DUCHESSE DE WURTEMBERG
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hard. L’Ordonnance de 1724 la rétablit avec fermeté. Elle se termine enfin en ordonnant au Surintendant de faire avec vigilance la visite annuelle des Églises.
Une seconde partie est entièrement consacrée aux écoles qui avaient aussi besoin d’être mises sur un pied meilleur.
Cette ordonnance, signée d’Eberhard-Louis, fut donnée à Louisbourg le 30 août 1724, et contresignée par le conseiller Georgii.
Nos lecteurs auront remarqué combien l'influence du piétisme est sensible dans le règlement ecclésiastique que nous venons d’analyser.
La confirmation par la jeunesse adulte des vœux du baptème, les communions plus fréquentes, l’examen privé du communiant, le souci de rendre les catéchisations plus pratiques et plus utiles, la préoccupation de relever la moralité générale, tout cela appartient au programme réformateur de Spener. Nous sentons, dans l’ordonnance de 1724, l’influence du prédicateur de cour Hiemer, qui appartenait à la tendance piétiste. Il s’est donc produit chez nous ce qui s'était déjà vu en Wurtemberg : on combattait encore le piétisme — surtout dans ses manifestations imprudentes — qu’il était déjà victorieux.
L’ordonnance de 1724 dut apporter une grande joie aux hommes pieux de notre pays, à ceux qui, par leur fidélité, avaient permis à leur Église de passer vivante à travers une crise redoutable. Nardin, qui survécut de quelques années à la publication de l'ordonnance, put voir que le temps de la « théologie fulminante » était passé. Les autorités ecclésiastiques nouvelles laissent tomber les accusations de piétisme qui se produisent. Ainsi nous voyons, le 18 octobre 1724, le président de Negendank faire lecture au Conseil d’une lettre à lui écrite par le ministre Binninger dénonçant les ministres
Duvernoy, Surleau, Blanchot et Nardin, qui « faisaient des assemblées fréquentes et régulières entre eux dans un ésprit de piétisme ». Il sera informé, dit le Conseil ecclésiastique ; mais l'information ne donna rien.
L'ancienne polémique paraît outrée aux hommes d’une nouvelle génération, qui apprécie de moins en moins les controverses religieuses. Le 19 octobre 1725, le Conseil décide que « M. le Surintendant insinuera à tous les ministres de s'abstenir de prêcher la controverse trop fortement en chaire ».
Fidèle à ce pacifique mot d’ordre, le Surintendant se plaint, le 16 juillet 1727, du ministre Rayot de Clairegoutte, qui, « prêchant dimanche dernier dans l’Église française, parla d’une manière outrée des Réformés qu'il maltraita extrèmement ». Il demande que Rayot soit mandé et repris (').
Les idées, on le voit, ont marché avec les années. Le piétisme a si bien étendu ses conquêtes qu’il compte bientôt des représentants jusque dans le ministère de la ville de Montbéliard. On peut dire que, sous le règne d’Eberhard- Louis, le piétisme a conquis droit de cité dans nos Églises. Non seulement il a inspiré des mesures approuvées par l’assemblée du ministère, mais même les pasteurs qui se réclament ouvertement de cette tendance ne sont plus inquiétés que pour des imprudences de conduite.
Les noms de deux de ces pasteurs sont parvenus jusqu’à nous, ce sont ceux de Léopold-Georges Pelletier et Jean- Nicolas Vallet des Barres.
Léopold-Georges Pelletier, fils de J.-J. Pelletier, ministre
(1) Il faut croire que l'esprit polémique déborde quelquefois l’Église pour envahir la famille même, car à la date du 27 septembre 1727, nous trouvons dans les délibérations du Conseil ecclésiastique la note suivante : «Le S' Surintendant exhortera le ministre Rayot de mieux vivre avec sa femme, à défaut de quoi il en portera plainte au Conseil ecclésiastique.
LE RELÈVEMENT s9
à Étobon, puis à Allanjoie, était né en 1677 à Montbéliard où son père était alors maitre d'école. Après avoir suivi les classes de l’école latine de la ville, il partit pour Tubingue, où il séjourna du 17 juin 1698 au 11 septembre 1700. Suivant l’exemple d’un grand nombre de jeunes ecclésiastiques wurtembergeois, il se rendit à l’Université de Halle où il acquit, dit M. Beurlin, de profondes connaissances (1). Après quelques années de préceptorat, il fut nommé pasteur à Waldersbach, dans le Ban-de-la-Roche, où il séjourna de 1707 à 1712. Dans ce court laps de temps, il exerça une influence bénie dans sa paroisse. Très pieux, très zélé, rapporte un des derniers historiens du Ban-de-la-Roche (?), il s’efforça de secouer l’apathie naturelle des habitants. Il organisa des réunions religieuses du soir, des conventicules comme disaient les ennemis du piétisme. Comme son père avant lui, Léopold- Georges Pelletier rencontra de vives oppositions. On alla jusqu’à troubler les réunions du soir par des coups de fusil.
