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CHAPITRE VII

Arrivée des Moraves à Montbéliard. Le frère Bex à Montécheroux. Frère Philippe Durbaum. Son séjour & Montbéliard. Opposition lutbérienne. Plaintes des ministres contre J.-J. Duvernoy. L'Édit de 1747. Un sermon de Fries. Il est poursuivi. Le ministre Jacquin. Polémique de Bonsen. Une réunion morave à Montécheroux.

Le piétisme avait été une première réaction contre l’élément intellectualiste qui s’était développé sans mesure dans l’orthodoxie luthérienne. Le mouvement religieux qui se rattache au nom de Zinzendorf (!) est une forme nouvelle de cet esprit de réaction anti-scolastique qui n’a jamais complètement disparu des Églises issues de la Réforme et dont l'expression la plus récente s'appelle aujourd’hui la « théologie de la conscience » (?).

(1) Sur Zinzendorf et le mouvement morave, voyez particulièrement : Spangenberg, Leben des Grafen v. Zinxendorf, Barby, 1772-177$. Schrautenbach, Der Graf v. Zinxendorf (écrit en 1782, publié par Kæbling, 2°° édit. Gnadau, 1871). J.-C. Duvernoy (fils du Surintendant J.-J. Duvernoy), Kurzgefasste Lebensgeschichte des Grafen v. Zinxendorf, Barby, 1793. Félix Bovet, Le Comte de Zinxendorf, Paris, 1860. Le Chrétien évangélique de Lausanne, 20 février 1874, Zinxendorf, par E. R. B. Becker dans Herzog-Plitt, Real-Encyklopædie, tome XVIT, article Zinxendorf. Cf. aussi : Vie d’Auguste-Gottlieb Spangenberg, par Jérémie Rüsler, traduite par Louis Richard, Neuchatel, 1835.

(2) Le beau passage que nous allons citer donne une idée très nette de la position théologique de Zinzendorf.

« Le Fils de Dieu est mon Sauveur, voilà ce dont j'étais aussi sûr que de mes cinq doigts. Je l'avais aimé depuis tant d’années ; je l'avais si souvent invoqué |! tant d'expériences douces et amères, tant d'actions de grâces, tant de châtiments, tant de prières exaucées s'étaient alternativement succédé pour moi! Ce que je croyais m'était cher, ce que je pensais m'était odieux ; je pris alors la ferme résolution de faire usage de ma raison dans les choses humaines et de la développer autant que

Zinzendorf n’est pas, à proprement parler, un théologien. On trouverait difficilement dans ses écrits une systématisation sévère de sa pensée. Mais c'était un esprit génial qui avait une direction ferme, au point que Ritschl a pu écrire un intéressant et suggestif chapitre sur la théologie de Zinzendorf (1).

Le mérite de Zinzendorf est pourtant surtout d’ordre pratique. Il laisse là la théologie rationnelle de l’école et consacre tout son effort à montrer au peuple le Christ historique.

« Convaincu, dit M. Bovet, que c’est la vie qui est /a lumière des hommes, il s’est efforcé de faire sortir la religion du domaine de l’abstraction ». Les théologiens, avec leurs controverses, leurs disputes et leurs accusations d’hérésie, ont perdu de vue la tâche à accomplir : redire au monde l’histoire de Jésus venu dans le monde pour sauver les pécheurs. Ils veulent que l’on croie au christianisme, à leur christianisme. Pour Zinzendorf, le chrétien est un homme qui croit en Jésus-Christ.

Zinzendorf eut de bonne heure des relations avec le Wurtemberg. Il vint à Tubingue en 1733, et sa parole y produisit, sur quelques âmes, ses fruits accoutumés. Il détermina, par exemple, quelques jeunes théologiens à entrer dans la communauté des Frères : Œtinger, Steinhofer, etc. Mais une froideur significative succéda bientôt à ce premier entrainement et, il faut le dire, ce furent les hommes les plus

possible, mais de m'en tenir tout simplement dans les choses spirituelles, à la vérité que mon cœur avait saisie, de faire reposer sur elle toutes les autres vérités, et de rejeter immédiatement tout ce que je ne pourrais pas en déduire. C’est ainsi que Dieu fit naître en moi la résolution de ne pas consumer ma vie dans de vaines et creuses spéculations, mais de m'occuper à des choses édifiantes, d'entrer dans une communion assez intime avec lui pour n'avoir à son sujet que des pensées douces et heureuses, et d’ajourner une intelligence plus profonde de ces mystères au temps où je serais plus mûr pour cela ». F. Bovet, Zinxendorf, tome I, page 28.

(1) Ritschl, Geschichle des Pielismus, tome IIT, pages 404-438.

pieux et les plus aimés du Wurtemberg qui se séparèrent de Zinzendorf (1). Œtinger, Steinhofer furent effrayés des exagérations du comte et rentrèrent dans l’Église luthérienne.

Bilfinger — si large pourtant — visait les Moraves dans un passage du fameux édit de 1743 (°); Weïssmann (°), Bengel se firent un devoir d’exposer leurs scrupules.

Nos jeunes théologiens, étudiants de Tubingue, sentirent naturellement le contre coup de ces évènements. Quelquesuns subirent assez l’ascendant du comte pour oublier ses défauts et pour garder un souvenir ému de sa riche expérience religieuse. Ceux-là devaient naturellement bien accueillir plus tard les émissaires moraves qui, furent envoyés dans notre pays.

