‹ La Vie Ecclesiastique et ReligieuseChapitre 33 sur 55 · Sermon à deux h. et demie · texte numérisé non relu

Sermon à deux h. et demie

il y avait un service complet avec prédication. Le dimanche, là où cela était possible, il y avait deux ou trois services. Les Églises avec annexes étaient forcément moins bien servies. Les services alternaient alors chaque semaine. C’est la vieille institution du f6t et du fard qui subsiste encore aujourd’hui, c’est-à-dire que dans chaque paroisse le service est célébré un dimanche à neuf heures du matin, par exemple, et le dimanche suivant à 11 heures.

Comment tous ces services étaient-ils célébrés ? Dans quel ordre liturgique ? Il est difficile de le dire d’une manière absolument précise pour la première moitié du xvirr®* siècle. Les sacrements étaient administrés d’après la formule ne varietur de l'Ordonnance ecclésiastique (1). Mais pour les services du dimanche et de la semaine, il régnait une assez grande variété liturgique. Nous ne pouvons pas savoir davantage dans quelle mesure s’était conservé l’ordre du culte tel qu’il avait été fixé par l’Ordonnance. Car, avant 1741, il ny avait pas dans nos Églises de liturgie proprement dite.

À la fin d’un recueil d’ Hymnes ou chansons spirituelles allemandes, traduites en français et publiées à Montbéliard par Foillet en 1618, on trouve bien quelques prières extraites de Ordonnance de 1559. Ce sont, par exemple, la prière d’intercession qui terminait le culte, les prières spéciales des jours de fête, les prières pour l'Avent, la Nativité, la Purifi-

Services d’hiver.

I. Des dimanches : j II. Des jours ouvriers ! Matin Matin 1. Sermon à six h. et demie. 1. Prière à sept h. et demie. 2. Sermon à neuf heures. 2. Sermon à huit h. et demie. Après-midi Après-midi Comme en été. 1. Prière à trois heures.

(2) L'article VII de la Confession d'Augsbourg disait d’ailleurs : « Ad veram unitatem ecclesiæ satis est consentire de doctrina evangelii et administratione sacramento- Trum »,

cation de Marie, la Passion, la Résurrection, l’Ascension, la Pentecôte, la Trinité.

Cette réimpression prouve bien que ces prières étaient encore en usage à cette époque, mais nous n’apprenons rien là, ni sur l’ordre du culte, ni sur la période qui nous intéresse ici particulièrement.

On trouve aussi dans ce court formulaire le texte et la musique de la Litanie que l'Ordonnance de 1559 prescrivait de chanter, là où celà était possible. L'usage des répons chantés s’était-il donc établi dans notre Église ? Que cela ait été le cas dans quelques paroisses de notre Église au commencement du xvir“® siècle, cela est très probable. Mais nous doutons fort que l’usage ait jamais été général. Les Chansons spirituelles qui précèdent ces prières n’ont jamais été introduites dans toutes nos paroisses. Il en est de même pour la Litanie chantée. Nous nous trouvons ici en face d’un essai individuel qui ne peut nous conduire à une affirmation générale.

Ce qui nous porte à croire que les prières imprimées en 1618 n'étaient pas d’un usage absolument général, c’est que nous trouvons en 1697 un nouvel essai de liturgie qui renferme des prières empruntées à une autre source que l’Ordonnance. Il s’agit d’un petit recueil de Prires ecclésiastiques qui se trouvent à la fin d’une édition des Psaumes ({). Le titre déjà nous apprend que ces prières se disaient ordinairement dans l’église française de Montbéliard. Nous trouvons dans ce formulaire la prière quotidienne du matin qui se terminait par le Symbole, les Dix Commandements et l’Oraison domi-

(2) Les Pseaumes de David. Mis en rime Françoise par Clément Marot et Théodore de Bèze, auxquels on a joint le Catéchisme et les Prières publiques de Montbéliard et deux autres prières du matin et du soir. A Montbéliard, par J.-M. Biber, 1697. Ce livre assez rare m'a été obligeamment communiqué par M. Clément Duvernoy auquel il appartient. La bibliothèque de la ville ne le posséde pas.

nicale, et la prière de l’après-midi terminée par le Notre Père. Ces deux prières sont nouvelles. Elles ne se trouvent pas dans l'Ordonnance. Vient ensuite La prière dite au culte du dimanche matin et qui était aussi celle du mercredi. La première partie de cette prière est nouvelle, la fin est un remaniement de la prière contenue dans les pages 88 et 89 de l'Ordonnance de 1559.

La prière prescrite pour le service du vendredi matin n'est autre que la Litanie de l’ordonnance. Mais le mot est supprimé et il n’est plus question ni de musique ni de répons.

Suivent enfin deux prières pour la dévotion privée.