Pendant le rude hiver de 1709, Pelletier assista efficacement ses paroissiens et, après son départ, il resta en relations avec beaucoup d’entre eux. On chantait encore en 1830, dit Me Rœhrich, un cantique de sa composition, plus remarquable par l'intensité de la foi que par la beauté de la forme poétique (°).
Voici d’ailleurs en quels termes une contemporaine d’O:berlin (©) parle de Pelletier : « Après ces terribles guerres, Dieu envoya son serviteur M. Pelletier parmi cette première génération. On ne voulut pas longtemps le garder. Le Seigneur le rappela. Il avait semé. La bonne terre pouvait produire ».
(1) Recherches historiques..…., page 650.
(2) M*° E. Rœhrich, Le Ban-de-la-Roche, 1890, pages 61-62-63. (8) Cf. La Vie d'Oberlin, par Stæber. Strasbourg, 1837.
(4) Le Ban-de-la-Roche, page 62.
Pelletier revint en 1712 dans le pays de Montbéliard et il fut, jusqu’en 1723, vicaire de son père à Allanjoie (1).
Il était depuis trois mois vicaire de la paroisse allemande de Montbéliard lorsqu'il fut appelé à Etobon par un rescrit d’Eberhard-Louis et installé par les soins du surintendant Macler. Le ministère de Pelletier à Etobon fut de courte durée ; en 1725, il fut appelé aux fonctions de diacre de la paroisse Saint-Martin à Montbéliard. En 1735, lors de l’occupation de Montbéliard par la France, il remplit en outre les fonctions de vicaire de la paroisse allemande. Il devint second pasteur de cette paroisse en avril 1737 et premier pasteur en 1744. C’est dans ces fonctions que la mort vint le trouver, le 4 décembre 1745. Il n'avait pas cessé d’être un pasteur actif et vigilant, aussi laissa-t-il de vifs regrets à Montbéliard (°?).
On voit que le piétisme de Pelletier ne l’avait pas empèché d’être appelé au poste très recherché de pasteur à Montbéliard, mais il lui valut cependant quelques tracasseries.
(2) Les piétistes n'étaient pas sans exciter la raillerie des indifférents. Voici, par exemple, l’histoire que M. Ch. Duvernoy rapporte sur L.-G. Pelletier : « Un jour que Léopold-Georges Pelletier s’en allait au village d’Allanjoie où son père était pasteur et qu’il suivait à pied le grand chemin de Montbéliard à Sochaux, absorbé dans une lecture toute spirituelle, un mauvais plaisant placé sur la terrasse du chäteau et muni d’un tube acoustique ou porte-voix l’appela deux ou trois fois par son nom en lui recommandant d’ôter ses souliers : Pelletier, Pelletier, ôte tes souliers | Pelletier qui crut entendre une voix d’En-Haut se hâta de se déchausser, et s'étant précipité à genoux, il s’écria avec l’accent d’une vive componction et les bras élevés vers le ciel : Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! De bruyants éclats de rire venus à ses oreilles le tirèrent de sa crédule illusion ». Nous donnons l’histoire pour ce qu’elle vaut. Elle prouve en tous cas la réputation de piété que Pelletier s'était faite.
(2) Pendant son séjour au Ban-de-la-Roche, Pelletier avait épousé Edwige Bouthenot, de Montbéliard. Il en eut plusieurs enfants dont trois seulement nous sont connus : Catherine-Eulalie-Judith Pelletier, Marie-Patience-Sidonie Pelletier. Un de ses fils, né à Étobon le 20 août 1724, y mourut le jour même de sa naissance. Edwige Bouthenot étant morte en 1741, L.-G. Pelletier épousa, le 24 janvier 1742, Suzanne Queslet, dont il n’eut pas d’enfants.
M. Beurlin a publié dans l’Ami chrétien des familles, en 1859, une Notice biograbhique sur L.-G. Pelletier,
Son appel à Montbéliard en 172$ provoqua quelques protestations. Ainsi le 9 mars de cette année, nous voyons le président du Conseil ecclésiastique proposer au conseil de « délibérer si l’on doit mander le ministre Pelletier d’Etobon pour l'installer dans sa charge de diacre de Montbéliard ou si, avant cela, on doit référer à S. A. S. les accusations faites contre lui par l’ancien Marc Verenet, et qui consistent principalement en ce qu’étant à Montbéliard, il y a quatorze ans, il faisait des prédications particulières chez lui de nuit et qu'étant ensuite allé au Ban-de-la-Roche, il s'était si mal conduit qu'il avait porté deux sujets à perdre leur âme en changeant de religion (1) ». Mandé au Conseil le 13 mars 1725, Léopold-Georges Pelletier répondit sans doute victorieusement aux plaintes de l’ancien Verenet, car on lui remit dans cette même séance un acte pour sa légitimation au diaconat.