Une tradition, recueillie par M. le pasteur Donzé (‘), veut que les Moraves soient venus dans notre pays attirés par la réputation de Nardin. En fait, les premiers missionnaires moraves vinrent à Montbéliard longtemps après la.mort du pasteur de Blamont.

Ce qu’il y a de juste dans la tradition que nous venons de mentionner, c'est que les missionnaires moraves ont été tout naturellement chez nous frapper à la porte des pasteurs à tendance piétiste, et c’est là qu’ils reçurent bon accueil. A

(1) Voir pour plus de détails : Würtlembergische Kirchengeschichte, page 513.

(2) Cet édit, très large pour le temps, réglait la question des conventicules. Voyez pour plus de détails : Karl Pfaff, Geschichte des Fürstenbauses und Landes Wirtemberg, tome IV, page 477.

(8) Weissmann a consacré aux Moraves quelques pages vraiment impartiales et dignes de lui. Il fait, en terminant, cette remarque très justifiée : Ufinam memorabilis hæc Societas in illis bonis, que Deus in eam vere contulit, constanter permansisset sine Lot accessionibus et mixturis, quæ ei in summa rei et in principe virtute hujus inslituti plus nocuerunt, quam profucrunt, novamque litis duraturæ materiam paraverunt, etiam inter eos, quibus alias volupe non est mnultum litigare de rebus Religionis ». Historia ecclesiastica, page 1135.

(#) J.-F. Nardin, page 56.

Montécheroux, par exemple, la prédication de L.-G. Pelletier et de Nardin avait créé et entretenu un petit foyer de vie religieuse (1). Les émissaires moraves devaient être bien accueillis dans ces petits cercles piétistes. À la fin de 1743, Montécheroux vit arriver le « frère Bez » accompagné de M. Perret-Gentil. Le prédicateur morave, dit une vieille chronique, causa un « nouveau réveil et en même temps il affermit et consola les petits troupeaux qui étaient déjà dans le paÿs(*)». Les émissaires moraves passèrent deux jours à Montbéliard où les attirait la réputation de L.-G. Pelletier et de J.-J. Duvernoy. En 1744, le « frère Bez » revint à Montbébiard amenant avec lui le « frère Philippe ». Celui-ci, nommé Philippe Durbaum, était un candidat en théologie, originaire de Duntzenheim, en Alsace. Il fut très bien accueilli par le neveu de Nardin et par Pelletier son collègue. Pelletier lui ouvrit la chaire de l’église du château. J.-J. Duvernoy offrit sa maison pour des réunions particulières. Durbaum distribuait en outre les livres qu’il avait apportés, c’est-à-dire un Manuel de doctrine, un recueil de Cantiques des frères moraves et un volume des Sermons de M. le Comte de Z'inzendorf.

« Pour recommander l’usage de ces livres, dit Bonsen, il tint de sa propre autorité des Conventicules ou des assemblées particulières tant les jours de dimanche que les autres jours de la semaine » (°).

L’émotion fut vive parmi les théologiens orthodoxes. Mais personne ne prit la « froissure de Joseph » plus à cœur que le Recteur Bonsen. Cela se comprend. Bonsen avait étudié à

(1) Voyez dans l'Ami chrétien, 1* octobre 1884, la Relation abrégée de quelques circonstances de la carrière de Françoise Petit, née Abram.

(2) Archives des frères de Montécheroux. Cf. E. A° Senft, L'Éolise de l'Unité des frères, Paris et Neuchatel, 1888, pages 231, 232.

(3) Le train du monde, note. Papiers Marti,

Strasbourg sous des maîtres pieux, à tendance pratique, mais placés à l’ancien point de vue scolastique et polémique. Leur luthéranisme strict régna longtemps à Strasbourg. Qu’on en juge par le fait suivant qui se passa en 1746 : Il y avait à Strasbourg une communauté luthérienne française qui n’était pas l’Église française fondée en 1538 par Calvin. Elle avait été établie en 1682 par un Montbéliardais fixé à Strasbourg, et son premier prédicateur fut Luc-Sébastien Ritter, de Francfort sur le Mein. Ce culte français luthérien se tint d’abord à St-Thomas, puis, dès 1726, à S'-Nicolas. On le célébra d’abord tous les quinze jours, puis tous les huit jours, le jeudi, et enfin le dimanche depuis 1765. Le desservant était un simple prédicateur et ses auditeurs ne formaient pas une paroisse.

Le prédicateur français était, en 1746, le ministre Ott que nous retrouverons dans la seconde partie de cet ouvrage. Il demanda un jour aux autorités ecclésiastiques, aux Oberkirchen pfleger, Si pouvait bénir le mariage d’un couple de Montbéliard qui ne savait pas l'allemand. On lui fit observer qu'il n’était pas chargé d’actes pastoraux, que le mariage du couple montbéliardais devait donc être béni par le pasteur en titre, Lobstein. Mais en quelle langue ? grande difficulté. La liturgie est en allemand, et on ne peut s’en écarter. Ils seront donc instruits en français à domicile, mais le service public aura lieu en allemand et les questions seules leur seront traduites (1).

