CHAPITRE XII
Triomphe de la Raison dans les idées et dans les faits. La Révolution française. L'annexion de Montbéliard à la France. Situation faite à nos Églises. Les fêtes de la Raison et de l'Être Suprême. Le désert Montbéliardais. Les pasteurs inquiété : Perdrixet, L.-C. Cuvier, J.-F. Tuefferd, L.-F. Masson. Tendances nouvelles parmi les ministres. “Beaucoup sont favorables à la Révolution. Kilg, Ch.-L. Berger, Dieény. Tous cependant restent fidèles à l’idée religieuse.
En 1671, Leibnitz, écrivant au grand Arnauld, avait prononcé une grave parole : « Un siècle philosophique va naitre. Rien n’est plus propre en effet à affermir l’athéisme et à renverser les fondements de la religion chrétienne déjà si ébranlée par tant de grands mais méchants hommes, que de voir d’une part les mystères de la foi prônés comme objets de la croyance de tous, et d’autre part devenus l’objet du rire de tous, convaincus d’absurdité par les règles les plus certaines de la raison commune (?) ».
Parole prophétique. Leibnitz ne se doutait pas en l’écri-
() Voyez sur cette période : Ch. Roy, Nofice historique sur le pays de Montbéliard à l’époque de la “Révolution française. Mémoires de la Socièté d'Émulation de Montbéliard, 1880. Le même, Affitude politique des pasteurs du pays de Montbéliard à l’époque de la Révolution française. Mémoires de la Société d'Émulation de Montbéliard, 1887. A. Chenot, Les Églises des Seigneuries de la Principauté de Montbéliard pendant la Révolution française. Mémoires de la Société d'Émulation de Montbéliard, 1889. Armand Lods, Les Églises protestantes de l’ancienne Principauté de Montbéliard pendant la Révolution française et le pasteur Kile, Paris, Fischbacher, 1890. Le même, ‘Bernard de Saintes et l'annexion de la Principauté de Montbéliard à la France. Mémoires de la Socièté d'Émulation de Montbéliard, 1890.
(?) Leïibnitz, Œuvres, édition Foucher de Careil, Introduction, page XXXIV.
vañt que sa philosophie servirait elle-même à ébranler cette religion chrétienne qu’il voulait servir. Sa notion philosophique de Dieu en effet, en limitant la liberté divine, rendait le miracle inconcevable. Wolf, en établissant sa distinction de la religion naturelle et de la religion révélée, ne s'apercevait pas que cette dernière n'avait pas de point d’attache dans l’esprit humain. En admettant que le Christianisme pouvait être rationnellement prouvé, il admettait une discussion que commencèrent bientôt les déistes anglais. En France « la raison commune » triompha de bonne heure. Elle s’étale déjà chez une correspondante de Leibnitz, la princesse Palatine, qui ne cache point son état d’esprit à son confesseur et qui, avec sa permission, in'en communie pas moins. C’est la raison commune qui inspire les impiétés de Voltaire ou les grossièretés de d'Holbach. Les jeunes seigneurs allemands, après un séjour à la cour de Louis XIV, remportaient en Allemagne la philosophie française et l’immoralité du temps. Ce mouvement qui s'étend peu à peu dans les petites cours d'Allemagne, y rencontre le déisme anglais, et le tout combiné enfante la protestation superficielle de l’époque des lumières. L'attaque est si faible, elle atteint si peu l’essence de la foi, que les théologiens, les esprits sérieux et réellement cultivés échappent en grande partie à cette influence. Mais il n'en est pas de même des masses qui se détachent rapidement d’un christianisme qui n’a pas été assez fermement établi sur la base de la conscience. Le Wurtemberg reçoit à son tour sa part des « lumières du temps » (1). Et non seulement la cour, la bourgeoisie éclairée, le peuple, mais aussi l'Université elle-même et l’Église. Les élèves de Bengel, Œtinger et Reuss, d’une part, et de l’autre, des hommes comme Storr, Burk, Hiller ne peuvent arrêter le mouve-
(1) Cf. G. Staiger, Die Geschichte Würtembergs, Tübingen, 1875.
