‹ La Vie Ecclesiastique et ReligieuseChapitre 18 sur 55 · EBERHARD -LOUIS · texte numérisé non relu

EBERHARD -LOUIS

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s’en alla mourir à Berlin quelques années après Eberhard- Louis.

La fin de celui-ci fut la triste fin des coupables. Il mourut sans héritiers, le 23 novembre 1733, laissant son duché à un cousin catholique, le prince Charles-Alexandre.

Eberhard-Louis avait été un prince brillant, plein de vie, généreux, mais aussi dépensier, follement prodigue quelquefois (1), livré tout entier à une passion qui le fit croire ensorcelé.

C’est à lui qu’allait incomber la tâche de relever les ruines matérielles et morales que Léopold-Eberhard avait faites dans notre pays.

Qu’était-il au point de vue religieux ? Un sceptique, ainsi qu’on a déjà pu le conclure de ce que nous avons dit de lui, et de plus, son attitude religieuse était déterminée par celle qu'avait prise la comtesse de Wurben.

Or la comtesse de Wurben savait le piétisme à la mode, et il est remarquable que la plupart des prédicateurs de la cour de Wurtemberg ont appartenu à cette tendance. Hochstetter avait été chargé de ces fonctions, mais il trouva la charge trop lourde et il demanda à reprendre ses leçons de professeur. C’est la comtesse de Wurben qui, en 1714, fit nommer prédicateur de cour Urlsprecher, un piétiste, comme Hiemer qui occupait ces fonctions périlleuses en 1725, c’est-à-dire à l’époque où le pays de Montbéliard rentra sous la direction du duc régnant de Wurtemberg.

D'une manière générale on peut dire qu'Eberhard-Louis valait mieux en somme que Léopold-Eberhard et qu’il était, de plus, beaucoup mieux entouré.

(@) Il avait un goût prononcé pour la chasse. Il allait jusqu’à faire venir de loin des loups, des renards et des sangliers vivants qu’il enfermait dans d'immenses en-

clos et chassait ensuite en grande pompe. Il emplissait ses écuries de chevaux qu'on avait peine à nourrir.

so LE RELÈVEMENT

Ses complaisances pour la comtesse de Wurben ne purent le débarrasser tout-à-fait d'hommes qui donnaient de bons et courageux conseils.

Pendant tout son règne le ministère ecclésiastique wurtembergeois resta à la hauteur de sa mission.

Ce ministère était très généralement respecté-et respectable. Il était à chaque instant replacé devant ses devoirs par des ordonnances ecclésiastiques détaillées et nombreuses. L'Église, surveillée et critiquée par les sectes naissantes, était vivante et active. Elle subissait, d’une manière très marquée, l’influence de Spener et du piétisme de Halle.

À Stuttgart comme à Montbéliard, le prince était bien en théorie le chef de la religion, summus episcopus, mais, en fait, l'autorité religieuse était exercée par le Conseil ecclésiastique, et comme il s’y trouva sous Eberhard-Louis des hommes résolus à maintenir les droits de l’Église et sa dignité, celle-ci n’eut pas trop à souffrir des fautes personnelles de son chef théorique (1).

Nous avons déjà vu la résistance qu'Eberhard-Louis avait rencontrée à l'égard de ses projets adultères. Lorsque la comtesse de Wurben afficha l'incroyable prétention d’avoir une place dans la prière liturgique, le prélat Jean Osiander répondit qu'il y était déjà fait mention d’elle. Nous prions, ajoutait-il, en disant : « Délivre-nous du mal » (?).