Tel était l'esprit de Strasbourg. De plus, pendant le cours de ses études, Bonsen avait été témoin des étroitesses du piétisme strasbourgeois. Cela nous explique l’aversion que le piétisme, sous toutes ses formes, lui inspira toujours et la vive

@) Voyez : Prot. Kirchen und Schulblatt, janvier 1846. M. R. Reuss a raconté aussi cette histoire dans la dernière année du Progres religieux, 1897.

agitation dans laquelle le jeta le mouvement morave. Ce colportage de livres non autorisés, ces chaires ouvertes à d’autres qu’à des ecclésiastiques dûment ordonnés, toutes ces contraventions à l’Ordonnance ecclésiastique de Montbéliard et à la Cynosure du Wurtemberg le mettaient hors de lui.

La lutte contre les nouveaux sectaires commença bientôt. Dès le mois dé janvier 1745, le Surintendant Macler dénonça au Conseil ecclésiastique les agissements du frère Philippe (1). Le 23 juin 1745, le Surintendant proposa à l’une des assemblées des ministres les questions suivantes : « Si le service ordinaire suffit pour instruire sufhsamment et conduire les âmes au salut ou s’il est nécessaire de tenir des assemblées particulières ». C'était la question des Conventicules qui réapparaissait avec les Moraves. Mais les idées de largeur avaient fait du chemin. Une partie du ministère répondit que « si elles ne sont pas nécessaires, elles sont utiles ». Le plus grand nombre des pasteurs fut cependant pour la négative.

La deuxième question posée était celle-ci : « Si le. Souverain défendant les assemblées particulières, on est obligé de lui obéir ». À quoi on répond unanimement qu’on est obligé d’obéir.

Voici enfin la troisième question : « Si l'utilité qui résulte

(4) « Au Conseil, le 6 Janvier 1745. Présens : M" le Directeur Faber et les Con- Seillers Rossel, Gropp, Duvernoy, Bouthenot, le Surintendant Macler.

Le Surintendant a représenté au Conseil ecclésiastique qu'il croyait de son devoir indispensable de remontrer que depuis quelque temps il se fait dans la maison que les ministres de l’Église allemande occupent sous le château des assemblées de plusieurs personnes chaque dimanche sous prétexte de chanter des cantiques et d’y entendre des sermons qu’ils leur font, que ceux qui s’y rendent ont été cy devant suspectés de piétisme et de séparatisme, qu'il est dangereux que, si on les tolère, cette secte ne s’augmente, que le nommé M" Philippe qui est logé dans la même maison favorise ces assemblées, que cela cause du scandale et que nos adversaires en tirent des conséquences désavantageuses en ce que ces ministres affectent de ne plus fréquenter les autres, il semble qu’il y ait plusieurs partis opposés dans une même religion où l’union doit très-particulièrement règner, requérant à ce qu’il soit apporté un prompt remède propre à éviter les suites qui en pourraient résulter ». Protocole des délibérations du Conseil ecclésiastique. Archives nationales, K. 2178.

des assemblées particulières prévaut sur le dommage et les suites ficheuses qui en pourraient naître. Ou si les assemblées qui se font chez quelques-uns de nos ministres sont plus utiles que nuisibles ». Le secrétaire de l'assemblée répond que « ceux qui les tiennent assurent qu’elles sont utiles, ceux qui n’en tiennent pas les croient plus nuisibles qu’utiles, alléguant quelques exemples des suites fâcheuses qui en naissent » (1).

L'observation ne manque pas de finesse. C’est bien la tentation de chacun de dire : ma pratique est la bonne. On voit par cette note, qui n'exprime pas une indignation bien vive, qu'en 1745 déjà, plusieurs pasteurs avaient pris l’habitude des assemblées particulières qui d’ailleurs n'avaient pas cessé d’être en usage dans certaines paroisses depuis le temps de Pelletier et de Nardin.

Dès 1745, les Frères Moraves avaient perdu un ami en la personne du ministre Pelletier, mais d’autres s’étaient trouvés. C’étaient, en dehors de J.-J. Duvernoy, les ministres Fries, de Couthenans, et Jacquin, de Vandoncourt. Les chefs de l’orthodoxie luthérienne ne tardèrent pas à solliciter contre eux des mesures sévères.

Les assemblées tenues en 1744 par Durbaum, avaient amené des observations du Surintendant (6 janvier 1745). Un sermon du même Surintendant contre les sectaires ne fit qu'envenimer Les choses. L.-G. Pelletier étant mort, J.-J. Duvernoy resta seul sur la brèche à Montbéliard. Les ministres de la ville, ses collègues, exposèrent leurs griefs dans un long mémoire adressé au Conseil ecclésiastique. Ils accusaient Duvernoy de s'être « rendu suspect de singularité par ses visites à Montmirail, d'introduire dans la principauté des

(1) Archives de l'Inspection de Montbéliard,

livres non autorisés, d’avoir fait prêcher un candidat non examiné, enfin de tenir des assemblées particulières (1).

Duvernoy répondit qu’il n'avait été qu’une seule fois à Montmirail, que c'était Pelletier et non pas lui, qui avait permis à Durbaun de prècher, qu’il se servait dans le culte public des livres approuvés et dans sa maison de ceux qu’il croyait les plus édifiants. Quant aux assemblées, il réclamait pour le pasteur le droit d’instruire ses paroissiens en public et en particulier. Il ajoutait finement : «Il y a beaucoup de bonnes choses dont l’usage n’est ni établi, ni connu à Montbéliard, qui mériteraient pourtant d’y être introduites ».

