MES CC
Jésus est le Fils de Dieu
Et le propiciatoire ;
Qui peut croire
Trouve en son sang répandu La vertu
Qui délivre, qui pardonne
Tous les péchés, et qui donne
Paix, grâce, vie et salut ».
Ce petit livre était très répandu à Montbéliard (?). Un autre livre non moins répandu dans nos paroisses, était l’Exposition des principes et de la discipline de l'unité évangélique des
(2) Du livre de musique, imprimé à Barby, en 1784.
(2) Nous avons retrouvé sur Monnier le témoignage d’un de ses élèves, fils du conseiller Bouthenot, commissaire du gouvernement auprès de la Conférence ecclésiastique. Le fils du Conseiller, connu à Montbéliard sous le nom de juge de paix Bouthenot, a laissé des mémoires où il parle de son passage à l’école de. Joseph Monnier : « Dès que j’eus atteint l’âge de quatre ans, on m’envoya à l’école chez un frère Morave nommé Joseph Monnier. J’y appris faiblement à lire et à écrire. Peu s’en fallut que je ne perdis tout sentiment d’amitié pour lui. Il m'avait donné à apprendre quelques versets du catéchisme ; mais, n'ayant pu en venir à bout, quoique j'ai fait mon possible, il voulut me fouetter ; je lui avais même déjà remis en mains la verge qu’il m'avait contraint d’aller chercher pour cette expédition ; cependant mes larmes parvinrent à obtenir mon pardon et je ne lui en voulu pas. Tel est le genre d’instruire des Précepteurs comme des Prêtres ; l’un et l’autre veulent enseigner par la violence ». Papiers A. Bouthenot-Peugeot.
Frères de la Confession d’Augshourg (1), de Jean Loretz. Les Frères répandaient encore des traités populaires et édifiants comme la Courte relation de la mort édifiante d’un pauvre messager d Angleterre nommé Joseph.
Si nous recherchons maintenant quelles étaient les idées régnantes chez les pasteurs qui n’appartenaient pas à la tendance morave, nous trouverons d’abord les anciens « unionistes » qui avaient si fort ému Bonsen, les ministres Perdrizet, de Vandoncourt, Jeanmaire, de Bavans. L'apport annuel de Tubingue avait amené peu à peu les élèves de Reuss et de Storr, chez lesquels on retrouve la tendance biblique et conservatrice de leurs maîtres. Les luthériens à la manière de Bonsen sont devenus minorité. L’orthodoxie, qui était symbolique au siècle précédent, est devenue biblique. Nos ministres, à l'exemple de leurs maitres, s’efforcent de donner un appui rationnel aux doctrines chrétiennes.
Un exemple. Dans la dernière séance de la Conférence ecclésiastique qui eut lieu le 25 août 1790, le candidat Lalance avait été chargé de composer un discours sur l’article des anges. Voici comment il procède. Dans la première partie de son travail il considère d’abord : l’existence des anges comme très probable à la raison, qui fonde ses conjectures à cet égard sur l’analogie, laquelle ne permet guère de croire que Dieu se soit borné à la création d’une seule espèce d'Êtres intelligents, à celle de l’homme, assez assujetti à la matière, tandis que les différentes espèces de corps sont multipliées à l'infini.
Il prouve ensuite que cette vraisemblance revêt tous les caractères de la vérité la plus incontestable dans l’Écriture, qui nous annonce la création des anges quand elle dit : Que
(1) Neuwied sur le Rhin, 1794.
les lieux de la terre furent achevés avec toute leur armée... » On reconnaît là le procédé du supranaturalisme rationnel.
D'ailleurs, pour nous renseigner sur les ministres eux-mêmes et sur l’état de nos paroisses dans ces dernières années du siècle, ouvrons une dernière fois les cahiers des Surintendants. En 178$, nous trouvons à Abbévillers « le ministre Jacques-Frédéric Parrot, qui est devenu un pasteur suffisant, ses paroissiens sont contents de lui. Il lit Chemnitz : Loi Communes. Sa doctrine est correcte. Autrefois il avait la réputation d’être un peu trop ami de la table, mais depuis qu'il est marié, on lui rend le témoignage qu’il n’est point adonné au vin ni au jeu, ni à d’autres mauvaises passions.