GEORGES-FRÉDÉRIC MÉQUILLET
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ment. À Tubingue, le professeur de philosophie, Ploucquet, est un tenant de la raison pure. D’autres maîtres, incertains de leur pensée, se tournent vers l’histoire comme Lebret. La philosophie et les sciences exactes se partagent la faveur des étudiants. La critique biblique encore dans les belles ardeurs et l’inexpérience de la jeunesse, aide au mouvement; et ainsi se forme le «néologisme », une théologie nouvelle autrement sérieuse sans doute que le philosophisme de Frédéric II, mais qui vide le Christianisme de ses éléments positifs et le ramène à la morale de Jésus, que l’on regarde comme véritable parce qu'elle est révélée ou comme révélée parce qu’elle est raisonnable et vraie.
Cette réaction a été trop loin, mais elle était inévitable. Le piétisme, le mouvement morave, avaient été, sous deux formes un peu différentes, la réaction du sentiment contre le joug de la formule. La philosophie réclamait à son tour au nom de l'intelligence. Tous ces cfforts ont été utiles à l’établissement du Christianisme sur sa vraie base, la conscience.
Il était logique que la réaction anti-religieuse fût plus vive là où la liberté avait été moindre et l’Église moins digne de sa mission. C’est la France qui eut le plus à souffrir du triomphe universel du philosophisme à la fin du xvrr* siècle.
Mais précisément la France devenait à cette époque notre patrie. Le ro octobre 1793, le Conventionnel Bernard de Saintes entra dans notre ville et prononça la réunion du Comté de Montbéliard à la France. Quelle influence allait avoir ce grave événement sur la vie religieuse de notre peuple et quelle allait être la situation de nos Églises pendant cette période si troublée ?
Parlons d’abord des pasteurs qui formaient, sans contredit, la portion la plus cultivée de la population et la plus capable de se rendre compte de la gravité des événements en cours.
L’annexion de Montbéliard les mettait dans une situation compliquée. Elle les rattachait à une nation catholique, elle les rendait compatriotes des anciens et persévérants persécuteurs de leur foi (1). Mais d’autre part, nos pères étaient déjà français de langue et de race. Le particularisme montbéliardais avait toujours empêché la soudure complète avec le Wurtemberg. Le duché de Wurtemberg n’était pas pour eux une patrie, la patrie, c'était le « pays ». L’annexion à la France leur donnait cette grande patrie qu’ils n'avaient jamais connue. Déjà ils dépendaient d’elle en beaucoup de choses plus que du Wurtemberg (?). Les quatre Seigneuries étaient françaises depuis 1790 et s’en trouvaient bien. Leurs églises, leurs presbytères, leurs cimetières leur étaient ou allaient leur être rendus. La chute des hautes classes françaises, de la royauté elle-même frappée dans le meilleur de ses représentants ne pouvait émouvoir beaucoup nos compatriotes. C’était pour eux une punition des fautes passées et des impitoyables persécutions. Nos pasteurs purent donc prêter facilement à leur nouvelle patrie le serment civique.
Mais d’autre part, la France jacobine, avec les procédés despotiques de ses anciens monarques (°), travaillait à faire la France une sous « l'égide de la Raison », comme Louis XIV voulait la France une sous l’autorité de la sainte Église. Et la réalisation de cet idéal nécessitait la destruction de toute religion positive. Ici était la grande épreuve. Comment
(1) En 1783, les cahiers de la province de Franche-Comté demandaient encore le maintien exclusif de la religion catholique.
(2) Il y a dans la vie des peuples, dit avec raison Guizot, une unité plus réelle que l'unité de nom et de gouvernement, c’est « celle qui résulte, non pas de l’identité de gouvernement et de destinée, mais de la similitude des éléments sociaux, de la similitude des institutions, des mœurs, des idées, des sentiments, des langues, l'unité morale enfin, très supérieure à l’unité politique ». Cf. Histoire de la Cisilisation en France, tome III, page 217.
(3) Cf. La Franche-Comté ancienne et moderne, tome Il, page 550.
LA RÉVOLUTION 171 nos pasteurs et leurs fidèles s’en tirèrent-ils ? Ils restèrent dignes de la foi qu’ils professaient. Nous noterons avec soin les exceptions, mais l’affirmation générale est conforme aux faits.