La défense de Duvernoy est datée du 19 janvier 1746. Le 22 août suivant, les ministres de la ville répondirent à leur tour très vivement au ministre du château en déclarant que les assemblées particulières étaient « inutiles, superflues et dangereuses » (?).

Mais on était loin déjà du temps de la « théologie fulminante ». Sous le régime libéral de l’édit de 1743, les ministres orthodoxes n’obtinrent pas du prince les mesures sévères qu’ils avaient sollicitées. L’édit de 1747, qui répondit à leurs plaintes, se ressent de l'esprit qui animait les hautes sphères du clergé wurtembergeois.

Les auteurs de ce rescrit blâment avec raison Pelletier d’avoir ouvert sa chaire, sans consulter le ministère ou le Conseil ecclésiastique, à un étranger non examiné. C’est une pure question d’ordre. Si l’édit défend à Duvernoy d’a-

(1) Archives nationales, K. 2187 et Archives de l’Inspection ecclésiastique de Montbéliard.

(2) La défense des ministres est signée de :

J.-F. Blanchot ; L.-E, Bonsen ; J.-G. Surleau ; F.-C. Duvernoy ; D.-F. Macler.

voir « aucun commerce ni fréquentation chez lui » avec des hernhoutes, on reconnaît sans doute là l'esprit du temps et la trace de la froideur de l'Église du Wurtemberg envers les Moraves, qui d’ailleurs — il faut le reconnaître — avaient prêté le flanc à la critique par leurs exagérations.

Quant aux conventicules, le rescrit ne les interdit point. « Pour ce qui regarde les assemblées que ledit Duvernoy a tenues chez lui, nous n’empêchons pas qu’en qualité de ministre ordinaire il cherche à s’édifier aussi dans sa maison avec ses auditeurs ».

Tout en maintenant au ministre du château son droit à tenir des réunions particulières, le rescrit l’engage à éviter avec une attention particulière tout ce qui pourrait donner lisu à quelque mauvaise interprétation ou altercation ». Quant aux plaignants, ils sont exhortés à vaquer avec zèle aux fonc-. tions de leur ministère et à ne pas prendre de scandale mal fondé contre leurs collègues (1).

Rien de plus sage, on le voit, que cet édit qui marque bien l'élargissement qui s'était fait déjà dans les esprits. Ce rescrit fut lu à l’ouverture de la Conférence ecclésiastique du 26 juin 1748 par le Surintendant Jules-Frédéric Macler.

Il n’arrêta ni le mouvement morave, ni les protestations des adversaires.

(1) Un extrait de l’Édit de 1747 fut couché avec complaisance par le Recteur Bonsen dans le registre des délibérations de la Conférence ecclésiastique. Plus tard, J.-J. Duvernoy, devenu lui-même Surintendant, mit en marge l'observation suivante : Sequens transcriptio decreti Stutgardiani castrata est, mutila, munca, quippe in ejus original, a capite omissæ sunt venerandi Consistorii increpationes ac reprehensiones ob insimulatorum querelas et iniquas hbæretificationes e suggestu quotidie personantes. Cæterum, dum id beic monere opportunum duxi, tantum abest ut me pudeat, cum piis Christi confessoribus, temere et mendaciter, vel erroris, vel hæreseos inculpatum Jfuisse, quin potius cum tis lubenter injurias jatiar, ac de immeritis contumeliis aliquando coram supremo mortalium judice lætus gloriabor. Videant alii ne rubore suffundantur, ex quorum numero forte erit qui hocce meum epigramma expuncturus est. Interim mutalis temporibus, mutate etiam sunt præconceplæ opiniones ; cum post liminio jus meum ila obtinui, ut Consiliarus ecclesiasticus, et ecclesiarum Montisbeloardensiun superintendens factus sim. Duvernoy ».

La reprise de la lutte fut occasionnée par un sermon du pasteur Fries, de Couthenans. Ce sermon prêché au temple St-Martin, le 22 août 1751, fut dénoncé le 25 à la Conférence ecclésiastique comme rempli de propositions indigestes, imprudentes et qui se sentaient fort du quiétisme. L’aflaire fit du bruit. Fries dut écrire le sermon qu’il avait improvisé et nous voyons le 29 septembre 1731, le ministre Fréd.-Ch. Duvernoy, réclamer en son nom et en celui du ministre Morel la communication dont le contenu doit faire éclater le bien-fondé de leur protestation.

Fries tint d’abord vaillamment tête à l’orage. Dans ses conversations avec ses collègues il ne cachait pas qu'il était morave, qu'il appartenait aux frères de l’Unité, qu'il lisait les sermons du comte de Zinzendorf et « qu’il était redevable à cet auteur des connaissances qu’il avait des vérités de la religion ».

C’est cette franchise qui devait spécialement attirer sur lui les sévérités ecclésiastiques.

