‹ La Vie Ecclesiastique et ReligieuseChapitre 12 sur 55 · L'ÉGLISE DE MONTBÉLIARD SOUS LÉOPOLD-EBERHARD · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DE MONTBÉLIARD SOUS LÉOPOLD-EBERHARD

Le duc Léopold-Eberhard. Son caractère. Ses exactions et ses scandales. Relächement de la discipline ecclésiastique. Scandale donné par les surintendants Gropp et Bocksbammer. Le ministre Binninger. Exagération des jugements portés sur cette période. Les ministres fidèles.

L'Église de notre pays — telle que les circonstances et les luttes des siècles précédents l’ont constituée -— est une Église luthérienne établie, ou à peu près, sur le modèle des Églises du Würtemberg. Tant qu’une Église reste fidèle à la parole de Dieu et au principe fondamental sur lequel elle a été constituée, sa vie, nous l'avons remarqué déjà, n’est pas nécessairement liée à sa fidélité aux symboles ecclésiastiques élaborés par ses penseurs. Sa vie, grâce à Dieu, ne dépend pas davantage du bon ou du mauvais vouloir des grands de ce monde. Un prince pieux peut contribuer à la prospérité d’une Église chrétienne. Un mauvais prince peut, au contraire, porter atteinte à ses droits, il peut la dépouiller, la ruiner des richesses du monde, il peut confier les hautes charges officielles à des indignes, mais la tuer, il ne le peut pas.

Léopold-Eberhard à eu certainement une mauvaise influence sur la vie de notre Église, mais il ne l’a pas réduite à cet état de mort et de corruption qui nous a été si souvent décrit par des historiens trop pressés de conclure.

Léopold-Eberhard est le plus mauvais des princes (1) qui ont régné sur notre pays. Je crois même qu'il était un peu fou. Son père avait des étrangetés — malgré ses qualités sérieuses. Sa mère, si l’on en croit Tallemant des Réaux, souffrait depuis sa jeunesse d’une maladie nerveuse (?). Elle est morte folle. Plusieurs de ses filles sont mortes folles comme elle-même. La redoutable loi de lhérédité parait donc avoir pesé sur Léopold-Eberhard ; il était violent comme son père ; il en vint à ne plus supporter la moindre contradiction ; ses mœurs étaient déplorables ; il donna à Montbéliard pendant plus de vingt ans le spectacle d’une vie éhontée. S'il n’entre pas dans ma pensée de le suivre dans les tristes étapes de sa vie privée, il faut pourtant signaler quelquesunes des mesures qui firent le plus de tort à sa mémoire. Il était très préoccupé par exemple de bien établir ses nombreux enfants illégitimes. Ceux-ci avaient à sa mort des biens considérables dans toutes ses possessions de Montbéliard et d'Alsace (*). Léopold-Eberhard avait besoin de beaucoup de ressources pour faire face à ses dépenses avouées ou inavouables. Pour s’en procurer, il pilla la recette ecclésiastique destinée à entretenir les pasteurs et les écoles. Il promulgua une loi de déshérence qui lui attribuait les biens vacants. En 1710 il ordonna aux habitants de Montbéliard

(1) Voyez sur le règne de ce prince : P. E. Tuefferd, Histoire des Comtes de Montbéliard. Baronne d'Oberkirch, Mémoires. À la bibliothèque de Montbéliard et aux archives nationales les pièces relatives à la Succession de Léopold-Eberhard.

(2) « Mademoiselle de Coligny, en son enfance, avait eu une maladie la plus étrange du monde ; elle gravissait, quand son mal la prenait, le long d’une tapisserie comme un chat et faisait des choses si extraordinaires qu'on ne savait qu'en croire ». Tallemant des Réaux, tome V, pages 211 et 212 de l'édition Garnier.

(3) Les biens donnés par le duc Léopold-Eberhard à ses nombreux enfants naturels dans le Comté de Montbéliard, les quatre Seigneuries, en Haute-Alsace et dans le Comté et Duché de Bourgogne, présentaient une surface de 9000 journaux, leur acquisition avait coûté 587.980 livres tournois, somme énorme pour le temps.

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