La Révolution revêtit à Montbéliard une forme tout aussi menaçante qu'ailleurs. Déjà avant l’annexion les esprits y étaient très montés. Il faisait chaud dans notre petit coin de terre comme dans une clairière au milieu d’une forêt en flammes. Besancon, Baume-les-Dames, Vesoul, Belfort, étaient pleins de « têtes chaudes » (1) À Besançon, un abbé montait la garde en uniforme, un autre disait en chaire : « L’aristocratie est au tombeau ; il y a 25 millons d'hommes pour la garder ». D’autres avaient abjuré. Il y eut sur divers points de la province des échauflourées sanglantes. La menace était dans l’air. Madame d’Oberkich écrivait tristement : « J'ai la douleur dans l’âme et la mort dans le cœur. Tout ce que je vénère succombe ; ce que j'aime est menacé ». Frédéric-Eugène,. ne se sentant plus en sûreté dans un pays déjà gagné en partie aux idées révolutionnaires, quitta nuitament Montbéliard et se retira en Wurtemberg. Le 10 octobre 1793, Bernard de Saintes prenait possession de la ville. L’église du château fut profanée, les tombes des princes violées. « À Saint-Maimbœuf, dit un contemporain, on ouvrit le sépulcre, on enleva les cadavres qui y étaient pour prendre les cercueils, on ouvrit les caveaux pour prendre les bagues et les pendants d'oreille qu’on pensait que les morts avaient, et l’on reconduisit les cadavres dans d’autres cercueils dans le cimetière de la ville... M. de Borck, chambellan du stathouder-prince Frédéric-Eugène et sa dame née baronne de Glotmann, ont été exhumés, enlevés de leurs caveaux et transportés dans le cimetière de la ville. Le prince Georges à été
@) C£. La Franche-Comté ancienne et moderne, tome IT, page s4r.
relevé de son sépulcre environ un siècle après sa mort, et on le dressait et on lui faisait faire faction. IL était aussi noir qu’un chapeau et cela jusqu'aux dents » (1).
Les vases sacrés des différentes églises furent confisqués (°). De même pour les registres ecclésiastiques. Neuf cloches furent prises aux Églises de Montbéliard. Dès ce même mois d'octobre 1793, la société populaire tenait ses séances dans l’église du château sous la présidence de l’ex-curé de Montbéliard, Cordienne. Notre pays subit ensuite le contre-coup de tous les événements qui se succédaient en France. La religion catholique ayant été abolie le 10 novembre 1793, le culte de la Raison est introduit à Montbéliard et célébré avec une pompe grotesque dans le temple Saint-Martin (°). A Héricourt, une femme de la bonne société de la ville jette une Bible dans un feu allumé près de lautel de la Patrie.
Quelques églises, encore ouvertes au culte, sont envahies et souillées par des énergumènes. « Erreurs honteuses qu’on ne saurait assez déplorer, dit un historien. On accréditait ainsi l’idée que la Révolution se constituait l’ennemie de la religion, on compromettait ainsi la cause républicaine aux yeux des masses qui voulaient être républicaines sans cesser d’être chrétiennes » (f).
A la fête de la Raison (5), succéda la fête de l’Être suprème. Dieu et limmortalité de l'âme rentraient dans le
(1) Livre de raison du pasteur Belorce, de Sochaux. Archives du Doubs.
(2) Quelques Églises purent conserver les leurs, Etobon, Chenebier, Étupes, Allanjoie, Valentigney.
(3) « Le temple de la Raison est le temple Saint-Martin où il y a l’arbre de la Liberté et autour de la tribune et de l’autel, des rubans tricolores ». (Livre de raison de Belorce).
(4) Rougebief, La Franche-Comté, page 636.
(5) La fête de la Raison n’avait pas été introduite dans quelques-uns de nos villages, Etobon, Belverne, par exemple.
programme révolutionnaire. Tous les décadis on se réunit dans le temple Saint-Martin pour entendre des discours patriotiques et les décrets du gouvernement (1).
Que devenaient les pasteurs et que pensaient-ils au milieu de ces événements ?