Le fameux sermon du 22 août 1751 donna lieu à une vraie procédure (1). Les ministres F.-C. Duvernoy, du Faubourg, Morel Co-Recteur, Meyer, Scharffenstein, le candidat Kilg, furent cités comme témoins. L.-E. Scharffenstein, très fin et sympathique aux Moraves, prétendit que, fatigué par ses services du matin, il avait dormi à celui du soir : ce qui le dispensait de témoigner. F.-C. Duvernoy, Morel et Meyer se montrent surtout animés contre Fries. Tous s'accordent à dire que Fries ayant pris pour texte 1 Cor. XV, 1-10, demanda la permission à ses auditeurs de ne pas s'attacher à la connexion de son texte pour appeler uniquement leur attention sur Jésus mort, enseveli et ressuscité. C’est sur ce fait

(1) Voyez les pièces du procès aux archives de la Haute-Saône, E. 23r, et une copie du sermon incriminé à la Bibliothèque de Besançon, collection Duvernoy, Montbéliard sous Charles-Eugène.

LES MORAVES A MONTBÉLIARD Len

accepté comme une vérité de sentiment, que se pose toute la religion. Les hommes cherchent différentes voies pour arriver au salut. Les uns prétendent parvenir par les lumières de la raison, les autres par leur propre justice ou par les œuvres de la loi. Il n’y en a qu’un petit nombre qui suivent la véritable route, ceux qui s’en remettent entièrement à Jésus mort, à Jésus enseveli.

Dans une première partie, le prédicateur a cherché à faire voir les avantages que nous avions reçu de Jésus mort et enseveli, ou des plaies sanglantes de Jésus. Dans une seconde, il devait parler des actions de grâces que nous avions à lui rendre, mais il dit ici que sa vie n’y sufhrait pas et qu'il attendrait pour cela d’être dans l'éternité, aux pieds de son. Sauveur.

C’est dans ce cadre que Fries avait semé les propositions hérétiques qui avaient scandalisé si fort ses auditeurs orthodoxes.

Christ mort et enseveli a tout accompli, disait-il; et, comme conséquence, il n’y a pour nous plus rien à faire, les études, les recherches, les bonnes œuvres, la prière même, sont autant d’outrages aux mérites de Jésus mort et enseveli. Le sermon paraissait donc aux témoins favoriser la doctrine néfaste du quiétisme, et il avait été en scandale à plusieurs par une foule d’expressions équivoques. Tous les témoins relèvent les mêmes expressions et aussi le peu d'ordre du discours.

Le sermon lui-même, écrit après coup par Fries, justifie certainement l'émotion qu’il soulèva auprès des théologiens habitués de longue date à confondre les choses de la religion avec celles de Parithmétique. À nous aussi, la doctrine de Fries nous paraît exagérée et fausse, appuyée sur une psychologie religieuse toute factice. Ce qu'il y avait dé vrai et de nouveau, c'était son affirmation que la religion est surtout

affaire de sentiment. C'était aussi l’amour du Sauveur que ce sermon respire. La prédication de Fries, comme celle de Zinzendorf lui-même, dépassait souvent l'Évangile, mais au fond, c'était bien l'Évangile qu’il prêchait.

Il ne devait pas le prècher longtemps dans notre pays. Le procès de 1751 n'eut pas de résultats graves pour Fries. Mais en 1753, sur de nouvelles plaintes, le Conseil ecclésiastique prit un ton rogue pour demander à Fries sa réponse à de nouveaux chefs d'accusation portés contre lui. On laccusait d'attirer dans son Église des gens étrangers à sa paroisse, de servir de livres de la prétendue communauté des Moraves. Il répondit qu’il ne requérait personne, ni d'Héricourt, ni d’ailleurs, de venir dans son Église, mais que son temple était ouvert à tout le monde. Il a souvent refusé de faire venir des livres moraves qu’on lui demandait. Il ne tient pas de réunions particulières dans sa maison. Des amis viennent, il est vrai, sans y être convoqués, égayer sa solitude, mais il n’y en a jamais eu plus de cinq à la fois. Il leur parle de ce qui lui tient le plus à cœur sans doute. « Il est bien flatteur pour moi, ajoute-il, qu’on ne m'’impute autre chose que de faire avec eux des actes de dévotion ».

Cette lettre paraît être restée sans réponse. Mais Fries, fatigué des tracasseries dont il était l’objet, quitta notre pays et se retira en Allemagne dans un établissement des frères moraves en 1758 (1).

Duvernoy et Fries ne furent pas les seuls pasteurs inquiétés. Au cours de la Conférence ecclésiastique du 26 juillet

(1) «Le ministre Fries, de Couthenans, a porté la folie jusqu’à s’expatrier et à se réduire à être errant pour porter cette nouvelle secte chez tous les hérésiarques des derniers siècles. Il parcourt en effet leurs villes avec une femme qu’il a prise dans les courses de ce faux zèle ». Dissertation du curé de Tavey sur la doctrine des piétistes. 1763. Archives de la cure de Tavey. Fries fut dans la suite souvent employé par les Moraves à des missions en France. Cf. Coquerel, Histoire des Églises du désert, tome IT, page 353. D. Benoit, Un précurseur du Réveil au siecle dernier, Revue du Christianisme pratique, 15 janvier 18809, page 235, note 7.

1752, le pasteur de Vandoncourt, Jacquin, fut interpellé par le Surintendant Blanchot sur sa manière de catéchiser. « En expliquant la troisième demande de l’oraison dominicale, dit-il, vous ne parlâtes point du tout de la volonté de Dieu que nous nommons égale. Pensez-vous, continua-t-il, que sous la nouvelle œconomie on ne doive plus parler aux chrétiens de l'obligation où ils sont de conformer leur vie aux préceptes de la loi de Dieu ? Et ne croyez-vous pas qu’en matière de repentance et de retour à Dieu, il faille commencer par reconnaître ses péchés par le moyen de la Loi, afin de s’humilier devant Dieu pour implorer sa grâce et la rémission des péchés dont on s’est rendu coupable ? Jacquin répondit « qu’en matière de conversion la Loi ne devait pas précéder l'Évangile et que le Décalogue ou la loi morale n’entrait pour rien dans la conversion de l’homme ».

