SOUS LÉOPOLD-EBERHARD
Ainsi, on nous cite deux pasteurs qui, sous le règne de Léopold-Eberhard, se sont montrés vraiment indignes de leurs fonctions. Ce sont deux étrangers au pays, Gropp et Bockshammer. Ajoutons encore le nom de Binninger, ministre de Seloncourt, qui paraît avoir joué un rôle peu clair dans la lutte de Léopold-Eberhard et des bourgeois de Montbéliard. Ajoutons à la liste Ulric Ducommun dit Véron, pasteur à Étupes, dont on disait qu'il était plus familier avec les poètes qu'avec les prophètes et qui est bien connu des curieux par deux petits livres qu’il intitule « galants » et qui sont légers (1). Citons encore le pasteur d’'Etobon, P.-C. Parrot, qu'on accusait de boire trop volontiers avec son ancien Jean Plançon et de fumer à l'excès. Mais va-t-on juger vingt-cinq années de la vie de notre Église d’après les fautes ou les imprudences de quatre ou cinq pasteurs ? Au commencement du xvr"e siècle, il y avait environ trente pasteurs en activité dans notre pays. Cinq sont des courtisans du prince ou mal qualifiés pour leurs fonctions ; c’est beaucoup trop ; mais enfin il reste les vingt-cinq autres. Eh bien, ceux-là sont en très grande majorité des serviteurs de Dieu dévoués et courageux, des hommes pieux.
Nous allons citer des exemples que chacun pourra contrôler. Au début du règne de Léopold-Eberhard, le premier pasteur de Saint-Martin, commis-surintendant des Églises, est Jean Nardin, un homme intelligent et pieux, à la fidélité, à l’activité duquel les contemporains rendent hommage et que son fils Jean-Frédéric, l’auteur des Sermons, recommande aussi auprès de nous.
Son successeur fut Pierre Macler (1707-1729) qui, après la mort de Léopold-Eberhard et l’emprisonnement de lan-
(1) Composés d’ailleurs avant son entrée dans le ministère,
cien surintendant Bockshammer, fut choisi lui-même comme surintendant.
Le diacre de Saint-Martin, devenu plus tard second ministre, est Léonard Tuefferd, à qui le surintendant rend ce témoignage qu’il est un digne ministre de l’Evangile, qu'il a du zèle et des connaissances étendues. Il avait été précédemment pasteur au Ban-de-la-Roche, où il avait laissé de bons souvenirs (1).
Continuons notre examen en suivant l’ordre alphabétique des paroisses. À Audincourt, Nicolas Vurpillot (1695-1730) est un ministre capable et de beaucoup de connaissances particulières. Il est aimé et respecté de son troupeau.
A Bavans, nous trouvons Georges-Adam Nigrin, futur surintendant de nos Églises. C'était « un homme instruit et entreprenant », qui avait subi à Besançon un long et dur emprisonnement pour avoir voulu continuer ses services à Saint-Maurice malgré la défense de lintendant. Il ne fut relâché que sur les démarches réitérées de sa femme, qui sacrifia tous ses biens pour obtenir son élargissement.
À Blamont, Jean Ponnier (1675-1725) prépare par sa fidélité le ministère de Nardin (?).
À Brevilliers, nous retrouvons Nicolas Charrière, qui avait exercé le dur ministère du Ban-de-la-Roche où sa femme, Elisabeth Fallot, dévouée comme lui, le secondait en tenant l’école des filles (°).
Chagey possède à cette époque un pasteur actif et pieux, un homme d'ordre et d'initiative, Samuel Méquillet, l’auteur d’une Znstruction catéchétique dont nous aurons à parler plus tard. Pendant l’occupation d'Héricourt par les Français,
QG) M E. Rœhrich, Le Ban-de-la-Roche. — Paris, Fischbacher, 1890, page 56. (2) Voir page 13.
(3) Le Ban-de-la-Roche, page 60.
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il fit courageusement son service de Chagey, alors que personne n'osait sortir de la ville (1).
Le pasteur d'Étupes, Jean Duvernoy, avait été pasteur au Ban-de-la-Roche (1691-1694) qu'il avait quitté « épuisé de fatigue (©) ». « Sa capacité et ses études, dit un rapport d'inspection, sont en quelque façon au-dessus de la médiocrité ». Son fils Jean-Jacques Duvernoy fut l’un de nos pasteurs les plus distingués et les plus pieux.
À Saint-Julien signalons encore Pierre-Christophe Morel, qui avait été pasteur au Ban-de-la-Roche de 1700 à 1707 et qu'un rapport d'inspection accusait un peu plus tard de « donner dans une sévérité un peu outrée ».
Si l’on veut bien remarquer aussi que nous ne parlons pas ici des pasteurs à tendance piétiste, à qui nous avons à consacrer un chapitre spécial, on nous permettra de conclure que, malgré les fautes ou les faiblesses de quelques-uns, les pasteurs de notre pays ont été sous Léopold-Eberhard à la hauteur de leur ministère.
Non, la vie religieuse, la piété, le sentiment du devoir n'avaient pas entièrement disparu de nos Eglises pendant la période que nous venons d'étudier. Qu'il y ait eu dans les mœurs un certain relâchement, que l’exemple du prince ait été mauvais pour une partie de la population montbéliardaise, cela est bien certain. Mais à côté de cela, l’Église vivait sa vie, faisait son œuvre. Âu moment où on la dit morte, elle va reprendre, au contraire, une vie nouvelle et élargie, sous laction du grand mouvement religieux qui s’est appelé le piétisme.
(1) Samuel Méquillet était fils de Jean Méquillet, ministre à Valentigney, puis à Montbéliard, et d'Elisabeth-Eléonore Brisechoux. Il étudia à Tubingue de 1688 à 1692. Diacre à Héricourt de 1694 à 1700, il remplace, à Chagey, à cette date, son frère Jean-Georges Méquillet qui venait de mourir.
La famille Méquillet est originaire de Montécheroux.
(2) Le Ban-de-la-Roche, page 60.
CHAPIIRE Il