Nous avons déjà rencontré la plupart d’entre eux. On peut affirmer, qu’en 1793, nos ministres appartenaient encore en majorité, par leurs tendances, au christianisme positif. C'était le cas pour la ville où nous trouvons en fonctions des hommes comme le Surintendant J.-J. Duvernoy, Jean-Georges Duvernoy, Jacques-Frédéric Duvernoy, P.-C. Duvernoy, Jacques-Frédéric Tuefferd, David Duvernoy, tous hommes d’une réelle piété. On peut dire la même chose de la majorité des ministres des villages.
La situation de tous était difficile, particulièrement en ville où la surveillance s’exerçait plus facilement.
On connaît le subterfuge d’Oberlin au Ban-de-la-Roche. Ses paroissiens se constituaient en assemblée civique et demandaient à l’un des leurs de faire un discours de morale. Oberlin se levait alors et prononçait son sermon. De même, ou à peu près, dans notre pays. « On étoit extrêmement gêné
(1) On répandit alors à Montbéliard le catéchisme du déisme officiel : CATÉCHISME DU RÉPUBLICAIN A L'USAGE DES ÉCOLES PRIMAIRES ; suivi de maximes propres à inspirer aux enfants l'amour de la Patrie et de la Vérité; avec la table des Droits et des Devoirs de l'Homme et du Citoyen; les Commandements, des Prières et des Hymnes patriotiques, et l'explication des Mois, des Fêtes Décadaires et Sans-Culotides, par un Sans-Culotte de la Section de la Réunion. À Paris, de l'Imprimerie des Écoles républicaïnes, rue Martin. Voici quelques-unes des maximes du catéchisme : « Fuis la débauche, la source de l’abrutissement et de tous les maux. — Interdis-toi la société des libertins ; leur exemple est le poison des bonnes mœurs ». Voici le premier conseil donné aux jeunes républicains : « Qu’une aimable douceur soit ta première parure ; elle est sur ton visage ce qu’est un verd gazon sur une riante campagne ». Citons encore ce commencement d’une prière à l'Eternel : « O Toi, qui vois d’en haut se mouvoir notre Globe! qui dis aux sphères : Ne vous arrêtez pas. Puissent les rayons de ce soleil, chef-d'œuvre magnifique de tes mains créatrices, voir en tous lieux s'étendre, par de rapides progrès, les lumières de la raison, sur les pas de la véritable sagesse ! »
dans les discours que l’on faisoit, dit le ministre Belorce. À Champey, où j'étois, on n’a été que deux mois sans entrer dans l’église, on faisoit des discours moraux ».
Mais une Église digne de ce nom ne tombe pas ainsi tout à coup dans la platitude du moralisme officiel. Que faisaient donc les anciens fidèles ? Ils se réunissaient, ils priaient, ils lisaient la Bible, ils sollicitaient le baptème pour leurs enfants et la Cène pour eux-mêmes comme par le passé. Et les pasteurs n’eurent pas la lâcheté de refuser leur ministère. Seulement, il fallait prendre des précautions. Notre pays eut aussi son désert (!).
À partir de juillet 1794, le culte public fut partout interdit. Mais les pasteurs restèrent dans leurs presbytères et continuèrent à exercer leurs fonctions. On se réunissait dans des maisons particulières, dans des granges, ces temples des mauvais jours, dans des salles d’école, là où la délation était le moins à craindre. Quelques amis, des jeunes gens, veillaient à l'entrée des chemins pendant que dans la grange on lisait la Parole de Dieu, on baptisait les enfants, on prenait la Cène. Là aussi se célébraient les mariages.
Plusieurs pasteurs furent inquiétés pour avoir continué à prècher ou à accomplir les actes de leur ministère.
Un dimanche d’automne de 1794, deux gendarmes arrivèrent à Vandoncourt pour arrêter le ministre J.-C. Perdrizet, coupable d'infraction aux ordres de l'autorité. Les habitants de Vandoncourt s’émeuvent, s’irritent et menacent d’empécher, par la force, l’arrestation de leur pasteur. Pour éviter de graves représailles, Perdrizet promet aux gendarmes d’aller de lui-même se présenter au tribunal révolutionnaire siégeant à Saint-Hippolyte. Sa situation est grave. Deux prêtres de la
(1) Le culte fut interrompu à Montbéliard pendant huit mois. Ailleurs, il ne le fut que pendant fort peu de temps, quelques semaines ici, deux mois ailleurs.