Bonsen prit occasion de cette réponse pour attaquer ce qu’il appelait la nouvelle méthode de conversion des Moraves. Certes l’idée de Jacquin n’était point neuve. C'était la vieille pensée antinomienne que Zinzendorf avait reprise. Mais quand on veut rendre suspecte une idée théologique il est habile de l'appeler nouvelle. Cette nouvelle méthode, disait donc le Recteur, repose sur un sophisme infiniment dangereux qui consiste à confondre ce que l’on appelle « dans la bonne et saine théologie conversion première avec ce que l’on nomme conversion seconde ». La conversion pour les Moraves, celle d'un enfant ou d’un adulte, doit être instantanée, quiétistique, purement passive. Quant à ceux que Bonsen appelle « nos théologiens », ils soutiennent que quand il s’agit de la conversion première, il y a par rapport à l’homme une eutière passivelé comme étant inséparable de l’état de mort dans lequel l’homme se trouve enveloppé par sa nature corrompue. Ils établissent en même temps que lorsqu'il s’agit de la con-

version seconde, il faut se souvenir de cette observation des Livres symboliques : « Ingens discrimen est inter homines baptixatos et non baptizatos » (1). Bonsen ne se préoccupe pas de ces derniers. Mais pour ceux qui ont le malheur d’avoir offensé Dieu et enfreint l’alliance du baptème, ils doivent, pour revenir à Dieu, suivre les degrés de la grâce tels qu'ils sont décrits dans le Compendium du D' Jæger (p. 484 et 485).

Quels sont ces degrés de la grâce que doit successivement parcourir le converti ? Il y a 1° la gréce prévenante qui cherche sans cesse le pécheur, 2° la grâce opérante qui, par la parole de la Loi, brise, abat le pécheur avant de le relever par la parole de l'Évangile ; 3° la grâce parachevante qui met le pécheur converti en état de coopérer réellement avec l'esprit et la grâce de Dieu qui l’animent.

C’est ainsi que Bonsen opposait lexacte orthodoxie de l’École aux erreurs antinomiennes du ministre de Vandoncourt (?).

Nous ne savons ce que Jacquin répondit. Mais il est probable que les ministres moraves ne se laissèrent pas intimider (*). Aussi le 30 août de la même année 1752, ils furent de nouveau vivement pris à partie au sein de la Conférence ecclésiastique par le Surintendant Blanchot, par le Recteur Bonsen et le ministre du Faubourg, F.-Ch. Duvernoy. On leur reprocha avec amertume de tenir des Conventicules, d'établir des ecclésioles dans l’Église, de répandre des livres

(1) Concordia pia et unanimi consensu repetita Confessio fidei et doctrinæ electorum, principum et ordinum Imperii, atque corundem Theologorum qui Augustanam Confessionem amplectuntur, Leipzig, 1612, page 675.

(2) Conférence ecclésiastique du 26 juillet 1752.

(3) Le curé Pilon, dans sa Dissertation sur les Piétistes (1763), prétend que J.-J. Duvernoy avait gagné à ses idées M" de Gemmingen, femme du gouverneur de la Principauté. I] attribue à ce fait le peu de succès des mesures prises contre les Moraves,

prohibés, de confier l'éducation des enfants à des sectaires. Jacquin ayant rappelé dans une conversation particulière que la Faculté de théologie de Tubingue avait donné à Zinzendorf un certificat d’orthodoxie luthérienne, F.-Ch. Duvernoy donna lecture d’une lettre du chancelier Pfff qui lui disait que l’Université de Tubingue avait dû revenir sur son premier jugement favorable à Zinzendorf.

Tous ces efforts ne purent vaincre l’obstination des ministres incriminés. J.-J. Duvernoy refusa toujours de trouver plus de saveur aux cantiques traduits par Bonsen qu’à ceux des Moraves. Il osa affirmer que le frère Philippe avait fait plus de bien pendant son passage à Montbéliard que Bonsen n’en ferait pendant toute sa vie. Jacquin et Fries ne cédèrent pas davantage. Outrés de ces résistances, les ministres de la ville, J.-F. Blanchot, J.-G. Surleau, F.-C. Duvernoy, J. Morel, G.-E. Vallet des Barres, s'adressent au Conseil ecclésiastique (par une plainte datée du 2$ septembre 1752) pour obtenir de lui que l’édit de 1747 fût observé dans toute sa teneur. Le 17 du même mois, les ministres de la campagne adhèrent à cette démarche. Un seul ministre, visiblement agacé par toute cette procédure, refusa de signer l’appel au Conseil ; c'était le diacre de l’Église française L.-E. Scharffenstein, le même qui avait dormi au sermon de Fries.

Une information en règle fut dirigée contre les ministres J.-J. Duvernoy, Jacquin et Fries le 16 novembre 1752 (1). Elle n’aboutit pas (?). Le caractère de J.-J. Duvernoy, son talent, la situation élevée de sa famille, l'estime dont il était entouré, le mettaient au-dessus des tracasseries de ses collè-

(@) Archives nationales, K. 2180.

