonçai les mains dans le calice encore teint du sang de Notre-Seigneur, et la haute idée que je conçus de la tonsure, et mon émotion, lorsqu'étant diacre, je tirai pour la première fois le saint-ciboire du tabernacle, et mon étonnement au sortir de l'ordination sacerdotale, en regardant mes mains consacrées et en songeant aux pouvoirs merveilleux attachés à quelques-unes de mes paroles, et la religieuse stupeur avec laquelle je montai pour la première fois au saint autel , et accomplis mon premier sacrifice. Oh! première et fraîche impression de la grâce sacerdotale , qu'êtes-vous devenue ! Hélas ! une malheureuse routine m'empêche d'attacher le même prix à ces grâces et à ces mystères. » si souvent renouvelés, mais toujours aussi augustes
La suite de cette histoire dira au contraire comment, en changeant de nom et se retournant vers les austérités de la pénitence, sa foi avait grandi pendant que sa dévotion sensible avait diminué. Dieu l'avait nourri pendant quatre années , avec une bonté maternelle, du lait des enfants ; désormais, sa bonté paternelle le nourrira du pain des forts.
Il partit avec le plus aimé de ses condisciples, l'abbé Besson, du diocèse de Gap, le confident intime de tous les secrets de son cœur, qui portait aussi en lui toute la fraîcheur de la grâce du sacerdoce ; ils avaient été ordonnés ensemble, et, comme les disciples d'Emmaùs, ils ne parlèrent le long de la route que des bontés sans nombre de Notre-Seigneur à leur égard : eux aussi l'avaient reconnu à la fraction du pain. Ils s'excitaient l'un l'autre à la sainteté. Hélas! ces pieux entretiens, après quelques jours passés ensemble à Chevigny, devaient être les derniers de leur vie. Après dix-huit mois d'une pieuse correspondance où l'abbé Besson laissa voir tous les trésors de grâce et de sagesse qui étaient en lui, Dieu le retira de ce monde, le jugeant comme un fruit déjà mûr pour le Ciel.
Avant d'entrer dans le ministère, M. d'Arbaumont passa quelque temps à Chevigny, dans sa famille, à qui sa vocation avait imposé de si douloureux sacrifices. Il savait la plaie qu'il leur avait faite, il voulait l'adoucir, surtout pour son pauvre père, résigné, mais non consolé. Il le fit en effet, mais en vrai ministre du bon Dieu, fortement et fermement résolu à se poser en prêtre dès le début de sa carrière sacerdotale.