Il n’est pas étonnant que les autorités ecclésiastiques du Wurtemberg, mises au courant du désordre que l’adminis-

(1) Albert de Haller, qui visita le Wurtemberg en 1724, s'exprime ainsi dans son Journal sur la situation religieuse de ce pays : « Im Wäürttembergischen ist der Glaube tiefer in des Volkes Herxen als anderswo und xeigt sich auch im gemeiïnen Leben ; ibre Priester sind geebret, auch die Schulen obne Verachtung, der Gottesdienst eifrig, die geistlichen Gesænge allgemein und alles der Frœmmigkeit gemæsser ». Tagebücher s, Reisen nach Deutschland v. 1723-1727, herause. v. Hirzel, 1882. Pour plus de détails voir :

Würtlembergische Kirchengeschichte, pages $o1-526.

(2) Le mot est aussi attribué à Œchslin.

tration de Léopold-Eberhard avait introduit dans notre pays, se soient eflorcées d’y remédier.

Eberhard-Louis s'étant mis en possession du comté de Montbéliard en dépit de l’opposition tentée par le comte de Sponeck, fils de Léopold-Eberhard, le Conseil de régence des quatre seigneuries fut installé à Montbéliard comme Conseil de toute la principauté. Quelques mois plus tard, le prince vint lui-même à Montbéliard, où il arriva le 18 juillet 1723 (!). Un de ses premiers actes fut de faire arrêter les principaux fonctionnaires du prince défunt. Le conseiller Georges Brisechoux, le surintendant Bockshammer (?) furent enfermés au château; le bailli Léonard Nardin, les conseillers Goguel et Nardin durent garder les arrêts dans leurs maisons. Ils ne furent rendus à la liberté que le 13 décembre 1724. Le ministre de l’Église française, Macler, fut nommé surintendant, et l’œuvre de réforme commença.

Les ministres qui, dès la mort de Léopold-Eberhard, s'étaient préoccupés de réorganiser leurs Églises, avaient demandé à s'adresser directement à Eberhard-Louis par l’intermédiaire du prédicateur de cour, le D' Hiemer, « qui, par son zèle et son inclination pour le bien des Églises, a contribué efficacement à rétablir les choses dans un bon ordre à leur grande consolation ». Un décret du 27 août 1723 leur

(1) I avait avec lui son fils Frédéric-Louis et sa belle-fille. La comtesse de Wurben était aussi du voyage.

(2) Bockshammer avait épousé Catherine Duvernoy. Le 31 août 1724, elle adresse une requête au Conseil « pour qu’il plaise pourvoir à l'entretien de son mari ». Le ministre Bockshammer se trouvant dans la dernière misère, dit le Conseil, nous n’avons pu nous empêcher de lui faire donner, sous la gracieuse approbation de V. A.S., vingt sols par jour pour son entretien le plus nécessaire ». Bockshammer fut mis en liberté l’année suivante «après avoir signé un urphed ». Archives nationales, K. 2173. Bockshammer nommé en 172$ à une petite cure du Wurtemberg, Erdmannhausen, y mourut en 1748, à l’âge de 78 ans.

ordonna de continuer à recevoir leurs instructions du Conseil de régence (1).

Le Conseil ecclésiastique auquel Eberhard-Louis renvoyait nos ministres fut composé des conseillers Cuvier, Rossel, Bouthenot et du surintendant Macler.

Ces hommes de bien ont droit à toute notre reconnaissance. Leurs efforts pour rétablir un peu d’ordre et de discipline dans une Église trop laissée à elle-même n’ont pas été sans fruits. C’est grâce à eux que le règne d’Eberhard-Louis, quelles qu’aient pu être ses fautes, marque pour notre pays une période de relèvement véritable.

Le nouveau Conseil ecclésiastique commença à se réunir le 9 novembre 1723. Son premier soin fut de relever lautorité du Surintendant. Pour y parvenir, le Conseil prit les résolutions suivantes : « Le Surintendant aura l'inspection des ministres, il vaquera à l'établissement et à la présentation des ministres, il veillera à une exacte discipline ecclésiastique, il fera son rapport au Conseil de ses visites. Comme conseiller ecclésiastique, il assistera tous les mercredis au Conseil ecclésiastique et il aura cinq cent livres de plus que les autres ministres ».