Cette liturgie embryonnaire de 1697 était-elle d’un usage général ? Nous ne saurions le décider. D’autant plus que le règne de Léopold-Eberhard allait amener dans le domaine liturgique comme dans tant d’autres, le règne du bon plaisir. Il n’y eut plus alors aucune uniformité dans les prières liturgiques. Les pasteurs les plus sérieux avaient leurs formulaires particuliers. Aïnsi le ministre Samuel Méquillet (1694-1700 à Héricourt, 1700-1739 à Chagey), a laissé trois volumes de Prières. L’un de ces volumes est entièrement consacré aux prières publiques. Il y en a pour toutes les fêtes et toutes les occasions et aucune n'est empruntée à l’ordonnance. Méquillet avait sa liturgie à lui. Beaucoup d’autres faisaient comme lui. D’autres encore, comme J.-J. Pelletier, improvisaient leurs prières.

On le voit, le Supplément de 1724 pouvait constater avec raison que l’ancienne ordonnance de 1559 était tellement devenue hors d'usage, qu’il semblait qu’elle n’eût jamais été introduite. Un des prèmiers soins des nouvelles autorités ecclésiastiques établies par Eberhard-Louis fut de remettre en vigueur cette antique ordonnance que le Supplément mettait au point.

Le Conseil ecclésiastique ne chercha point d’abord à rétablir l’unité liturgique. Le Supplément donne seulement quelques indications générales sur l’ordre du culte. Les pasteurs,

après les sermons de préparation à la Sainte-Cène, devront lire la Confession publique des péchés et donner l’absolution.

À chaque prière publique on lira un chapitre de l’Écriture Sainte, on récitera les articles de foi et les Dix commandements et on donnera une explication sommaire d’un passage biblique. Le Supplément décide qu'aux jours de la Circoncision et de l’Ascension de Jésus-Christ, le jeudi et le vendredi de la semaine sainte, il y aura un prêche dans les villes et une catéchisation dans les villages, au lieu de la prière usitée jusqu'alors. Elle prescrit de faire une exhortation aux nouveaux mariés et un sermon funèbre aux enterrements, mais l’ordre du culte n’est pas précisé davantage et nous avons à constater ici combien le sens liturgique s'était altéré dans nos Églises depuis l'acceptation de l'ordonnance de 1559. Le sermon, l’enseignement a pris toute la place.

Le reste considéré comme peu important, est laissé, ou à peu près, à l'arbitraire du ministre. Même dans le Supplément, qui s'efforce de réagir contre l'arbitraire, nous remarquons une tendance manifeste à substituer le plus possible l’enseignement, le prèche et l’explication biblique au chant ét à larprière.

D'ailleurs le mouvement de 1724 ne devait pas doter encore nos Églises de la liturgie qui lui manquait. Dès le 22 octobre 1727, le Conseil ecclésiastique avait, il est vrai, pris la résolution d’ordonner « l’uniformité des prières de l'Église ». Mais bientôt des événements survinrent qui firent passer au second plan la réforme du culte. La mort d’Eberhard-Louis, l’arrivée au pouvoir d’un prince catholique gouverné par les Jésuites, l’occupation de Montbéliard par les Français en

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1734, tous ces événements si graves ne laissèrent pas aux esprits assez de liberté pour poursuivre la réforme liturgique commencée pourtant par l’ordonnance supplémentaire de 1724. Enfin, la tranquillité étant revenue, on put se remettre à l’œuvre et, en 1741, parut la Liturgie ou la manière de célébrer le service divin établi dans les Églises de la Principauté de Montbéliard (!).

Examinons cette œuvre qui fait le fond de la liturgie encore en usage dans nos Églises.

Signalons d’abord un progrès, l'introduction du service d’autel. L'Église a pris la claire conscience de la distinction à établir entre l’autel, le lieu où l’on prie et la chaire, le lieu d’où l’on s'adresse à la communauté. L’introduction du service d’autel dans nos Églises était limitation d’un usage devenu général en Wurtemberg.

Malheureusement, les auteurs de notre liturgie n’ont pas voulu ou pas pu faire assez grande la part du chant. Ils n’ont pas tenté de rétablir l’usage des répons que prescrivait l’ancienne ordonnance. Le ministre est seul acteur dans le culte, le chant est réduit à son minimum, il n’y a plus, entre le ministre et la communauté, le vivant dialogue qu’avaient voulu les Réformateurs.

Cette remarque faite, voyons comment la liturgie de 1747, organisait les services.

Service du dimanche matin.

À l'autel :

Invocation. Notre aide, etc.

Confession des péchés,

Lecture de l’épitre du dimanche,

Chant.

(1) Montbéliard, J.-P. Biber, imprimeur de S. A. S., 124 pages.

BERGULTE

En chaire :

Invocation. La grâce, etc.

Prière, Sermon, Prière, Chant, Bénédiction.

On conviendra que l'organisme de ce service est plus complet et plus satisfaisant que celui qui s'était généralisé au xvire siècle dans notre Église.

On sera probablement frappé comme nous de l’introduction de la confession des péchés avant le sermon.

D'où venait cette confession des péchés ? Elle avait été empruntée par les auteurs de la liturgie de 1741 à lOrdonnance de 1559. Très belle encore sous sa nouvelle forme, elle n’a pas gardé cependant toute la saveur et la concision

de la forme ancienne. On en jugera par la comparaison des

deux textes que nous donnons ici.

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