Toutefois la sévérité de Pelletier devait lui susciter encore quelques affaires. Ainsi, le 11 juin 1727, le Surintendant rapporte au Conseil « que le Maître Bourgeois en chef et le Conforteur lui ont porté plainte que dimanche dernier au dernier sermon le sieur diacre Pelletier avait presché avec aigreur contre eux jusqu'à nommer les trois Corps de la ville (2) ». Pelletier dut donner son sermon « par écrit », mais il ne fut pas inquiété.
Nouvelle affaire le 22 octobre de la même année. Cette fois il est accusé d’avoir prêché des hérésies en chaire par le maître de la commune Melchior Koch, par David Pontois et Jean Meyer. Accusé et accusateurs furent cités à comparaître
(1) Protocole des délibérations du Conseil ecclésiastique. Archives nationales, K. 2178.
(2) Protocole des délibérations du Conseil ecclésiastique. Archives nationales, K. 2178.
62 LE RELÈVEMENT devant des commissaires spéciaux qui firent leur rapport au Conseil. Celui-ci maintint Pelletier dans ses fonctions.
Pelletier, sur la fin de son ministère, avait accueilli avec joie le premier émissaire morave qui vint à Montbéliard.
Un autre piétiste, Jean-Nicolas Vallet des Barres, fut moins heureux que Pelletier. Sans cesse cité devant le Conseil, il finit par être expulsé et se retira en Allemagne. Il paraît bien avoir mêlé à son zèle quelques fautes de conduite. Avec lui, nous voyons le piétisme dévier et devenir un séparatisme dont l’Église avait le droit de se préoccuper.
Tout ce que nous savons de Jean-Nicolas Vallet (1), c’est qu’il exerça pendant quelque temps le ministère au Ban-de-la- Roche, à Rothau. Lorsque l'administration française cessa de tolérer en Alsace des pasteurs étrangers, il est probable que Vallet des Barres rentra dans notre pays dont il était originaire, dans l'espoir de trouver un emploi. Il s'était fixé à Laire dans la paroisse d’'Héricourt. De là le titre qui lui est donné de «théologien demeurant à Laire ». Vivant ainsi dans un village assez éloigné de la paroisse chef-lieu, Vallet des Barres se mit à tenir des assemblées religieuses. Sur la plainte de l’ancien de Laire, il fut cité à comparaître le ro avril 1726. Les anciens de Laire entendus, il fut défendu à Vallet des Barres « de continuer à faire des assemblées soit de nuit ou de jour ou en quelle manière que ce soit, dans ce lieu ni aïlleurs ». Le 26 mai de la même année, de nouvelles plaintes furent adressées au Conseil contre Vallet, « qui continue à tenir des assemblées nocturnes aussi bien que de jour, par où l’Église de Tavel se trouve entièrement divisée ». Vallet nia le fait. La même défense lui fut signifiée « sous peine par lui d’être renvoyé du pays ».
(1) Jean-Nicolas Vallet des Barres, de Montbéliard, entra au séminaire de T'ubingue en 1699 ; il en sortit le 20 octobre 1706.
Cependant, le 17 juillet de la même année, le ministre Tuefferd renouvelle ses plaintes en exposant que, « quoique le théologien qui est à Laire ne fasse plus d’assemblées publiques à Laire, où il réside, il continue cependant d’aller de maisons en maisons et même dans les villages voisins de Trémoins et de Tavel pour y insinuer et enseigner sans doute sa doctrine (1) ».
L’année suivante, le 30 juillet 1727, ce sont des accusations plus graves qui sont portées contre Vallet. On lui reproche de vivre d’une manière scandaleuse avec sa servante et de ne faire aucun acte extérieur de religion. Expulsé du pays, Vallet se retira en Allemagne.
Ce que nous savons de l’influence piétiste à Montbéliard tend à nous faire penser que si Vallet n’eût été qu'un « piétiste », et s’il ne se fût pas rendu coupable de quelque faute, le Conseil ecclésiastique n’eût pas agi avec tant de rigueur envers lui.
Quoiqu'il en soit, le piétisme ecclésiastique resta dans l'Église jusqu’au moment où ce mouvement se confondit avec l'agitation causée par l’arrivée des Moraves qui ont été dans nos Églises non des initiateurs, mais les successeurs et les héritiers du piétisme.
(1) Protocole des délibérations du Conseil ecclésiastique. Archives nationales,