L'administration de Léopold-Eberhard avait laissé tomber les écoles. Le Conseil ecclésiastique prit, dès le 22 décembre 1723, la résolution de les réformer. Mais il fallait auparavant se rendre un compte exact de tous les désordres amenés par le règne du dernier prince. Les ministres Macler et Zuegel furent chargés de faire au Conseil un rapport sur l’état des Églises et des écoles. Ce rapport fut en effet présenté le 27 juin 1724.

« On est d'avis, dit à ce propos le Protocole des délibérations du Conseil ecclésiastique, qu'après les sermons prépa-

(1) Archives nationales, K, 2173.

LE RELÈVEMENT 53 ratoires le ministre lira la confession et donnera l’absolution, le peuple à genoux pendant la confession.

On établira huit communions.

On introduira la nouvelle version des Psaumes. On s’efforcera de réprimer les débordements des jours de fête. On rétablira de l’ordre partout enfin ».

Pour rétablir cet ordre dans l’Église, on décida de remettre en honneur l’Ordonnance ecclésiastique de 1560 dont on ne tenait plus assez de compte, et de publier un supplément à cette ordonnance destiné à la compléter. Le recueil des Délibérations du Conseil ecclésiastique nous fait assister en quelque sorte à l'élaboration de ce supplément.

« Le 2 novembre 1724, dit-il, on s'occupe de mettre au point les ordonnances ecclésiastiques ». Le 31 janvier 1725, « on s'occupe de la révision des ordonnances. L’histoire de la Passion devra être expliquée le jour de la Quinquagésime ». L'œuvre, une fois achevée, fut imprimée en 1726 sous ce titre : Supplément aux ordonnances ecclésiastiques de la Principauté de Montbéliard.

L’ordonnance ecclésiastique que cache ce titre modeste occupe une trop grande place dans la vie de nos Églises, pour que nous ne donnions pas ici un rapide résumé de ses prescriptions principales. |

Le Supplémient s'ouvre par une courte introduction qui constate que l’Ordonnance ecclésiastique de 1560 était devenue hors d'usage dans la principauté de Montbéliard, à cause des tristes circonstances et révolutions arrivées et surtout « par l'interruption des visites ecclésiastiques. De plus, il s'était glissé dans l’Église plusieurs abus et désordres ».

Pour ces raisons, Eberhard-Louis à « jugé bon de confirmer cette ancienne ordonnance ecclésiastique », et d’y ajouter en outre les prescriptions suivantes :

s4 LE RELÈVEMENT

De la doctrine. Le Supplément recommande « avant toutes choses à tous ceux qui sont employés au service de l'Église et des écoles les Livres prophétiques et apostoliques comme l'unique fondement de la vraye religion. D'ailleurs, comme leur véritable sens est sommairement renfermé dans les Livres symboliques des Églises évangéliques, et dans la Confession du Duc Christophe, c’est à ces livres qu'il faut se tenir ».

Du saint sacrement du Baptéme. Le Supplément ne modifie en rien la manière d’administrer le baptème établie par l’ancienne ordonnance. Mais il veut que ceux qui ont reçu ce S'-Sacrement « s’'approprient par eux-mêmes publiquement et en face de l’Église les excellentes promesses qui leur y ont été faites ». Pour cela, le Supplément permit d’introduire la cérémonie de la Confirmation déjà usitée en Wurtemberg.

L’ordonnance défend en outre de prendre des parrains trop jeunes ou incapables de sentir leur responsabilité.

Du catéchisme. I n’y avait plus, dans nos Églises, de catéchisme uniforme. L’ordonnance de 1724 prescrit la composition d’un nouveau catéchisme qui soit « sufhsant à instruire les sujets dans la saine doctrine », et qui devra être « reçu et observé dans toutes les Églises ».

De la confession et absolution. L’ordonnance n’entend pas introduire la confession particulière contre l'usage du passé, mais elle prescrit aux ministres d’exhorter fortement le peuple à une vraie repentance, de préparer leurs communiants et après les sermons de préparation, de leur faire lecture publique de la confession qui sera suivie de l’absolution.