« Tant lui que sa famille se comportent honnêtement et paisiblement avec les paroissiens. Les ordonnances ont force de loi. Ses paroissiens sont mondains, attachés aux choses de la terre, mais pas scandaleux. Il n’y a pas de sectaires, ni de séparatistes. Le culte du dimanche est bien fréquenté, on suit les dominicales. Le ministre n’écrit pas tous ses sermons mais seulement la disposition ».
À Allanjoie, nous retrouvons P.-C. Morel, dont la piété avait paru un peu tiède à Etobon. J.-J. Duvernoy dit de lui qu’il est « orthodoxe, sobre, exact, réglé, sa famille et lui se comportent exemplairement ». Il n’écrit que la disposition de ses sermons. Par contre, le pasteur d’Audincourt, G.-Fréd. Meyer, « est négligent, il instruit mal les enfants ». Etait-ce fatigue ? Il avait soixante ans alors.
À Bavans, J.-N. Jeanmaire « ayant lu les Livres symboliques, n’en répète pas la lecture ». Il lit l’Harmonie biblique de Walter. « Il est régulier et exact. Quant à la doctrine, il prêche une bonne morale. Son vicaire Georges-David Boissard, lit les Loci Communes de Gerhard ».
Le vicaire de Bethoncourt, Diény « essaie trop de faire le
beau parleur ». Il a grand soin des écoles et des malades, sa doctrine est saine et sa conduite régulière. Le pasteur de Beutal, Léop.-Fréd. Fallot, a bien étudié. On est content de lui. Il lit la Théologie de Stakhouse. « Il est instruit ».
À Couthenans, Frédéric Fallot lit le Système de théologie de Hollaz. On est content de lui. À Dasle, Jacques-Christophe Perdrizet est bon théologien. Il improvise. Il a dans la paroisse (Beaucourt, Dasle, Vandoncourt) des personnes religieuses qui goûtent les vérités de la religion. D’autres sont relächées et vivent dans le désordre ». À Beaucourt « les ouvriers horlogers vivent dans le Libertinage ». À Dasle, il y a un homme et une femme « adultères incorrigibles ».
A Etobon, le pasteur Paur «a des études solides, une doctrine évangélique, il prèche par cœur d’une manière simple et édifiante ». Il lit les livres symboliques et l'Histoire ecclésiastique du chancelier Pfaff. Le pasteur d’Étupes, Jacques- Christophe Cuvier, est un homme « qui a bien étudié, qui est versé dans la littérature et qui prèche bien ».
À Mandeure, J.-J. Thiébault, ne prépare pas assez ses sermons. Il improvise. Le pasteur de Saint-Julien, Charles-Frédéric Goguel, lit la Wie de Jésus de Hess. Il est régulier et aimé. Il a une bonne doctrine et une bonne conduite.
Les visites de 1786, 1787, 1788, 1789 ne modifient pas la physionomie générale de nos paroisses telle qu’elle résulte de la visite de 1785. Les pasteurs sont toujours signalés comme exacts et orthodoxes, sauf les rares exceptions que l’on relève avec soin. En 1791 pourtant, une note nouvelle apparait, l’influence de la Révolution française a son contre coup dans nos paroisses. Le Surintendant rapporte, par exemple, des habitants d’Audincourt que « lesprit d’insubordination des Français influe sur le leur ».
Les paroissiens de Bussurel « sont animés de l'esprit qui
règne aujourd'hui en France ». « Ceux de la Seigneurie d'Héricourt sont animés de l'esprit qui règne actuellement en France ». Partout on se livre plus librement aux excès du vin, des jeux ruineux et à la profanation des jours de repos.
Les ministres, dans la Conférence, parlent de la Providence, des Anges. Dans leurs presbytères, ils lisent les Livres symboliques, Brenz, Gerhardt, Chemnitz, Pfaff, Stackhouse. Mais l'édifice qu’ils habitent est sapé de toutes parts. Voici la Révolution qui le renversera.
NAS 16FUe