(2) A la liste des pasteurs connus pour leurs sympathies moraves, J.-J. Duvernoy, Jacquin, Fries, nos recherches nous permettent d'ajouter le ministre Laude, d’Audincourt, que les rapports des Surintendants, en 1757 et 1759, accusent de voir et de recevoir les Moraves, et le ministre Scharffenstein, de Clairegoutte.

gues et il était d’ailleurs assez sage pour mettre sa conduite à l'abri des reproches justifiés. Il continua donc à exercer son ministère selon sa conscience.

Une époque de paix relative vint donc pour les Moraves. Ce ne fut pas toutefois la faute de Bonsen. Rien ne put le désarmer. Après avoir dénoncé à la Conférence ecclésiastique les agissements des « embaucheurs moraves », il recourut à un autre moyen. Il résuma en « quelques cahiers » les objections que divers théologiens avaient opposées en Allemagne aux idées du comte de Zinzendorf, et, après avoir communiqué à ses collègues ces pages indignées, il les fit circuler chez ses amis. Son indignation éveilla même de nouveau sa muse et lui inspira, en 1755, un Essai sur la Moraviade (!) que nous avons retrouvé dans ses papiers. Bonsen, disons-le tout de suite, emprunte les éléments de sa polémique à Fresenius et à Walch, mais il lui donne une couleur qui n’appatient qu'à lui.

Il s'efforce d’abord d'établir une distinction absolue entre les anciens chrétiens persécutés de la Moravie et les membres de la Fraternité moderne. Après avoir esquissé l’histoire des premiers, il en vient aux seconds pour leur reprocher «leurs dogmes monstrueux », leur morale « relichée et libertine » et leur « politique raffinée ».

Les Moraves, dit-il, ne veulent point que l’on presse la matière de la repentance et que l’on porte les hommes à se repentir parce que, selon eux, pour pardonner les péchés, le Sauveur n'exige et ne demande rien des hommes non pas

(1) Essai sur la Moraviade amplement écrite en langue allemande et donnée en raccourci en langue française ou Portrait crayonné de la main d’un Allémand pour servir À représenter au naturel la spécieuse et très dangereuse secte des Moraves modernes laquelle a failli d’engloutir le protestantisme entier vers le milieu du xvrre siècle après la naissance de Jésus-Christ, par Léop.-Eberh. Bonsen, Recteur du Collège. En outre des écrits de Fresenius, Bonsen avait trouvé des armes dans la

Lerna Zinxendorfiana de J.-H. Benner, Leipzig, 1734. (Bibliothèque de Montbéliard).

mème qu'ils se repentent, il ne veut, ajoute-t-il, que des pauvres pécheurs, des hommes malades et morts». Il observe que dans leurs cantiques il n’est point question de repentance. Ils étourdissent ainsi les consciences en établissant que l’on peut être un vrai chrétien malgré que l’on ait un cœur sans repentance. Les Moraves altèrent la doctrine de nos Églises sur l'usage de la Loi et de l'Evangile. Il n’y a dans leur doctrine erronée aucun lien organique entre la repentance et la conversion. Ce sont des antinomiens. Les Moraves ne veulent point qu’on adore la première et la troisième personne de la Trinité et il en donne comme preuve un sermon prononcé en 1746 à Marienborn dans lequel Zinzendorf affirme « que ceux qui adressent leurs prières au Père céleste et au Saint-Esprit ressemblent aux payens idolitres qui adoraient Jupiter ». Les Moraves insinuent à leurs élèves que le sacré exercice de la prière, aussi bien que la lecture de l’Écriture Sainte, sont des pratiques légales dont le chrétien est affranchi et dispensé. Les Moraves parlent sans respect de nos livres sacrés. Ce sont de plus des latitudinaires qui accueillent dans leur communion des luthériens, des réformés, des arminiens, et même des catholiques romains.

Une morale relâchée est pour Bonsen la suite naturelle de ces doctrines erronées. La doctrine antinomienne de Zinzendorf est opposée aux devoirs les plus essentiels du chrétien, à la mortification du péché et à la véritable sanctification en même temps qu’elle favorise les maximes les plus infimes et le plus détestable Libertinage. En exhortant sans cesse les hommes à demeurer dans l’inaction, à laisser faire Dieu, on plonge ceux à qui on donne de semblables conseils dans la plus funeste sécurité. Ces frères de l'Unité sont de véritables embaucheurs qui, par une politique raffinée, s’insinuent dans les bonnes grâces des femmes et des simples.