Montagne, arrêtés pour le même motif, ont été mis à mort. Perdrizet se présente, donne le texte du discours qu’il avait prononcé à Dasle. C'était le discours d’un chrétien, mais non d'un factieux. Deux juges sur trois se prononcèrent pour l’acquittement, et Perdrizet put rentrer à Vandoncourt où on le considérait déjà comme perdu.
Perdrizet avait promis de cesser désormais ses fonctions pastorales. Promesse qu’il ne se pardonna pas. Il n’aimait pas, plus tard, à être interrogé sur cette période de sa vie.
Le pasteur de Montécheroux, Louis-Christophe Cuvier, dont le nom évoque parmi nous le souvenir de tant de pieux et fidèles serviteurs de l’Église, fut aussi arrêté pour avoir continué l’exercice de son ministère. Voici l'émouvant récit qu'a fait de cet événement son fils Charles Cuvier : « C’est le 25 Frimaire an II (rs décembre 1794), que des gendarmes vinrent arrêter mon père dans sa cure, comme prévenu d’avoir continué à prêcher publiquement l'Évangile et à faire des actes ecclésiastiques. Sa femme, Catherine Wild, qui était enceinte, le suivit dans les prisons de Saint-Hippolyte, et de à, dans la prison des criminels de Besançon, où ils furent transférés à pied par un froid rigoureux avec plusieurs prêtres catholiques. |
« Elle n’était mariée que depuis peu de temps. Les gendarmes qui les accompagnaient se montrèrent humains envers mon père et ma mère, qu'ils faisaient de temps en temps monter, mon père à cheval, et ma mère en voiture avec leurs propres femmes. À Baume-les-Dames, les aubergistes se refusèrent à loger les prêtres, mais ils consentirent à recevoir le ministre protestant et sa femme. Les autres ne furent reçus que sur une réquisition de l'autorité publique. Le soir, un pauvre prêtre, dans l'angoisse sur le sort qui l’attendait, remit sa bourse à ma mère en lui disant : Prenez-la, je n’en
ai plus besoin ! Pendant la nuit, il se précipita de désespoir par la fenêtre et se tua. Arrivés à Besançon, mon père et ma . mère furent incarcérés dans la prison des criminels, où chaque jour on venait enlever quelque prêtre pour le conduire à la mort. Grâce à la bonne providence, aux démarches d’un ami de la famille et au courage de ma mère, qui alla plaider énergiquement la cause de son mari chez le représentant du peuple Pelletier, mon père fut mis en liberté le 26 décembre 1794 (6 nivôse an III) et interné à Montbéliard sous la surveillance de l'autorité. Le 19 pluviôse an IT (7 février 1795), ma mère mit au monde son fils premier-né, Pierre-Auguste- Louis, qui fut baptisé en cachette dans le salon de grandmaman Wild qui, dans la suite, l’appelait souvent en patois : mon pôre prijenie (mon pauvre prisonnier) ».
Le diacre de l’Église du Faubourg à Montbéliard, Jacques- Frédéric Tueflerd, qui continuait à offrir à ses paroissiens le secours de son ministère, fut cité pour ce fait devant le tribunal révolutionnaire. Tuefferd en fut quitte pour une réprimande qui ne l’empêcha point de faire encore son devoir. Il ne fut jamais dénoncé.
Un petit-fils de Bonsen, Léopold-Frédéric Masson, pasteur à Bethoncourt-Vyans, fut appelé devant l’autorité révolutionnaire pour avoir prononcé un discours sur ce texte : « Voici ton roi qui vient à toi, débonnaire..…. (Math., XXI, 5). Il réussit à se faire donner un certificat de civisme qui le tira d'affaire.
Le pasteur d'Étupes, J.-N. Cuvier, certifie que tous les enfants de sa paroisse nés pendant la Terreur ont été baptisés par lui. Il inscrivit soigneusement les actes de ces baptèmes quand la tourmente fut passée.
Les hommes courageux ne font pas tenir procès-verbal de leurs actions. Bien des faits nous échappent sans doute qui