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CHAPITRE. IV

Temps meilleurs. Le duc Eberbard-Louis. Son caractère. Arrivée à Montbéliard. Efforts de réorganisation politique et religieuse. L'ordonnance de 1724. Influence générale du piétisme. Léopold-Georges Pelletier. Jean-Nicolas Vallet des Barres.

Léopold-Eberhard, arraché par la mort à sa vie de débauche, fut enterré en hâte et sans pompe, comme un Louis XIV au petit pied. Si on ne peut dire avec justice qu’il avait tué l’Église de notre pays, on peut dire du moins qu’il l'avait désorganisée. Des réformes sérieuses s’imposaient.

Pouvait-on les attendre de son successeur ?

Au premier abord, il y avait quelque raison d’en douter. C'était le prince régnant de Wurtemberg, Eberhard-Louis, qui succédait à Montbéliard à son cousin Léopold-Eberhard, et il ne brillait point par l’austérité (‘).

La princesse de Wurtemberg, bonne femme, mais superstitieuse et jalouse, n'avait, dit un historien, ni les qualités du corps, ni celles de Pesprit. Elle n'avait pas su s’attacher son brillant époux.

En 1723, il était depuis de longues années sous la domination d’une aventurière mecklembourgeoise, Christine-Wilhelmine de Grævenitz.

(1) Sur Eberhard-Louis consultez la bibliographie donnée par J.-J. Moser, Wirtembergische Bibliothek, 4° édition, Stuttgart, 1796, p. 122. L.-T. Spittler, Geschichte

Wirtembergs unter der Regierung der Grafen und Herxoge, Gœttingen, 1783. K. Pfaff, Geschichte des Furstenhauses und Landes Wirtemberg, Stuttgart, 1839, tome IV.

Poussé par les conseils d’un ami peu scrupuleux, le prince de Hohenzollern, Eberhard-Louis avait épousé secrètement Wilhelmine de Grævenitz dans les premiers jours de 1707.

L'Église du Wurtemberg n'eut pas la lâche complaisance d’un Bockshammer, elle protesta hautement contre l’adultère que le prince avait essayé de légaliser. Le prédicateur de la cour Hedinger tonna contre le prince, le chapelain Malblanc (!) refusa d'admettre à la Sainte-Cène la comtesse de Grævenitz.

Le prince Hohenzollern lui assurant que le pape annulerait son mariage, Eberhard-Louis eut un moment l'intention de se faire catholique. Mais il en fut détourné par le prélat Jean Osiander. | PET

Finalement, le duc céda. Son mariage secret fut annulé. Seulement, à l’aide d’un homme de rien, Jean-Henri Schutz, il fit épouser la comtesse à un vieil endetté complaisant, Jean-François de Wurben et Freudenthal. La comtesse de Wurben rentra à la cour avec un état de maison et on ne put plus rien contre elle. Elle fut pendant vingt ans la vraie souveraine du Wurtemberg. Elle eut une cour, une étiquette, elle poussa l’audace jusqu’à demander une place dans les prières liturgiques. Elle remplit la cour de ses créatures et fit chasser les hommes honnêtes qu’elle put atteindre, le maréchal de cour Forstner, le prédicateur de cour Urlsprecher. Elle assistait aux séances du conseil et tint le pays en coupe réglée jusqu’en 1731.

Il y eut à cette époque une rupture éclatante. Soupçonnée d’avoir voulu attenter à la vie du prince qui se détachait d’elle, la comtesse fut arrêtée et mise en prison. Elle réussit à échapper à la police princière et à la haine du peuple et

(1) Jules-Frédéric Malblanc était un enfant de nos Églises. Il naquit à Bussurel.

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