Ces citations suffisent à nous montrer combien peu Bonsen avait compris Zinzendorf(!). Nous savons toutes les objections que l’on peut faire à quelques-unes de ses idées extrabibliques et aux pratiques d’une piété capricieuse et enfantine. Mais s’il offense souvent le goût, il n’atteint jamais la conscience chrétienne. Zinzendorf, dans un temps de sécheresse dogmatique et d’incrédulité dédaigneuse a réveillé amour pour le Christ et a gagné des âmes nombreuses au Sauveur crucifié. Nous devons lui être reconnaissants d’avoir remis en honneur le principe mystique de la Réforme, et, puisqu'il s’agit ici surtout de la vie ecclésiastique, nous ne pouvons oublier le rôle missionnaire qu’il a joué dans les Églises livrées aux raideurs de l’intellectualisme triomphant. Après avoir étudié d'aussi près que possible la vie de nos ministres du xvirr"® siècle, nous avons été obligé de constater la netteté et la précision de leurs croyances officielles, leur exactitude dans les fonctions du ministère, leur culture solide, l’honorabilité de leur caractère. Mais tout cela est un peu froid. Nous n'avons pas senti jusqu'ici assez souvent la chaleur, la vie, la joie chrétiennes. Zinzendorf avait tout cela. Ses émissaires ont pu errer sur des points de doctrine, mais ils apportaient quelque chose de chaud et de vivant que nous ne retrouvons guère que chez les ministres qui les accueillirent.

(1) Pour juger sainement des Moraves, il faut, à côté des attaques souvent justifiées des adversaires, lire un curieux petit livre d’un témoin bienveillant intitulé : Briève et fidèle exposition de l'origine, de la doctrine, des constitutions, usages et cérémonies ecclésiastiques de l'Église de l'Unité des frères connue sous le nom de frères de Bohême et de Moravie, tirée de leurs actes et titres autentiques par un auteur impartial, ami de la vérité avec XVI planches gravées en taille douce, où le tout est représenté au naturel. MDCCLVII. (Bibliothèque de Besançon).

Ce livre est destiné à répondre aux attaques multipliées qui ont été dirigées contre les Moraves par des adversaires qui n'étaient pas toujours très scrupuleux sur le choix des armes. « La licence de quelques-uns est allée si loin, qu’ils ont imputé à ces frères des sentiments si atroces et des faits si odieux, que s’ils étaient tels qu’on les suppose, ceux à qui on les reproche mériteraient d’être bannis de toute société humaine ».

LES MORAVES À MONTBÉLIARD t19

Dans l'été de 1757, le ministre Jacquin, après avoir gravi le Lomont, se trouvait dans la paroisse de Montécheroux. Le soir il soupait avec quelques amis chez un habitant nommé J.-J. Lanoir. Pendant le souper, il vint un grand nombre de personnes, si bien que la salle et la cuisine en furent remplies. « Eh bien, mes amis, dit Jacquin, en se levant de table, vous voici, il vous faut dire quelque chose ». Sur quoi il raconta l’histoire de la repentance de la Madeleine et leur en fit différentes réflexions et applications. Puis il entonna successivement divers cantiques des frères moraves que les assistants chantèrent avec lui « d’une voix ouverte un peu ménagée » ce qui dura jusqu’à minuit environ (1).

Nous reconnaissons là la piété de nos pères réveillée par les émissaires moraves et leurs amis. Les éléments de vie religieuse que le principe de la Réforme renfermait mais que l'intellectualisme avait méconnus avaient besoin d’une revanche. Cette revanche, elle était, au xvirr"® siècle, dans les réunions religieuses semblables à celle que nous venons de

décrire (?).

(1) Les rapports d'inspection fournissent quelques plaintes sur Jacquin. En 1757, les paroïissiens de Vandoncourt rapportent au Surintendant qu'il est trop avec les Moraves et souvent absent. En 1758, nous trouvons cette note : « Bien des gens disent qu’il néglige les malades». En 1759, le rapport constate que souvent le maitre d'école enterre les morts de la paroisse par suite de l’absence du pasteur. Mèmes plaintes de Blanchot en 1760. Enfin, en 1762, nous trouvons une bonne parole : « Jacquin édifie ses auditeurs par ses exhortations ».

(2) Les Moraves ont été plus influents dans notre pays qu'ils n’ont été nombreux. On en jugera par la liste suivante dressée en 1782 par J.-J. Duvernoy. Il faudrait ajouter à ces noms ceux des frères et des sœurs habitant les quatre Seigneuries dont nous n’avons pas de liste complète.

« Catalogue des frères et sœurs de la ville et du païs de Montbéliard.

Dans la ville, frères :

Jean-Jacques Duvernoy, ministre ; P=DPeletier ;

N. Jenné ; P.-D. Faivre ; Elie Durot ;

150 LES MORAŸES A MONTBEÉLIARD

Charles Gruet ; Henri Gondelfinger ; Frédéric Rossel ; Simon Habluzel ; J.-F. Monnier.

Sœurs :

Suzanne Duvernoy, née Raymond ; Marie Pelletier, née Macler ; S.-Catherine Jenné, née Peletier ; Berdot, née Nardin ;

Dodelan, née Cuvier ;

Parrot, née Boigeol ;

Locker, née... ; Macler, née Ponnier ; Titot ;

Dubois, décédée le 27 juillet ; Marguerite Monnier, née Beucler ; Marguerite Waltre, née Clemasson ; Alexandrine Houber ;

Sibille Edlichen ;

À Allenjoie, frères et sœurs :

Christophe Ridey, sa femme et sa sœur ; Nicolas Alizon ;

Jean Cuenot ;

Georges Guillemot.

À la Fofge :

Lazare Mabille ; Lazare Raymond ; François Peugeot.

À Bessurel !

Pierre-Abrahan Mérillot ;

Georges Jonte.

À Etobon :

David Goux ; Daniel Peret ; Peret;

A Colombier :

Pierre Bourelier, maire ; Pierre Morel.

En tout 39 personnes ». (Archives de Montmirail).

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