De la manière d'administrer la Saïnte-Cène. L’ordonnance de 1560 prescrivait que ceux qui voudront se présenter à la Se Communion soient examinés en particulier par les ministres pour reconnaître s'ils sont en état de le faire dignement. Ce commandement n’ayant pas toujours été exactement exécuté

à Montbéliard, l'ordonnance de 1724 insiste sur cet examen privé, tout en défendant aux ministres d’exclure aucune personne de l’usage de la S'° Cène sans le consentement du Conseil ecclésiastique. La communion devra être célébrée à Montbéliard tous les mois et, dans les villages, toutes les six semaines.

De l'ordre des prières publiques. À chaque prière publique, il sera lu un chapitre de la Bible, en outre des Articles de foi et des Dix commandements. Toute prière doit commencer par une explication sommaire d’un passage de la Bible.

Du chant de l'Église. La nouvelle version des Psaumes usitée dans les Églises françaises protestantes sera introduite dans nos Églises. On devra exercer la jeunesse à chanter les cantiques les plus édifiants qui seront traduits de l’allemand en français.

Des habillements des Ministres de l’Église. Les ministres auront d'eux-mêmes le soin d’observer toute la modestie et la bienséance nécessaires.

De la sanctification du jour du dimanche et d’autres fêtes. L’ordonnance s’efforce de porter remède aux profanations scandaleuses du jour du Seigneur, absences du culte et des catéchisations, négoce avant et après les services, ivrogneries, jeux, danses, etc.

Les jours de la Circoncision, de l’Ascension, du lundi après Pâques et la Pentecôte, les jeudi et vendredi de la semaine sainte devront être regardés comme fériés et marqués, à la ville, par un prêche et, à la campagne, par une catéchisation.

Depuis le dimanche ÆEsto mihi on expliquera en chaire l’histoire de la Passion de Jésus-Christ. Un jour de pénitence et de jeûne sera célébré tous les mois.

De l’ordre et de la manière de bénir les mariages. Une petite

exhortation devra être faite aux nouveaux mariés pour leur représenter les principaux devoirs de l’état du mariage.

La visite des malades devra être exactement faite et la communion administrée.

De l’ordre des funérailles. Aux funérailles de toutes les personnes ayant communié, il sera fait un sermon funèbre tant pour réveiller et édifier l’assemblée que pour consoler les affigés. On devra s'abstenir des parentations.

Des ministres de l’Église. Leur conduite devra se conformer à l’'Ordonnance ecclésiastique de 1560 et à la Cynosura ecclesiastica du Wurtemberg. Il est recommandé de n’envoyer à Tubingue que les jeunes gens ayant vraiment fait les études préparatoires nécessaires. Les candidats rentrés au pays subiront un examen qui permettra de voir si le sujet « entend sa théologie fondamentalement suivant l’Écriture Sainte et nos Livres symboliques ».

La confirmation d’un candidat appelé à un emploi dans l'Église devra se faire en présence du Conseil ecclésiastique d’après les règles établies dans l'ordonnance de1$60.1LE candidat devra «souscrire les Livres symboliques, suivant l’ancien usage qu’on n'aurait jamais dû négliger comme on l’a fait ». Les Ministres sont exhortés à veiller sur leur conduite. Pour « qu’ils soient animés à faire des progrès dans leur théologie, il y aura deux disputes circulaires chaque année». Pendant l'été, il y aura tous les mois une conférence pastorale sous la présidence du Surintendant.

Touchant la boîte des pauvres. En outre de ce qui se fait on établira dans les églises et même dans les cabarets publics des plats ou des boîtes destinés à recevoir les offrandes volontaires.

De la discipline ecclésiastique. Nous avons vu que la discipline ecclésiastique n’était plus exercée sous Léopold-Eber-

Phototyrie J. Royer, Nancy.

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